TRIBUNE LIBRE: Estriennes, Estriens, soyons fiers de notre région

Paul Martel
TRIBUNE LIBRE: Estriennes, Estriens, soyons fiers de notre région
Il est possible de nous envoyer une lettre d'opinion à l'adresse suivante: djacques@lerefletdulac.com

J’aimerais premièrement souligner ma grande satisfaction concernant le retour des MRC de la Haute-Yamaska et de Brome-Missisquoi au sein de la région de l’Estrie. Ces deux MRC, auparavant rattachées à la Montérégie, viennent enrichir les sept territoires qui étaient déjà regroupés et amplifient l’impact de la région de l’Estrie au sein de l’ensemble du Québec.

En 2021, la population de la région agrandie totalisait 489 725 personnes. Les sept territoires de base (six MRC et la ville de Sherbrooke) comptaient 333 295 habitants soit 68,1 % de la population et, pour leur part, les deux MRC récemment réintégrées regroupaient 156 430 résidents soit 31,9 % de la nouvelle région.

Cependant, jamais je n’aurais pu m’imaginer que l’accueil en Estrie de ces deux MRC impliquerait que la région doive changer de nom ! De plus, je constate qu’un mouvement structuré disposant de ressources financières substantielles et impliquant des élus s’affaire à actualiser un plan d’action pour imposer la dénomination Cantons-de-l’Est au détriment de celle de l’Estrie.

Vision attractivité

Cet organisme a rendu publics les constats d’une étude réalisée par la firme Dialogs en 2019. On y retrouve un rassemblement d’éléments subjectifs dont voici quelques exemples : « L’appellation Cantons-de-l’Est est plus efficace qu’Estrie », « L’appellation Cantons-de-l’Est fait davantage rêver

et est plus efficace pour attirer de nouveaux résidents et travailleurs dans la région », « Les deux noms rendent fiers, mais Cantons-de-l’Est reflète mieux la qualité de vie ».

L’attraction de la main-d’œuvre est reliée à la disponibilité d’emplois de qualité et non pas au nom d’une région. L’attraction de nouveaux arrivants repose sur le style et la qualité de vie par la culture, l’environnement, le sport et le plein air, les attraits touristiques, la cohabitation linguistique, la disponibilité de services, l’innovation (présence de deux universités), la villégiature, un réseau d’entraide, etc. Tous ces facteurs sont déjà présents et foisonnants en Estrie !

Vision réalité

C’est en 1981, la région des Cantons-de-l’Est a été scindée. Les résidents de sept sous-territoires sont demeurés regroupés sous la nouvelle dénomination Estrie qui est devenue le nom officiel de la région administrative 05. C’est à la même époque que les MRC de la Haute-Yamaska et de Brome-Missisquoi ont été rattachées à la région administrative de la Montérégie.

Le terme Estrie est un mot d’origine québécoise, créé en 1946 par Maurice O’Bready, alors secrétaire général de la Société historique des Cantons de l’Est.  Le terme Estrie a été adopté, s’est propagé et a été approprié par les citoyens depuis quarante ans. C’est un mot québécois, original et unique au monde !

Pendant, plus de quarante ans, il semble que les Estriens ont bien « fait rêver » puisque la région a progressé sur tous les fronts. L’appellation Estrie est efficace et synonyme de qualité de vie et d’un environnement exceptionnel. Les Estriens sont fiers de leur région et s’y identifient.

Au cours de ces décennies, de nombreux établissements, organisations, bureaux régionaux de différents ministères et entreprises ont intégré le vocable Estrie dans leur dénomination sociale. Ce serait une dépense considérable et immotivée d’exiger toutes ces modifications. En plus des démarches auprès du Registraire des entreprises, voici une liste non exhaustive des autres changements consécutifs : règlements généraux, logo, institution financière (nom du compte, chèques), site web, adresse courriel, papier en-tête, carte d’affaires, dépliant, articles de marketing, etc.

