Les familles des victimes de la tuerie en Nouvelle-Écosse boycottent l’enquête

Michael Tutton, La Presse Canadienne
Les familles des victimes de la tuerie en Nouvelle-Écosse boycottent l’enquête

TRURO, N.-É. — Les proches des victimes de la tuerie de 2020 en Nouvelle-Écosse ont demandé à leurs avocats de boycotter la commission d’enquête responsable de faire la lumière sur le drame, en raison d’une décision permettant à deux policiers de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) d’éviter un contre-interrogatoire.

Le cabinet d’avocats qui représente 14 des 22 familles a publié un communiqué dans lequel il explique avoir reçu comme consigne de ne pas assister aux audiences de mercredi, de même qu’aux trois suivantes prévues à l’horaire.

La firme Patterson Law a indiqué que les familles sont «déçues et encore plus désabusées» depuis que la commission a décidé d’empêcher leurs avocats d’interroger à leur tour le sergent d’état-major Brian Rehill et le sergent Andy O’Brien.

Le sergent d’état-major Rehill était le responsable de la gestion des risques à la station de transmissions opérationnelles de Truro, en Nouvelle-Écosse, lors de la tuerie.

Dès les premiers signalements concernant un tireur actif, à Portapique, M. Rehill a demandé au sergent O’Brien de l’aider à superviser les premières étapes de l’opération policière.

Le tireur a finalement tué 22 personnes au cours de sa cavale, qui a duré deux jours.

Me Josh Bryson, qui représente deux victimes, était présent aux audiences de mercredi. Ses clients lui ont toutefois demandé de ne pas rester dans la salle lorsqu’il était question des deux policiers.

«C’est un recul important, a-t-il affirmé à l’extérieur de la salle d’audience. C’est très négatif, car nous n’aurons pas l’occasion de poser nos propres questions au nom des familles.»

La commission d’enquête, qui compte des membres tant du fédéral que du provincial, a accepté d’offrir certains accommodements à trois hauts gradés de la police dans le cadre de leur témoignage.

Les policiers Rehill et O’Brien répondront aux questions des commissaires par visioconférence. La discussion sera enregistrée, puis diffusée à une date ultérieure. Les personnes qui souhaiteront assister en direct à leurs témoignages devront garder leur caméra et leur micro fermés.

La commission n’a offert aucune explication pour justifier ces accommodements exceptionnels. Elle considère que les motifs sont confidentiels puisqu’ils concernent la santé physique et psychologique des trois hommes.

Les avocats des victimes ont reçu comme directive de fournir à l’avance des questions et de les remettre aux commissaires.

Les témoignages des policiers de la GRC devraient commencer en début de semaine prochaine. M. Rehill sera le premier à répondre aux questions.

La confiance des familles affectée

L’avocate Tara Miller a mentionné que ses clients lui avaient ordonné de ne pas assister aux audiences de cette semaine et de la semaine prochaine.

«En plus d’être injuste dès le départ, cette décision fait en sorte que les familles des victimes les plus touchées vont avoir de moins en moins confiance envers les commissaires», a-t-elle affirmé en entrevue avec La Presse Canadienne, mercredi.

Selon elle, ses clients ont toujours réclamé que les avocats des familles puissent contre-interroger de façon adéquate les témoins de la tragédie.

«C’est l’un des principes fondamentaux de toute procédure judiciaire, a-t-elle rappelé, et cela vaut aussi pour les commissions d’enquête.»

Me Miller a indiqué que ses clients ne sont pas opposés à ce que des arrangements soient pris pour limiter les impacts sur les policiers, mais que carrément annuler le contre-interrogatoire était «inacceptable».

Elle a ajouté que le contre-interrogatoire du sergent d’état-major Rehill était l’un des moments clés de l’enquête.

«On parle de la personne qui a supervisé toute l’opération policière initiale, a martelé Me Miller. Nous sommes en droit de lui poser des questions sur les décisions qu’il a prises et sur les raisons qui l’ont poussé à faire certains choix.»

D’ici là, le sergent d’état-major Al Carroll — un ancien commandant du comté de Colchester — doit témoigner en direct, jeudi, par visioconférence. Il aura droit à des pauses pendant son témoignage, mais il pourrait devoir répondre aux questions des avocats des familles.

Six demandes d’accommodements

La Fédération de la police nationale et le ministère de la Justice avaient demandé que les sergents O’Brien et Rehill puissent fournir leur témoignage sous la forme d’une déclaration écrite sous serment et que le sergent Carroll ne réponde qu’aux questions des commissaires.

Les commissaires ont confirmé avoir reçu six demandes d’accommodements, dont l’une a été rejetée. Ils ont toutefois accepté que deux témoins livrent leur version des faits au cours d’un panel. L’identité des deux personnes concernées n’a cependant pas été dévoilée.

Le président de la commission, Michael MacDonald, a amorcé l’audience de mercredi en abordant les accommodements. Selon lui, ils n’empêcheront pas les commissaires de recueillir les informations essentielles à l’enquête.

M. MacDonald, un ancien juge en chef de la Nouvelle-Écosse, a rappelé que la commission devait tenir compte du risque de traumatisme que pourraient revivre les policiers lors de leur témoignage. Il n’a cependant pas expliqué en quoi leur contre-interrogatoire posait un risque supplémentaire.

Le sergent d’état-major Bruce Briers a livré son témoignage mercredi. Il était responsable de l’évaluation des risques et a supervisé la deuxième journée d’opérations, le 19 avril 2020, à Truro.

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