Une Canadienne détenue par l’ICE avec sa fille parle d’une expérience «traumatisante»
VANCOUVER — La Canadienne qui a passé trois semaines en détention aux États-Unis aux mains des services d’immigration, en compagnie de sa fille de sept ans, affirme qu’il s’agit de «l’épreuve la plus stressante et la plus traumatisante» qu’elle ait jamais vécue.
Tania Warner n’a pas donné de détails sur les circonstances de sa détention, qui a commencé le 14 mars, mais a qualifié le traitement qu’elle a subi de «torture mentale». Elle a ajouté que sa fille Ayla a subi des brûlures chimiques causées par le savon et les détergents utilisés dans le centre de détention et qu’elle ne se remet que maintenant, après son retour à la maison.
La mère et la fille ont été libérées la semaine dernière après avoir été initialement placées en détention à un poste de contrôle de la police frontalière au Texas, où la famille réside.
«C’était l’épreuve la plus stressante et la plus traumatisante que j’aie jamais vécue, a-t-elle déclaré lors d’une entrevue depuis son domicile à Kingsville, au Texas. Et je peux vous dire que j’ai vu deux personnes mourir au cours de ma vie. Et je vous assure que c’était plus stressant que ces deux situations en comparaison.»
Mme Warner, originaire de Penticton, en Colombie-Britannique, a raconté lors d’une entrevue que mercredi marquait le premier jour de retour à l’école pour Ayla, et que la jeune fille manifestait une anxiété et une appréhension évidentes, ne voulant pas s’éloigner de sa mère.
«Elle ne voulait pas y aller. Alors, au lieu d’être enthousiaste à l’idée de revoir ses amis et de retrouver une vie normale, elle se sentait inquiète. Et de ses propres mots, elle a dit: “Je ne veux pas te quitter.”»
La mère et la fille doivent également se présenter à l’agence américaine de l’immigration et des douanes (ICE) la semaine prochaine, et Mme Warner a souligné que cela aura lieu dans un centre situé à environ 150 kilomètres au sud du domicile de la famille.
Mme Warner a souligné qu’elle et sa fille devront passer par le même poste de contrôle où elle avait été détenue pour se rendre à ce rendez-vous, et que cette perspective est terrifiante pour la famille.
«Alors, techniquement, je suis toujours détenue par l’ICE, a-t-elle noté. Ils m’ont mis un bracelet électronique, et cela s’appelle une détention alternative. Le juge n’a pas ordonné le bracelet électronique. J’ai été jugée comme ne présentant aucun risque de fuite compte tenu du type de demande de carte de résident permanent que j’ai déposée.»
«En réalité, ils ne sont pas censés me détenir du tout. Je porte donc en quelque sorte un bracelet électronique illégal.»
Elle a déclaré que la famille avait saisi les tribunaux et fait appel au député local pour résoudre cette affaire.
Elle a ajouté que sa famille avait commencé à envisager de retourner au Canada comme plan de secours au cas où elle serait expulsée, bien que ce ne soit qu’un dernier recours si rester au Texas s’avère impossible.
«Nous discutons clairement de ce qui est le mieux pour notre famille, a indiqué Mme Warner. À ce stade, avec notre maison et toutes nos affaires se trouvant ici, mes entreprises étant ici, ce n’est pas l’idéal pour nous de retourner au Canada. Mais nous envisageons cette option, car je risque d’être expulsée.»
Mme Warner, dont le statut d’immigration aux États-Unis est celui d’«étrangère en situation régulière autorisée à travailler», a raconté qu’il ne lui avait pas été expliqué qu’elle et sa fille avaient été placées en détention pour séjour prolongé aux États-Unis, sur la base de documents administratifs qui n’avaient pas été mis à jour avec leur statut actuel.
Ce qui la bouleverse le plus, c’est le traumatisme subi par sa fille au cours de cette épreuve, a-t-elle déclaré.
«Ma fille ne connaît que le Texas, a-t-elle expliqué. Elle n’a jamais vécu ailleurs. C’est la seule maison dans laquelle ma fille ait jamais vécu. C’est là qu’elle a passé sa vie.»
«Et quand on y pense, quand on arrache quelqu’un à son environnement, qu’on le place dans une situation semblable à celle d’une prison, alors que cela ne devait durer que 48 heures (…) c’est de la maltraitance infantile.»
«Tout ce qu’elle n’arrêtait pas de me demander, c’était: “Pourquoi on ne peut pas rentrer à la maison?” Et je lui ai répondu: “Eh bien, à cause qu’on est Canadiens, c’est ce que le gouvernement a décidé de faire avec les gens comme nous qui vivent aux États-Unis. Donc, on doit rester ici jusqu’à ce que papa et notre avocat puissent nous sortir de là”. C’est tout ce que je pouvais lui dire. Je ne savais pas quoi lui dire d’autre.»
