Un frigo communautaire qui nourrit plus de 12 000 personnes en un an

Par Pierre-Olivier Girard
Un frigo communautaire qui nourrit plus de 12 000 personnes en un an
Le succès du Frigo communautaire d'Eastman repose sur les généreux dons de nourriture des partenaires et le travail d'une cinquantaine de bénévoles. (Photo : gracieuseté)

ALIMENTATION.  Même si le concept des frigos communautaires a fait ses preuves dans bien des municipalités du Québec, bien peu de gens s’étaient imaginés l’impact de l’implantation d’un tel projet à Eastman, qui a permis de nourrir plus de 12 000 personnes en seulement un an d’opération. 

Depuis son ouverture le 28 juin 2021, ce sont plus de 30 tonnes de nourriture qui sont passées par les installations du Frigo communautaire d’Eastman, situées dans le chalet du parc Missisquoi-Nord (37, rue des Pins). 

Comme l’explique la présidente de ce projet, Léonore Pion, tous ces aliments sont fournis essentiellement par des partenaires comme les Chevaliers de Colomb et la Banque alimentaire Memphrémagog. Il s’agit de nourriture invendue dans les épiceries ou encore de produits un peu moches ou ayant dépassé leurs dates de péremption. «En temps normal, ces aliments auraient fort possiblement été envoyés aux cochons plutôt que de nourrir des gens qui ont faim. L’idée du frigo communautaire est justement de lutter contre l’insécurité alimentaire, mais aussi contre le gaspillage», explique Mme Pion, qui demeure à Eastman depuis quatre ans.

Faire apparaître les besoins

Trois après-midis par semaine, soit les lundis, mercredis et jeudis, le petit local ouvre ses portes pour redistribuer la nourriture, qui est en grande partie réfrigérée ou congelée. En moyenne, chaque période d’ouverture se déroulant de 15 h 30 à 17 h 30 accueille une cinquantaine de personnes. «Avec l’inflation, les gens ont vraiment besoin d’aide en ce moment. Les plus vulnérables le sont encore plus, tandis que ceux de la classe moyenne ont de plus en plus de difficulté à joindre les deux bouts.»

«Avant de faire le projet, bien des personnes nous ont dit qu’il n’y avait pas de besoin à Eastman pour ce genre de services. Il a fallu le mettre en place pour voir apparaître les besoins, qui sont bien réels. Ç’a été même choquant de voir cela se passer sous nos yeux», admet Léonore Pion. 

En toute discrétion et sans jugement

Contrairement à un service d’aide alimentaire par l’entremise d’un organisme, par exemple, l’utilisation du Frigo d’Eastman se fait pratiquement sans surveillance. Les «clients» n’ont pas à répondre à un questionnaire ni expliquer leur situation. «La seule chose que nous leur demandons est la ville de résidence et pour combien de personnes servira la nourriture. C’est important pour nous d’avoir ces statistiques pour faire des demandes de subventions. Par son emplacement en périphérie du centre du village, le Frigo offre aussi une certaine discrétion», explique la bénévole, en ajoutant qu’un petit congélateur extérieur est accessible en tout temps.

Avec une mission à grande portée, ce projet est parvenu à répondre à un besoin localement, mais également ailleurs dans la région. Durant sa première année d’opération, des résidents de Bolton-Est, Stukely-Sud, Austin, Saint-Étienne-de-Bolton, Waterloo et Bonsecours ont fait un détour pour s’approvisionner. «Selon des données, environ 10% des ménages vivent sous le seuil de la pauvreté. À Eastman seulement, cela représente 200 personnes. Et malheureusement, avec le coût de la vie qui augmente sans cesse, cette statistique ne fera que s’alourdir au cours des prochaines années», prévoit la présidente.

«Nous avons reçu le témoignage d’une dame qui, grâce au Frigo, a réussi à économiser 400 $ par mois. Des économies qu’elle a pu convertir en autres choses comme un plein d’essence, dont le prix au litre demeure élevé. C’est un exemple de l’impact et la différence que peut faire une telle initiative dans une communauté.»

Petit projet, grande logistique!

Malgré que le concept d’un frigo communautaire peut paraître simple à première vue, son implantation et son opération sont d’une complexité parfois déconcertante, à en croire Mme Pion. Cette dernière explique que plusieurs exigences de la MAPAQ doivent être respectées, en plus de tout le travail sur le terrain du premier au dernier maillon de la chaîne. «On a été vite dépassé par le professionnalisme exigé par ces opérations. Au départ, on pensait s’embarquer dans un petit projet communautaire pour, au final, se retrouver avec des opérations qui nécessitent l’implication de 50 bénévoles en continu. Que ce soit pour le transport, le ménage, le tri de la nourriture, l’accueil des clients, etc. On n’aurait jamais cru à une telle charge de travail!», conclut Léonore Pion.

Pour plus d’info: eastman.quebec/frigo-communautaire-deastman

Partager cet article
S'inscrire
Me notifier des
guest
0 Commentaires
Inline Feedbacks
Voir tous les commentaires