TRIBUNE LIBRE: Golf illégal en trois actes
Dans ces temps difficiles, la population a plus que jamais besoin de sentir que ses élus se tiennent debout et pratiquent une justice équitable, tout en évitant les pièges des accommodement déraisonnables
Récemment, la saga du golf illégal à Austin, a pris une tournure invraisemblable. La récente prise de parole du principal intéressé, pris en faute, nous a ouvert les yeux sur les tactiques prises par certaines personnes pour en arriver à leurs fins. Cette histoire s’apparente à une pièce de théâtre tragi-comique se déroulant en 3 actes.
Tout d’abord tenter de passer sous le radar pour échapper aux lois et aux règles. Il a fallu qu’un drone survole la zone des travaux, pour que les instances gouvernementales et locales prennent la mesure de ce projet se déroulant à leur insu. Comment ensuite prétendre vouloir agir de bonne foi. Pris par surprise, le ministère de l’environnement, a réagi et déclaré les travaux illégaux, puis demandé de remettre la zone touchée, dans son état initial.
Après ce court entracte, le 2e acte est plus loufoque. Car on tente de déclasser le projet et d’en minimiser les impacts. Ce n’est pas un terrain de golf, mais une aire de détente, un aménagement nature qui ne consomme que 1,5% de la superficie totale du domaine. Cette superficie étant bien relative, car en chiffres absolus, il s’agit de 2.5 hectares ou l’équivalent de 6 à 10 terrains résidentiels. Le pire serait que la municipalité travaille avec son résident délinquant, pour trouver une voie de passage ou un “terrain” d’entente, lui permettant de contourner ses propres règles. Mais regardons la pièce jusqu’à la fin. Il faut appeler un chat un chat. Un aménagement orné d’un vert, d’un étang et d’une trappe de sable, qui consomme une quantité significative d’eau et d’engrais, ça demeure un terrain de golf.
Que d’affirmer que cet aménagement de détente n’a aucune incidence sur la santé du lac est bien mal connaître la science et les lois de la physique. Parce que cette zone déboisée qui est maintenant dépourvue de sa capacité à retenir les eaux de pluie, va vraisemblablement ruisseler le phosphore de ses engrais vers le lac. Si le lixiviat du site d’enfouissement de Coventry au Vermont, est parvenu à se frayer un chemin jusqu’au lac, on peut supposer avec grande certitude, que les engrais chimiques termineront leur course 600 m plus bas, et perturberont l’écosystème du lac. C’est pour cette raison qu’un aménagement de la sorte est interdit par la loi.
La tragédie dans cette œuvre en 3 actes, c’est que le résident ajoute l’insulte à l’injure en se déclarant victime des gens locaux et de leurs ambitions politiques. Il ne faut pas oublier que si la région attire autant de nouveaux Estriens, c’est parce que la nature y est généreuse et abondante. Et cela on le doit en partie grâce au travail d’organismes et gens locaux. Chercher à démoniser le MCI, qui milite depuis 60 ans pour la santé du lac, passe très mal dans l’opinion publique.
Toute œuvre théâtrale se conclut normalement par une morale, offerte à son auditoire. Nous osons espérer que le bien commun prédominera sur les accommodements déraisonnables. Rappelons-nous que la loi s’appliquent à tous, et que contrairement à un t-shirt, on ne peut pas l’étirer dans tous les sens.
Patrick Lagrandeur
Austin
