Une utopie de tout acheter pour protéger les boisés

Par Dany Jacques
Une utopie de tout acheter pour protéger les boisés
C'est sur la zone boisée qu'on aperçoit ici à gauche de la rivière Magog et de l'ancien complexe de textile que sont projetés les 17 immeubles. (Photo : gracieuseté - Marco Bergeron)

IMMOBILIER.  Le projet immobilier de 17 immeubles et de 102 logements sur la rue de Hatley à Magog suscite encore de l’inquiétude dans le voisinage. Lettres ouvertes, questions au conseil municipal, commentaires défavorables à la consultation écrite et deux pétitions signées par plus de 800 personnes ne renverseront toutefois pas la vapeur, car les promoteurs respectent déjà les conditions préalables pour construire.

La mairesse de Magog, Nathalie Pelletier, a tenu à faire une mise au point à la fin de la séance publique du conseil municipal, le 4 avril dernier. «Il est utopique de penser qu’on achète les boisés dès qu’un projet immobilier se pointe le nez, prévient-elle. Ça coûterait une fortune, surtout lorsque les promoteurs ont des droits acquis sur des terrains où ils peuvent construire, comme ici dans le dossier de la rue Hatley.»

Elle rappelle que le changement de zonage du présent dossier ne concerne que la hauteur des bâtiments, la réduction du nombre de cases de stationnement et l’imposition d’un PIIA pour s’assurer d’une plus importante intégration architecturale. «Ce projet se situe dans une zone prioritaire de développement en conformité avec la densité et nos règlements de lotissement, spécifie-t-elle. On ne peut allonger la période de consultation juste pour trois modifications mineures.»

Elle réfute les allégations disant que le conseil défend les intérêts des promoteurs. Elle assure que la distanciation entre élus et promoteurs est toujours de mise, et que ce sont les équipes de l’hôtel de ville qui négocient avec les promoteurs, et non pas les élus.

Mme Pelletier mentionne qu’il s’agit d’une grande gymnastique que de gérer développement immobilier, urbanisation, environnement, faible hausse de taxes, pénurie de logements, loyer à la hausse et besoin urgent de logement social et abordable. «Nous travaillons encore sur le projet pour l’améliorer le plus possible avec la conservation de 100% des deux milieux humides et le maintien de bandes végétales et boisées», ajoute-t-elle.

Des habitations sur 40% du terrain?

La mairesse ajoute que les règlements municipaux autorisent une occupation du sol à 40% du terrain, ce qui représente la superficie accordée aux immeubles et aux stationnements. L’autre portion de 60% équivaut au maintien du couvert forestier.

«Cette proportion pourrait fort bien changer dans notre futur plan d’urbanisme afin d’augmenter la protection du couvert forestier pour les prochains projets, spécifie Mme Pelletier. Le promoteur de la rue Hatley serait même ouvert à occuper le sol à moins de 40%. C’est ce qu’on discute actuellement.»

Le conseil s’engage à préparer un plan de logements abordables d’ici la fin 2022, car les 17 futurs immeubles de la rue de Hatley seront surtout destinés aux gens à revenu moyen à élevé.

Quelques minutes avant l’intervention de la mairesse, le 4 avril dernier, le citoyen Dorian Petrovic demandait la protection de l’un des derniers poumons urbains de Magog ou des règlements de zonage plus sévères. Il comparait la destruction de ce boisé urbain à un manque de vision, surtout dans une période de crise climatique.

Deux pétitions, plus de 800 signatures

Deux pétitions s’opposant au projet de la rue de Hatley circulent à Magog depuis quelques semaines. Plus de 800 personnes contestent la construction de ces 102 logements aux abords de la rivière Magog et d’une piste cyclable qui traverse une forêt et un marais.

