Lac Memphrémagog: le Québec devra imiter le Vermont pour combattre le phosphore

Par Dany Jacques
Lac Memphrémagog: le Québec devra imiter le Vermont pour combattre le phosphore
La présence de phosphore cause notamment des épisodes de fleurs d’eau de cyanobactéries (algues bleu-vert), comme dans la baie Longue du lac Memphrémagog, les 4 et 12 octobre dernier (photo). (Photo : gracieuseté – James Murray)

ENVIRONNEMENT. Une nouvelle étude canado-américaine révèle que les niveaux de phosphore dans la partie vermontoise du lac Memphrémagog dépassent la norme fixée par le département environnemental de cet État. Ne lançons pas trop rapidement la pierre aux Américains, car contrairement au Vermont, le Québec n’a même pas de plan similaire pour protéger cette eau qui alimente 175 000 Estriens.

Même si les indicateurs de la qualité de l’eau suggèrent que les niveaux de nutriments dans le lac sont stables depuis les 20 dernières années, les résultats de l’étude indiquent qu’une réduction de 29 % de la charge totale de phosphore dans la portion vermontoise du bassin versant était nécessaire pour atteindre les objectifs du Vermont en matière de qualité de l’eau.

Les auteurs rappellent que les changements climatiques augmenteront la charge en nutriments (phosphore) et la prolifération d’algues dans les lacs de la région. «Il y a donc un besoin immédiat d’élaborer des solutions binationales pour contrôler la charge en nutriments afin de réduire les proliférations actuelles de cyanobactéries», lit-on.

Un des défis consiste à harmoniser les lois et règlements de part et d’autre de la frontière. Un autre obstacle à surmonter est le fait que les principales causes ne sont pas identiques au Québec et aux États-Unis.

 

L’agriculture ciblée au Vermont

Par exemple, l’agriculture est la principale source de production de phosphore dans la portion vermontoise du bassin versant. «Une réduction de 46 % de la charge actuelle sera nécessaire pour atteindre les objectifs de qualité de l’eau. Il est particulièrement difficile d’atteindre cet objectif de réduction étant donné que les producteurs agricoles disposent de ressources financières et de temps limités», observe-t-on.

«La charge de phosphore provenant de l’agriculture est plus élevée au Vermont qu’au Québec (46 % vs 33%). Cependant, bien qu’il existe des réductions de charge spécifiques au Vermont, il n’y en a pas au Québec. Il est clair que les objectifs de réduction des charges de phosphore ne pourront être atteints pour le bassin versant du lac Memphrémagog que si la charge provenant des terres agricoles est réduite», préviennent les auteurs.

 

De nouvelles maisons et les routes pointées du doigt au Québec

Dans le bassin versant du Québec, les terres aménagées sont les plus importantes sources de phosphore, dont la contribution est estimée à 42,2 % de la charge totale du Québec. Ces nutriments proviennent des parcelles aménagées, des routes non pavées, des routes pavées et des installations septiques privées. L’érosion causée par les nouveaux développements domiciliaires accentue aussi la présence de phosphore dans ce plan d’eau.

La quantité de phosphore rejeté dans le lac est une autre bonne raison d’harmoniser les normes de chaque côté de la frontière, selon ce rapport. Les estimations chiffrent à trois fois plus de quantité de phosphore écoulée au Québec, comparativement au bassin versant du Vermont.

«N’accusons pas les Américains de polluer davantage, prévient le directrice générale du groupe Memphrémagog Conservation Inc. (MCI), Ariane Orjikh. Cette proportion est normale, car le bassin versant du lac est situé à 75 % dans le territoire du Vermont. Cet État pratique aussi plus d’agriculture que du côté québécois du lac.»

Ces 69 tonnes métriques de phosphore par année représentent une estimation, précise Mme Orjikh. «Ça semble immense, mais ne n’est pas encore dramatique, dit-elle. La situation est même moins grave qu’au lac Champlain.»

 

Recommandations

L’objectif consiste à diminuer les concentrations d’éléments nutritifs et la prolifération de plantes aquatiques et de cyanobactéries dans le lac Memphrémagog.

Pour ce faire, une série de mesures sont recommandées, mais beaucoup de financement devra suivre. «Nous devons d’abord fixer des objectifs communs de concentration, au lieu d’avoir une multitude d’actions à gauche et à droite, espère Ariane Orjikh. Je crois qu’il s’agit d’un bon moment pour développer une stratégie globale et appliquer les actions, au lieu de se rencontrer seulement deux fois par année.»

 

Coventry

D’après cette analyse, rien n’indique que le site d’enfouissement de Coventry ou son lixiviat traité à la station d’épuration des eaux de Newport constitue une source importante de nutriments. On y lit que cette station dispose d’un permis limitant la charge et d’un traitement destiné à éliminer le phosphore.

«Rien n’indique que les charges de phosphore ont augmenté avec le traitement du lixiviat à cette installation, et les niveaux de charges de phosphore sont demeurés bien en deçà de ce qui est permis pour cette station d’épuration», observe-t-on.

 

C’est quoi du phosphore?

Le phosphore est un élément nutritif au même titre que l’azote. Le phosphore demeure plus problématique pour les lacs, car il provient de nombreuses sources. Il s’accumule dans les plans d’eau, particulièrement par l’eau de ruissellement. Les engrais utilisés par les agriculteurs et la population en général expliquent la présence de phosphore dans les lacs. «C’est bon pour les cultures, mais ça stimule aussi la prolifération des plantes aquatiques», plaide la DG du MCI.

 

Un document disponible pour consultation

Le Groupe consultatif de l’étude sur le Memphrémagog (GCEM) a publié cette vaste étude telle que mandatée par la Commission mixte internationale (CMI). Coordonné par le Memphrémagog Conservation inc. (MCI) et la Memphremagog Watershed Association (MWA), et guidé par 12 personnes du GCEM, cet effort binational dresse un portrait de l’état du bassin versant du lac Memphrémagog et présente des recommandations sur les façons d’améliorer les mesures pour réduire l’apport des nutriments dans les bassins versants.

Ces groupes encouragent maintenant la population à émettre ses commentaires sur ce rapport préliminaire d’ici le 25 décembre.

Les membres du public pourront le faire sur le site Web de la CMI (www.ijc.org/fr), par courriel à info@memphremagog.org ou par la poste à MCI, 51 rue Cabana, Magog, Québec, J1X 2C4.

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