Tribune libre : Déboisement à Austin, Monsieur le promoteur coupe, Madame la mairesse minimise

Un matin, des résidents du lac des Sittelles se sont réveillés devant un paysage qu’ils ne reconnaissaient plus. Là où se dressait un corridor forestier vivant, il ne restait qu’une cicatrice béante dans le paysage. Sans consultation, sans explication préalable, des arbres ont disparu. Puis, lorsque les citoyens ont exprimé leur inquiétude, on leur a répondu qu’ils réagissaient de façon  » quelque peu disproportionnée « . Voilà ce qui choque le plus dans cette affaire : non seulement les arbres tombent, mais les préoccupations citoyennes semblent tomber avec eux.

Madame la mairesse,

C’est avec une profonde stupéfaction que nous avons pris connaissance de vos déclarations dans le reportage du 2 juin dernier concernant le déboisement près du lac des Sittelles. En qualifiant la détresse et la mobilisation citoyenne de réaction  » quelque peu disproportionnée  » et de simple  » enjeu de voisinage « , vous minimisez un problème qui soulève pourtant d’importantes questions environnementales, mais aussi de gouvernance municipale.

Non, il ne s’agit pas simplement d’une ligne électrique. Le déboisement qui a été réalisé est d’une ampleur telle qu’il est légitime pour les citoyens de se demander quels projets ou quels aménagements futurs pourraient nécessiter une telle intervention. Devant l’importance des travaux, les inquiétudes exprimées par les résidents sont non seulement prévisibles, mais parfaitement raisonnables.

Au-delà de l’impact visuel, le déboisement entraîne des conséquences environnementales bien réelles. Les arbres jouent un rôle essentiel dans la stabilisation des sols, la régulation des eaux de ruissellement et le maintien de la biodiversité. Lorsque de larges superficies sont dénudées, les risques d’érosion et d’apport de sédiments vers les cours d’eau augmentent, ce qui peut affecter la qualité de l’eau et les habitats aquatiques. La disparition du couvert forestier fragmente également les habitats de nombreuses espèces animales et réduit la capacité du milieu naturel à stocker le carbone.

Dans un secteur aussi sensible que celui du lac des Sittelles, ces impacts méritent une évaluation rigoureuse et des explications publiques avant le début des travaux, et non une fois les arbres abattus.

Ce qui apparaît véritablement disproportionné dans cette affaire, c’est de voir la Municipalité invoquer, une fois de plus, le fait accompli. Or, cette situation n’est pas sans rappeler d’autres dossiers ayant soulevé, au fil des ans, des préoccupations quant à la protection du territoire et à l’application effective de la réglementation municipale.

Combien d’interventions controversées sur notre territoire faudra-t-il encore avant que nos élus cessent d’exprimer leur surprise après coup et exercent pleinement leur rôle de protecteurs du patrimoine naturel d’Austin ? Cette question mérite d’être posée, d’autant plus que la préservation de l’environnement constitue depuis longtemps une valeur centrale de notre communauté.

Le point le plus préoccupant demeure toutefois le manque apparent de transparence entourant ce dossier. Selon les informations dont disposent les résidents du secteur, ceux-ci devaient être consultés concernant les projets d’aménagement et l’aménagement éventuel d’une deuxième sortie d’urgence. Pourtant, depuis 2023, peu ou pas d’informations semblent avoir été communiquées aux citoyens concernés, jusqu’à ce que les travaux de déboisement deviennent visibles sur le terrain.

La frustration actuelle ne découle donc pas uniquement des arbres abattus. Elle découle également du sentiment que les citoyens ont été tenus à l’écart d’un processus qui devait pourtant les concerner directement. Or, une administration municipale ne se limite pas à constater les dommages une fois qu’ils sont survenus mais elle doit aussi assurer la transparence, faire respecter ses règlements et maintenir un dialogue constant avec sa population, de plus les résidents d’Austin ne sont pas des opposants systématiques au développement. Ils demandent simplement que celui-ci se fasse dans le respect des règles, de l’environnement et des engagements pris envers la communauté. C’est précisément pour cette raison que les événements récents soulèvent autant d’inquiétude.

Nous invitons les citoyens d’Austin à demeurer vigilants, à s’informer, à participer aux consultations publiques lorsqu’elles sont tenues et à faire entendre leur voix auprès de leurs élus. La protection de notre patrimoine naturel ne peut reposer uniquement sur quelques riverains directement touchés par les événements du lac des Sittelles. Elle constitue une responsabilité collective qui concerne l’ensemble de notre communauté.

Nous invitons également les médias locaux à poursuivre leur travail de suivi sur ce dossier et sur les enjeux environnementaux qui façonnent l’avenir de notre région. Dans les petites communautés, une démocratie saine repose autant sur l’engagement des citoyens que sur une information rigoureuse, indépendante et continue. Au-delà de l’émotion suscitée par les images de déboisement, les citoyens méritent de comprendre les décisions prises, les responsabilités de chacun et les conséquences à long terme de tels projets sur notre territoire.

Il est temps que la Municipalité d’Austin démontre qu’elle est capable non seulement de réagir aux situations problématiques, mais aussi de les prévenir. Les citoyens sont en droit d’exiger cette vigilance de leurs élus.

Les arbres que nous perdons aujourd’hui mettront des décennies à retrouver leur pleine maturité. La confiance des citoyens, elle aussi, demande du temps pour se reconstruire. Il appartient maintenant à nos élus de démontrer que la protection de notre patrimoine naturel et le respect de leurs engagements demeurent au cœur de leurs priorités.

 

Association des propriétaires du lac des Sittelles ( APLS )

NDLR: La mise en ligne de cette lettre d’opinion a été effectuée par notre journaliste Pierre-Olivier Girard, ce qui explique la présence de son nom dans la signature ci-haut. Il est important de préciser que cette lettre d’opinion a été rédigée et soumise au journal Le Reflet du Lac par l’Association des propriétaires du lac des Sittelles.