Un autre exemple éloquent, à cet effet, est celui du réseau de la Santé et des Services sociaux. Depuis 2015, le CIUSSS de l’Estrie – CHUS, couvre tout le territoire de la nouvelle région et regroupe environ 18 000 employés œuvrant au sein d’une centaine d’installations. L’uniformisation des formulaires, dépliants, affiches, enseignes extérieures, adresses courriel et autres, serait à refaire, après quelques années et engendrerait des dépenses tout à fait inutiles et injustifiables dans un contexte de manque de ressources.

Une région riche d’une histoire unique

Notre région s’est développée graduellement par la présence des Abénakis suivie de l’arrivée de squatters américains, de loyalistes, de colons du Royaume-Uni et de colons francophones. Toutes ces personnes habitaient dans les Cantons-de-l’Est qui couvraient un territoire plus vaste que celui que l’on connaît maintenant, car ils comprenaient aussi, une partie des régions du Centre-du-Québec (Drummondville, Victoriaville) et de Chaudière-Appalaches (Thetford Mines et ouest de la Beauce).

En 1981, la région administrative des Cantons-de-l’Est a été scindée en deux. Une partie a permis de constituer la région de l’Estrie et l’autre a été greffée à la région de la Montérégie. Pendant quarante ans ces deux entités se sont développées distinctement. L’appellation Estrie s’est épanouie avec succès. L’appellation Cantons-de-l’Est fut utilisée pour le tourisme. En 2021, la région initiale a été réunie. Le nouveau territoire de la région administrative 05 est clairement défini. Nous avons le défi de composer ensemble de nouveau !

Conserver les deux appellations

Continuons de fonctionner comme nous l’avons fait depuis plus de quarante ans en utilisant les deux appellations Estrie et Cantons-de-l’Est. Précisons les balises de cohabitation des deux appellations pour notre région. Voici une proposition à bonifier.

D’une part, que l’appellation Estrie soit appliquée pour les secteurs d’activités économique, sociale, culturel, communautaire et gouvernemental, et ce, pour tous les ministères, sauf pour celui du tourisme qui maintiendrait l’appellation région touristique des Cantons-de-l’Est.

D’autre part, le maintien du nom « Région touristique des Cantons-de-l’Est » permettrait de continuer de profiter des retombées économiques développées par Tourisme Cantons de l’Est, depuis 1989. De plus, la continuité de l’usage de ce nom, rattaché au tourisme, assurerait un rappel historique à l’ancienne région des Cantons-de-l’Est (Eastern Townships).

Je tiens à préciser que mon opinion se veut au-delà des affiliations politiques ou linguistiques.

Ainsi, je considère que cette proposition de cohabitation des deux appellations pour la région comporterait plus d’impacts positifs que négatifs, qu’elle serait constructive et permettrait un dénouement rassembleur pour tous les citoyens de notre belle région.

Elle éviterait de polariser et de diviser les Estriens de nouveau réunis. Elle éviterait de se retrouver dans une dynamique binaire de gagnants et de perdants.

Elle éviterait que les citoyens Estriens ayant développé leur région pendant quarante ans soient déçus, amers voire en colère de la réunification de la région.

Elle éviterait le gaspillage inutile engendré pas le changement de nom de nombreuses organisations.

Paul Martel

Saint-Denis-de-Brompton

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Alain Collerette
Alain Collerette
7 mois

Bel effort pour rallier les deux camps. Mais vous ne prenez aucune position ni pour l’un ni pour l’autre. Je crois que nous devons y aller avec le choix de la majorité. Pour moi c’est « les cantons de l’est ».

Paul Martel
Paul Martel
7 mois
Répondre à  Alain Collerette

Dans mon texte j’ai bien mentionné que je suis pour la cohabitation de l’Estrie (région administrative) et Cantons-de-l’Est (région touristique). La région administrative de la Capitale-Nationale compte deux régions touristiques : Québec et Charlevoix et ça fonctionne très bien ! De quelle majorité parlez-vous ?

lionel lessard
lionel lessard
7 mois

Bravo , pour votre excellent article,,qu’on conserve le nom ESTRIE et qu’on arrete de dépenser énergie et argent,,,