TRIBUNE LIBRE: Urgence d’agir à l’ancien complexe textile de Magog

 Le Collectif du Quartier-des-Tisserands de Magog
TRIBUNE LIBRE: Urgence d’agir à l’ancien complexe textile de Magog
(Photo : gracieuseté)

Lettre ouverte à monsieur François Legault, premier ministre du Québec, et à madame Nathalie Roy, ministre de la Culture et des Communications

Nous savons que la présente crise sanitaire vous tient très occupés et nous vous remercions pour les immenses efforts que vous déployez, jour après jour, pour tenter de ramener le Québec le plus rapidement possible à la santé et à une vie normale.

L’expression « inventer l’avion en plein vol » a souvent été utilisée pour indiquer à quel point vous devez agir dans l’urgence pour éviter le pire et aller vers le mieux. Nous aurions tendance à décrire la situation actuelle à l’ancien complexe textile de Magog en disant : « inventer les boyaux d’incendie pendant que la maison est en feu », car les démolitions en cours sont comme un incendie pour la mémoire collective des Magogois et de tout le pays. Il faut absolument intervenir avant que tout soit parti en fumée… ou en gravats.

Ce complexe textile, qui a été la propriété de la Dominion Textile pendant presque tout le 20e siècle, a vu son usine d’impression-finition fermer en 2008 et son usine de filature-tissage fermer en 2011. Ces deux usines totalisent plus de 1,5 million de pieds carrés. Le complexe a eu une importance telle, du point de vue patrimonial, que la Commission des lieux et monuments historiques du Canada l’a désigné Lieu historique national en 1989.

Les choses en étaient restées à cette simple désignation depuis presque trente ans quand notre Collectif – le Collectif du Quartier-des-Tisserands – a réanimé le dossier en 2018 afin de demander à la Commission qu’une plaque commémorative soit installée sur les lieux afin de bien faire ressortir leur importance historique. Parcs Canada a entendu notre demande et après étude du dossier, a dévoilé, le 1er mars dernier, le texte de la plaque qui a été réalisée. Elle sera installée officiellement dès que les conditions sanitaires le permettront.

Toutefois, ce dévoilement se fera devant un site partiellement démoli, car depuis le mois de septembre 2020, la Ville de Magog a délivré deux permis de démolition au propriétaire de l’ancienne usine de filature, une entreprise de la Nouvelle-Écosse. Depuis le 8 mars 2021, les démolitions progressent à grande vitesse.

À plusieurs reprises, notre Collectif a demandé à la Ville de procéder à une consultation publique préalablement à toute intervention sur les bâtiments. La Ville a répondu par une simple séance d’information virtuelle, le 8 décembre 2020. Elle justifie son refus de consultation publique par  le fait que les deux grands secteurs du complexe sont des propriétés privées et qu’elle ne peut refuser de délivrer ces permis si des demandes conformes lui ont été présentées. Mentionnons qu’au cours de la séance d’information, le représentant du promoteur a annoncé que 9 des 14 bâtiments seraient démolis, sans qu’aucune indication soit donnée quant à l’utilisation des bâtiments restants.

D’un strict point de vue juridique, la Ville a peut-être raison quant à son obligation de délivrer des permis, mais c’est inacceptable et désastreux parce que cet ancien complexe textile est le dernier du genre encore debout au Québec. Si on le laisse démolir au gré des seuls intérêts personnels des deux propriétaires, sans aucune vision globale de ce qui pourrait être fait dans une perspective de sauvegarde patrimoniale bien comprise, il n’y aura plus de retour en arrière possible.

Pourquoi la Ville n’a-t-elle pas tenté d’acquérir cet immense site, d’une manière ou d’une autre, comme l’a fait la ville de L’Assomption avec le site d’Électrolux ou la ville de Drummondville avec le site de Fortissimo? Il est bien tard, mais il n’est pas trop tard pour agir en fonction des intérêts collectifs…

Notre regroupement citoyen a déposé à la Ville, le 15 avril 2019, une pétition signée par plus de 1000 personnes incitant la Ville à explorer sans délai toutes les mesures à sa portée pour que ce site devienne public, que le bord de la rivière devienne accessible à la population et qu’une protection patrimoniale lui soit accordée pour mieux encadrer les interventions de mise en valeur de tout le site.

