Jocelyna Dubuc: la retraite attendra, même à 75 ans

Par Dany Jacques
Jocelyna Dubuc: la retraite attendra, même à 75 ans
Jocelyna Dubuc renouvelle sans cesse son entreprise, qui a célébré ses 45 ans, en 2022, en construisant quatre pavillons estimés à 8 M$. (Photo : Le Reflet du Lac - Dany Jacques)

PERSONNALITÉ DE L’ANNÉE.  Âgée de 75 ans, Jocelyna Dubuc tient toujours avec autant de passion les rênes du Spa Eastman, et ce, depuis 45 ans. Signe que la retraite ne figure pas dans ses plans, elle vient de signer une année fort occupée en distinctions honorifiques et en investissements immobiliers.

« Je re-traite ma vie depuis l’âge de 22 ans, préfère-t-elle dire. Je re-traite constamment ma vie et mon entreprise au fur et à mesure des besoins. »

Voilà probablement le secret de sa longévité, de sa santé et de sa joie de vivre contagieuse. Cette dame de taille modeste demeure solide comme du roc. Elle est toujours aux aguets pour que son entreprise reste au sommet des spas de destination au pays.

Son rôle de cheffe d’orchestre la stimule, car le partage de ses connaissances dans l’art de vivre est sa passion. « Je suis heureuse, car je n’ai jamais l’impression de travailler, confie-t-elle. Ce n’est pas l’accumulation des millions, des voitures de luxe et des voyages qui m’intéresse, c’est mon état d’être. Je reçois ma paie quand je fais de belles rencontres avec des humains intéressants. »

D’UN CAFÉ-COUETTE À UN CENTRE DE VILLÉGIATURE INTERNATIONAL

Mme Dubuc est partie de presque rien pour construire le premier spa de destination au pays. Elle a pris son envol avec un petit café-couette dans la maison qu’elle habitait sur le chemin des Diligences, à Eastman, et se retrouve maintenant avec un centre de villégiature de sept pavillons et de 44 chambres sur un terrain de 323 acres.

Elle a commencé avec deux employés avant d’atteindre les 130 travailleurs aujourd’hui dans les périodes plus achalandées. Cette croissance a été réalisée à coups de sacrifices pour elle, comme l’absence de salaire pendant 12 ans. Son frère Normand l’a aussi aidée à solidifier les fondations au départ de l’entreprise, un geste qu’elle qualifie toujours « d’amour » quatre décennies plus tard.

Elle croyait tout simplement à ses rêves de partager ses connaissances sur le mieux-être. Sa vie a changé au début de la vingtaine en découvrant les bienfaits d’une saine alimentation, du yoga et de la méditation sur sa propre santé.

Deux séjours en Inde totalisant 1 an et quatre mois complètent le point tournant de la vie de Mme Dubuc. Elle y a expérimenté différentes cures et approfondi de multiples connaissances liées à la santé du corps et de l’âme. C’était à la fin des années 1960. Elle avait 22 ans.

Par la suite, elle enseigne deux années au secondaire avant de remettre sa démission. Elle se concentre alors sur la création de son entreprise qui ouvrira ses portes en 1977. Elle se rappelle les embûches et les perceptions des gens qui la voyaient comme une « granola qui mangeait des graines d’oiseau et de la crème Budwig ». 

Elle souligne l’ouverture d’esprit des Québécois à ce sujet, surtout que ces préjugés sont retirés du vocabulaire des gens depuis plusieurs années. « Ma plus grande joie est la reconnaissance des Québécois à l’égard du tourisme de santé », témoigne-t-elle.

HÉRITAGE

L’héritage de Jocelyna Dubuc est beaucoup plus grand que la création d’une entreprise florissante. Elle a donné naissance à une industrie tout entière générant d’importantes retombées économiques. Son oeuvre influence positivement d’autres enjeux primordiaux comme l’importance d’une saine alimentation et de bonnes habitudes de vie, ce qui permet aux gens, selon elle, de jouir de plus en plus d’une bonne santé, donc de réduire l’impact sur le réseau de la santé.

Elle possède aussi un souci environnemental depuis les années 1960, que ce soit pour faire du compost, construire de façon écologique ou profiter des bienfaits physiques et psychologiques de la forêt. Son influence verte est née d’une conscience et non d’une tactique de marketing. Elle appliquait ses propres valeurs prônant l’économie d’eau potable et les jardins écologiques sans pesticides à une époque où cette fibre écologique paraissait plutôt excentrique.

En 2022, elle s’est associée à deux partenaires pour amorcer la construction de quatre pavillons carboneutres. Le premier des Oasis d’Eastman est terminé, tandis que les trois autres accueilleront des clients dès 2023.

Alain Larouche, ex-directeur général de Tourisme Cantons-de-l’Est, persiste à dire que Mme Dubuc a « contribué à rendre les Cantons-de-l’Est une destination particulière, tout en étant toujours à l’avant des modes ».

FAITS SAILLANTS DE 2022

  • Trois distinctions, dont celle de la meilleure retraite au pays et pour avoir toujours placé le développement durable au coeur de sa mission.
  • « Grande Bâtisseuse 2022 » par la ministre du Tourisme du Québec pour l’ensemble de son oeuvre.
  • Lancement du livre «La cuisine tonique» à l’occasion du 45e anniversaire du Spa Eastman.
  • Membre du comité d’honneur avec Paul Jr Desmarais, président de la campagne de financement de l’Abbaye Saint-Benoît-du-Lac pour des travaux de restauration estimés à 20 millions de dollars.
  • Le Spa Eastman annonce un investissement de 8 millions de dollars, pavant la voie à la construction de quatre pavillons écologiques.

BIOGRAPHIE

  • Détentrice d’un baccalauréat en histoire et en géographie.
  • Enseignante de formation.
  • Elle fonde en 1977 le Centre de santé d’Eastman, rebaptisé Spa Eastman.
  • Cofondatrice et présidente pendant 10 ans de l’Association des Relais Santé.
  • En 1996, elle fait l’acquisition de l’entreprise Aquacité, connue aujourd’hui sous le nom de Spa Eastman Montréal.
  • Elle construit en 1999 l’actuel pavillon principal au coût de 3 M$
  • Elle injecte 2M$ pour l’ajout de chambres et les bains nordiques en 2011
  • Investissement de 1M$ pour l’amélioration des installations de thermothérapie en 2015

DISTINCTIONS

  • Femme entrepreneure de l’année au Canada en 1997
  • « Business Women’s Awards » pour son rôle de leader par l’Ambassade du Canada en 1998
  • Prix Femme d’affaires du Québec en 2002
  • Personnalité touristique de l’année en 2006
  • Intronisée au Temple canadien de la renommée du tourisme en 2006.
  • Une pluie de reconnaissances et prix au Québec, au Canada et sur la scène internationale, comme des positions avantageuses parmi les dix meilleurs « écospa » au monde en 2009, 2010 et 2012

IMPLICATIONS PERSONNELLES

  • Présidente de Tourisme Cantons-de-l’Est de 2007 à 2011
  • Directrice de la Chambre de commerce de la Vallée Missisquoi
  • Partenaire des Correspondances d’Eastman depuis sa création
  • Implication à l’Abbaye Saint-Benoît-du-Lac
  • Collaboratrice à la création de la Forêt habitée de Bolton
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