Pierre Poilievre affirme que les libéraux de Mark Carney sont de faux conservateurs

OTTAWA — Depuis les élections d’avril, le chef conservateur Pierre Poilievre encourage le premier ministre Mark Carney à lui voler ses idées sur une panoplie de sujets — des réductions d’impôts à la réforme des libérations sous caution. Il affirme cependant que ce que M. Carney fait de ces idées s’apparente à du «conservatisme factice».

«Il vous dira qu’il a copié mon idée à propos de, disons, la taxe carbone, mais, alors qu’il cache la partie la plus visible de la taxe carbone, il augmente d’autres taxes sur les carburants», a déclaré M. Poilievre.

M. Carney est considéré par plusieurs comme celui qui a redirigé les libéraux vers le centre politique après des années de politiques de centre gauche sous l’ancien premier ministre Justin Trudeau.

Steven Guilbeault, qui était ministre de l’Environnement sous M. Trudeau, a récemment démissionné du cabinet de M. Carney en raison de ce qu’il juge être un démantèlement des politiques climatiques qu’il a contribué à mettre en place.

Sa décision s’est manifestée après que les libéraux ont signé un protocole d’accord avec le gouvernement de l’Alberta qui ouvre la voie à l’approbation d’un oléoduc vers la côte ouest.

Idées conservatrices

M. Poilievre a employé une stratégie très efficace à certains moments consistant à attaquer les politiques impopulaires des libéraux à l’aide de slogans percutants.

Il a passé des mois à parcourir le pays en 2024 avec ses rassemblements «axe the tax» (supprimer la taxe), où la tarification du carbone pour les consommateurs représentait le symbole des frustrations plus générales des Canadiens face à la hausse du coût de la vie.

Dans sa première décision en tant que premier ministre en mars dernier, M. Carney a mis fin à cette tarification du carbone à la consommation, et du même coup au discours le plus récurrent des conservateurs.

Puis, en août, M. Poilievre a annoncé publiquement son intention de mener une campagne nationale contre la «Car-ney tax» — le surnom en anglais qu’il avait donné à l’obligation de vendre des véhicules électriques, qui suscitait les récriminations d’électeurs ruraux et des constructeurs automobiles.

Les libéraux ont finalement suspendu l’obligation de ventes de véhicules électriques en septembre et sont en train de revoir le programme.

Le chef conservateur a passé une grande partie de la campagne électorale du printemps à parler de la criminalité, promettant de sévir contre les trafiquants de drogue, les récidivistes et les auteurs de violences conjugales.

Il s’est engagé à utiliser la disposition de dérogation — l’article de la Charte permettant au gouvernement de protéger temporairement une loi contre les contestations — pour rétablir les peines minimales obligatoires.

Tout au long de la campagne, les foules présentes aux rassemblements conservateurs ont scandé avec enthousiasme le slogan «la prison, pas la liberté sous caution».

Le gouvernement libéral a récemment présenté un projet de loi visant à réformer les règles relatives à la mise en liberté sous caution et a déposé un projet de loi qui vise à rétablir certaines peines minimales obligatoires et à alourdir les sanctions pour les violences sexistes.

Dans une entrevue de fin d’année accordée à La Presse Canadienne, M. Poilievre affirme que le défi pour son parti est de montrer que les libéraux ne tiennent pas réellement leurs promesses. Sur la réforme de la caution, par exemple, il a accusé le gouvernement de «bloquer son propre projet de loi».

Les conservateurs et les libéraux se sont affrontés au sein d’un comité de la Chambre des communes sur la meilleure façon d’étudier les différents projets de loi.

«(M. Carney) dit qu’il va dépenser moins, mais son déficit budgétaire est 100 % plus élevé — son déficit est littéralement deux fois plus important que celui de Justin Trudeau», a soulevé M. Poilievre.

«Il est donc hypocrite de sa part de prétendre qu’il est d’accord avec mes idées très populaires pour un Canada abordable et sûr. Si vous grattez la surface, vous voyez qu’il fait exactement le contraire de ce qu’il dit.»

Changement d’allégeance

Cependant, le défi le plus immédiat pour M. Poilievre n’est pas que les libéraux lui volent ses idées, mais le fait qu’ils lui volent les membres de son caucus.

Deux députés conservateurs ont quitté son caucus pour rejoindre les bancs du gouvernement en l’espace de quelques mois, rapprochant ainsi les libéraux d’une majorité.

Après que Chris d’Entremont a changé de camp le jour du budget, les rumeurs d’autres défections conservatrices virevoltaient au parlement.

Le député albertain Matt Jeneroux, dont le nom avait été avancé comme un transfuge potentiel, a annoncé son intention de quitter complètement la politique quelques jours après le départ de M. d’Entremont. On ne sait pas combien de temps M. Jeneroux restera à Ottawa, mais il n’a pas voté au Parlement depuis son annonce, même sur des questions de confiance.

Le député ontarien Michael Ma a surpris beaucoup de monde la semaine dernière en annonçant qu’il rejoignait le camp libéral lors de la dernière journée de session de la Chambre des communes.

Une défection supplémentaire donnerait au gouvernement Carney une majorité parlementaire.

M. Poilievre a rejeté l’idée selon laquelle son style de leadership serait en partie responsable des défections. Il a plutôt accusé M. Carney d’essayer de «fabriquer une majorité» qu’il n’a pas obtenue lors des élections en recourant à des «manœuvres en coulisses».

Si les libéraux ne parviennent pas à obtenir la majorité, des élections pourraient être organisées plus tôt que prévu.

M. Poilievre a refusé de spéculer sur la possibilité que les Canadiens retournent aux urnes en 2026, bien qu’il ait poussé un vote de confiance en novembre. Il a indiqué que son équipe savait qu’elle «devait toujours être prête».

Les deux partis étant plus proches que jamais sur le plan politique et se trouvant quasi ex æquo dans les sondages, le chef conservateur a affirmé que sa mission était de «donner l’espoir d’un pays abordable et sûr» et de rappeler aux Canadiens les échecs du gouvernement.

Il a déclaré que «l’exemple le plus flagrant de la stratégie trompeuse de Mark Carney» est son incapacité à obtenir la suppression des droits de douane américains sur les exportations canadiennes.

«Il a dit qu’il était un maître négociateur qui nous obtiendrait un accord avant le 21 juillet 2025. Nous sommes maintenant à la mi-décembre et il n’y a toujours pas d’accord», a martelé M. Poilievre.

M. Carney ne s’est pas rendu disponible pour une entrevue de fin d’année, rompant ainsi avec une longue tradition pour les premiers ministres, les ministres et les chefs des principaux partis.