Devant l’inertie de la Ville, un an plus tard, notre Collectif a lui-même déposé au ministère de la Culture, le 16 avril 2020, une demande de classement patrimonial pour l’ensemble du site et pour le quartier des Tisserands. Nous attendons toujours une décision du Ministère.

Notre Collectif a aussi, par prudence, demandé à la Ville d’assurer une protection patrimoniale au site. La Ville a refusé en affirmant avoir tous les outils réglementaires nécessaires pour assurer la protection patrimoniale qu’il méritait – comme si le patrimoine se résumait à de la brique et à de belles formes architecturales qu’on protège avec seulement des programmes d’implantation et d’intégration architecturale au détriment de la valeur historique et de la mémoire collective.

Devant les dangers de plus en plus imminents de démolitions, notre Collectif a demandé à trois reprises en 2020 et une nouvelle fois au début de 2021, une intervention urgente du ministère de la Culture afin de prévenir ou d’arrêter ces démolitions. L’objectif n’est pas d’empêcher de faire disparaître certains bâtiments, mais d’abord et avant tout de créer les conditions pour que la Ville conjointement avec les citoyennes et citoyens trouve les voies d’une mise en valeur de l’ensemble du site (filature ET imprimerie) qui prendraient aussi en compte l’avenir du quartier des Tisserands qui s’est développé autour des usines.

Chaque fois, la réponse du Ministère s’est résumée ainsi : « Le Ministère considère que les bâtiments visés par la démolition ne se démarquent pas dans l’ensemble industriel qu’est l’ancienne usine de la Dominion Textile de Magog ».

Nous ne voulons pas sauver un mur de brique pour le plaisir de la sauver. Nous voulons que ce site qui est à la base même de la ville de Magog garde la mémoire de ce qui s’y est vécu. Ces espaces ont été source de vie pour les générations précédentes qui y ont durement travaillé; nous voulons nous assurer qu’ils deviendront source de vie et de mémoire pour les générations actuelles et futures.

Nous savons que vous comprenez très bien les enjeux et nous ne doutons pas que le message de la Vérificatrice générale concernant la diligence dont le gouvernement doit faire preuve en matière de protection patrimoniale a été très bien compris. C’est pourquoi nous vous informons une nouvelle fois aujourd’hui de la démolition en cours, tout en rappelant notre ouverture à partager toutes les informations dont nous disposons dans ce dossier – dont une large portion a déjà été transmise au Ministère.

Nous savons qu’il existe des pouvoirs ministériels qui permettent d’agir rapidement en cas d’urgence. Votre gouvernement pourrait passer à l’histoire locale et nationale comme celui qui aura sauvé ce site témoin du développement économique et social de Magog et pivot du passage du Québec à l’ère industrielle autour des usines de textile au 20e siècle.

Une nouvelle fois, nous sonnons l’alarme et demandons une intervention gouvernementale afin d’imposer une trêve dans ce processus de démolition effréné et d’exiger une écoute plus attentive de la voix des citoyens.

Pour nous, citoyens et citoyennes bénévoles, vous représentez désormais notre seul espoir.

 Collectif du Quartier-des-Tisserands de Magog

 

 

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Nikos
Nikos
21 jours

Well, I’m glad there’s finally something going on there, and since they are only tearing down the ugly concrete part, but not the beautiful brick walls, I don’t see where the problem is. Making something nice out of this is better than just keeping it abandoned and letting it falling apart by itself.

Nikolas
Nikolas
20 jours

Arrete donc de chialler, nous les jeune on senfou de la textile, ya aucune bon souvenire la appart des pauvre gens qui surtravaillait et ce fesait exploiter par des riches, ca fait 20ans que ca dort la et que sa sert a rien alors on le detruit et on passe a autre chose ces tout, notre generation et tanné des vieux chialleux ces le temps de passer a la prochaine generation vos vieux batiments finit on en veux pas a magog ca coute cher pour rien et ya rien de beau la