Trois élections partielles fédérales se tiendront le 13 avril prochain

MONTREAL — Le premier ministre Mark Carney a annoncé dimanche matin la tenue prochaine de trois élections partielles, dont celle attendue à Terrebonne.

Les électeurs de cette circonscription québécoise, tout comme ceux de Scarborough-Sud-Ouest et de University—Rosedale, en Ontario, seront appelés aux urnes le 13 avril.

Les jours de vote par anticipation se tiendront du vendredi 3 avril au lundi 6 avril, a précisé Élections Canada sur son site web.

Ces élections partielles sont importantes pour le gouvernement Carney, car elles pourraient déterminer s’il obtiendra ou non la majorité convoitée de 172 sièges à la Chambre des communes.

Actuellement, les libéraux détiennent 169 sièges, les conservateurs 141, les bloquistes 22, les néo-démocrates 7 et les verts 1.

Jean-François Daoust, professeur agrégé à l’école de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke, a indiqué que l’obtention de la majorité pourrait changer beaucoup de choses, même si elle était fragile.

«Il n’y a essentiellement aucune perte possible, aucun député qui pourrait quitter sans qu’il y ait des conséquences graves», a-t-il expliqué.

Ainsi, si une partie du caucus libéral se plaint sur un enjeu précis, cela pourrait vite devenir difficile à gérer pour le gouvernement, a illustré le spécialiste.

L’obtention d’une possible majorité aux Communes rend donc ce vote plus important que lors des élections partielles typiques, selon M. Daoust.

«C’est excessivement rare qu’une partielle puisse changer le statut du gouvernement au sens où il pourrait passer de minoritaire à majoritaire, a-t-il affirmé. Ça pourrait venir compenser un petit peu la participation électorale qui, généralement, est faible».

Le vote dans Scarborough-Sud-Ouest vise à remplacer le poste laissé vacant en février dernier par le député libéral Bill Blair, qui a été nommé haut-commissaire du Canada au Royaume-Uni. Celui-ci avait obtenu 61,41 % des suffrages exprimés aux élections de 2025.

Les électeurs de University—Rosedale seront quant à eux appelés à choisir le successeur de Chrystia Freeland, qui a fait le choix de quitter la politique canadienne après avoir obtenu un poste de conseillère auprès du président ukrainien Volodymyr Zelensky. Mme Freeland avait obtenu 64 % des votes en 2025.

André Lamoureux, politologue spécialisé en politique canadienne et québécoise et chargé de cours à l’UQAM, estime qu’il n’y a pas de grands enjeux dans ces deux comtés ontariens.

«La victoire du Parti libéral aux élections du 28 avril 2025 était quand même décisive. Elle était très forte, a-t-il souligné. Ce sont des circonscriptions libérales qui, en mon sens, devraient demeurer libérales.»

C’est aussi ce que pense M. Daoust, qui juge que le Parti libéral a de «très bonnes chances de remporter ces élections», même si certains électeurs pourraient reprocher à M. Blair et à Mme Freeland d’avoir quitté leurs fonctions avant la fin et donc, de ne pas avoir respecté leur engagement politique.

M. Lamoureux croit tout de même que Mark Carney va «mettre le paquet» sur ces deux élections partielles, car il ne peut pas se permettre de les perdre s’il souhaite atteindre la majorité tant espérée.

Les libéraux pourraient toutefois profiter de la baisse d’appuis des conservateurs, estime le politologue.

«(Les conservateurs) auraient une possibilité de se faire valoir en Ontario dans ces deux circonscriptions. Mais est-ce que Pierre Poilievre est actuellement en position de grande force comme chef du parti? C’est plutôt l’inverse», a-t-il analysé.

Une «bataille» à Terrebonne

La circonscription de Terrebonne a fait les manchettes récemment lorsque la Cour suprême a invalidé le 13 février le résultat de l’élection fédérale du printemps dernier.

La libérale Tatiana Auguste avait été élue par une seule voix devant la candidate bloquiste Nathalie Sinclair-Desgagné, qui s’était alors saisi des tribunaux pour faire invalider le résultat en raison du rejet d’un vote postal bloquiste, après une erreur d’Élections Canada.

«Si les libéraux pensent qu’ils vont l’avoir facile à Terrebonne, ils n’ont pas compris. Ils n’ont pas compris que ça n’a jamais été un territoire libéral depuis que le Bloc québécois existe», a avancé Mme Sinclair-Desgagné.

Cette dernière était aux côtés du chef bloquiste, Yves-François Blanchet, alors qu’elle donnait dimanche le coup d’envoi de sa campagne et inaugurait pour l’occasion son local pour l’élection.

«Je vais venir beaucoup dans Terrebonne. Parce que la décision appartient aux gens, il y a une question que je vais poser à chaque porte (…): qu’a fait Mark Carney pour le Québec?» a mentionné M. Blanchet.

Pour M. Lamoureux, gagner Terrebonne sera la vraie «bataille» pour les libéraux.

«Le Bloc va mettre tout le paquet dans cette élection-là parce qu’il veut renverser un peu la tendance qu’il a subie en 2025, à savoir une baisse de ses appuis au Québec», a-t-il rappelé.

Jean-François Daoust a ajouté que la course est d’autant plus intéressante, car le Bloc québécois porte ce discours sur la dynamique d’un gouvernement minoritaire.

Selon lui, le Bloc pourrait miser sur son rôle de balance possible des pouvoirs lors de sa campagne.

L’enjeu du conflit actuel au Moyen-Orient risque également d’occuper une place importante dans les débats lors de ces élections partielles.

«C’est certain que cet enjeu-là est incontournable parce que tous les partis vont être interrogés, tous les candidats», a soutenu M. Lamoureux.