Libéraux et conservateurs s’attaquent sur la question du pipeline en Alberta

OTTAWA — Les députés ont rejeté une motion conservatrice visant à mettre les libéraux face à leur position concernant la construction d’un oléoduc se rendant jusqu’à la côte de la Colombie-Britannique.

La motion a été rejetée par 196 voix contre 139 à la Chambre des communes mardi soir. Les députés du Parti libéral, du Bloc québécois et du NPD ont tous voté contre cette motion.

Le gouvernement et l’opposition officielle se sont mutuellement accusés mardi de sombrer dans la ruse politique alors que la Chambre des communes débattait d’une motion conservatrice visant à obtenir des libéraux qu’ils se prononcent clairement sur leur soutien à la construction d’un pipeline vers la côte de la Colombie-Britannique.

Le chef conservateur Pierre Poilievre a présenté une motion stipulant que les députés soutiennent la construction d’un pipeline pour transporter le bitume de l’Alberta jusqu’à la côte, ainsi qu’un «amendement approprié» à la législation interdisant la plupart des pétroliers au large de la côte nord de la Colombie-Britannique.

La motion est une version plus pointue du protocole d’accord signé le mois dernier par la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, et le premier ministre Mark Carney.

Cet accord prévoyait toutefois de ne modifier l’interdiction des pétroliers que «si nécessaire» et citait les mesures environnementales que l’Alberta devrait accepter de prendre afin d’obtenir l’approbation d’un projet de pipeline.

M. Poilievre a expliqué qu’il voulait forcer les libéraux à prendre une position claire sur le pipeline.

«Nous avons besoin de ce pipeline, car il permettra d’augmenter les salaires nets, de rendre la vie plus abordable et de créer une économie souveraine et autonome», a-t-il soutenu mardi après-midi à la Chambre des communes.

Sur ce point, le gouvernement semble être d’accord.

«Je vais le dire maintenant et je vais le dire clairement au nom de notre gouvernement: nous soutenons le pipeline. Nous soutenons le protocole d’accord, nous soutenons l’intégralité du protocole d’accord», a déclaré Corey Hogan, député libéral fédéral de l’Alberta.

Mais M. Hogan a fait valoir qu’il y avait un risque à tenir ce débat et a affirmé aux journalistes que la motion était un «piège» tendu aux libéraux.

Selon lui, voter oui «donnerait l’impression que nous portons atteinte aux droits des peuples autochtones et que nous sapons les discussions avec la Colombie-Britannique», tandis que voter non «donnerait l’impression que nous ne soutenons pas le pipeline».

Le ministre des Ressources naturelles, Tim Hodgson, a affirmé que la motion était une manœuvre cynique visant à diviser les députés libéraux.

Le chef bloquiste Yves-François Blanchet a pour sa part appelé le premier ministre à «suspendre complètement» son entente avec l’Alberta.

Plus tard dans l’après-midi, les conservateurs ont amendé la motion, espérant inciter les libéraux à la soutenir.

La motion amendée ajoute trois clauses tirées de l’accord avec l’Alberta, notamment des dispositions relatives au captage du carbone, à la consultation des peuples autochtones et à la collaboration avec le gouvernement de la Colombie-Britannique.

La ministre des Services aux Autochtones, Mandy Gull Masty, a soutenu que la motion était une insulte aux peuples autochtones.

Le député conservateur Ellis Ross a pour sa part déclaré qu’il en avait assez que le gouvernement «donne des leçons sur les questions autochtones».

Son collègue de caucus Billy Morin a affirmé que les libéraux «jouent avec les communautés autochtones et exploitent les Premières Nations comme un outil politique. Ils parlent sans cesse de réconciliation, mais qu’obtiennent réellement les communautés autochtones?»

Le président de la nation haïda, Jason Alsop, également connu sous le nom de Gaagwiis, a déclaré que ces questions sont des enjeux sérieux. Lui et Christine Smith-Martin, directrice de Coastal First Nations, se sont rendus à Ottawa pour assister au débat au Parlement.

«Il s’agit en grande partie de politique, mais si nous sommes ici aujourd’hui, c’est parce que c’est chez nous. Nous prenons très au sérieux toutes les discussions qui ont lieu ici à Ottawa sans que nous y participions», a-t-il déclaré.

Le vote de mardi sur la motion conservatrice n’est pas contraignant. Le gouvernement a accepté de consulter les dirigeants autochtones sur tout projet de pipeline éventuel.

Coastal First Nations, un groupe représentant les Premières Nations du nord de la côte Pacifique, notamment les Haïdas, les Gitxaała et les Nuxalk, s’est déclaré opposé à tout pipeline et à toute modification de l’interdiction des pétroliers.

«Cette interdiction des pétroliers et ses variantes existent depuis plus de 50 ans, ce qui en dit long», a déclaré Mme Smith-Martin.

Elle a également indiqué que son groupe était en pourparlers avec le gouvernement afin que M. Carney et les ministres du cabinet se rendent dans leurs communautés.