Ils craignent que la destruction d’une grande partie de la forêt urbaine qui se trouve dans ce territoire ait des conséquences néfastes sur la rivière Magog et l’écosystème qui l’entoure. Ils souhaitent la protection des derniers espaces verts plutôt que de nuire aux espèces environnantes, à la beauté des lieux et à la nature.

Dans une lettre ouverte publiée sur notre site web, le Magogois Rénald Bujold s’inquiète aussi du sort de la piste cyclable, du bruit, de la pollution, de la lumière excessive, de la circulation automobile et de la location à court terme permise ou pas dans ce «temple de la nature».

«Ce projet, s’il se réalise, pourrait bien ne pas être le dernier, mais sceller le sort de toute cette section de la rive sud de la rivière Magog, en ouvrant la voie au développement immobilier tout au long de la piste cyclable et de la rivière jusqu’à maintenant préservée. C’est un enjeu qui mériterait un plus ample débat public», termine M. Bujold.

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Alain Milette
Alain Milette
5 mois

Un nouveau plan d’urbanisme devrait inclure des normes fermes et strictes quand on construit dans un milieu boisé. La Ville de Québec a institué un règlement au début des années 2000 exigeant un minimum de 1200 mètres carrés pour chaque lot boisé pour unifamiliale. J’ai vu, comme bien d’autres, disparaitre le couvert forestier sur la rue Bruant des Marais, un quartier d’une laideur incroyable avec ces énormes édifices, une concentration d’habitants et de cases de stationnements, aucune intimité à moins que tu demeures cloîtré dans ton luxueux condo, bref à ne pas répéter.
Concernant le présent projet, on devrait ouvrir une seule rue parallèle à la rue Hatley avec sortie à chaque extrémité et obliger d’y construire des duplex ou triplex seulement, on parle ici de construire des six logements avec dérogation pour la hauteur, ça ne correspond pas du tout avec protection du couvert naturel. Je ne vois aucunement comment on va harmoniser 17 édifices de 6 logements sur deux rues sans trop dénaturer le secteur et le fameux 40 % de couvert forestier naturel, comment allez vous le conserver ? On l’a vu dans d’autres projets, vrai qu’on garde 40 % mais après avoir presque tout rasé du naturel pour ensuite planter de nouveaux arbres souvent des chicots, pour respecter le règlement et ajouter de la tourbe et quelques arbustes.

Je suis persuadé que le promoteur peut rentabiliser son projet mais avec modestie, le site est plutôt exceptionnel et mérite d’en faire quelque chose hors de l’ordinaire. Les édifices proposés sont trop volumineux pour le faire adéquatement, ce n’est pas la case et demie de stationnement qui va faire la différence, celle-là je la rit encore, j’ai hâte de voir à Magog un développement où les gens qui visiteront diront Wow ! C’est magnifique. Sortez nous du contexte monotone comme la plupart des projets et édifices récemment construits, vous avez une chance en Or de faire autrement.

Daniel Gagnon
Daniel Gagnon
5 mois

L’augmentation fabuleuse du prix des terrains est une autre bonne raison de renforcer la ceinture verte autour Magog, au lieu de piloter des projets privés dévastateurs de l’environnement.
Créons une ceinture verte autour de Magog pour protéger notre beau milieu naturel et ce qu’il en reste, car il reste très fragile et très convoité.
La Ville de Magog doit se porter à la défense de nos milieux verts au lieu d’accepter des projets de promoteurs qui les détruisent et qui ont comme conséquence de stresser et d’étouffer notre environnement.
L’aménagement vert de la Ville et son écosystème (ce qu’il en reste) est sous la pression constante des promoteurs qui lorgnent par-dessus la clôture notre bien collectif, avides de profits faciles.
Protégeons nos espaces verts qui sont notre souffle même, notre air, notre santé globale.
À l’heure où les superficies vertes diminuent au profit « du ciment et de l’asphalte », il est essentiel pour la qualité de vie de Magog de garder des terrains verts autour de la ville et de préserver son intégrité verte.