La députée Marilyn Gladu passe des conservateurs au clan libéral

OTTAWA — La députée fédérale ontarienne Marilyn Gladu quitte le caucus conservateur pour se joindre au gouvernement libéral de Mark Carney, qui est maintenant à un cheveu d’une majorité au Parlement.

«J’ai observé le premier ministre depuis son élection et les priorités qu’il fait (…) c’est tout ce que les Canadiens et Canadiennes veulent et exactement ce que les personnes de Sarnia—Lambton—Bkejwanong veulent», a affirmé en français Mme Gladu, qui a travaillé à Montréal par le passé.

Lors d’une courte déclaration à la presse aux côtés du premier ministre Carney, mercredi matin, la députée a mentionné les projets d’intérêt national, la diversification du commerce et le renforcement de la défense comme des priorités communes.

«On a besoin d’un chef sérieux qui peut (affronter) l’incertitude qui existe à cause des tarifs américains pas justifiés, a-t-elle plaidé. Le premier ministre est cette personne.»

Pour sa part, M. Carney a souligné la longue expérience de sa recrue, qui a été élue il y a plus d’une décennie, en 2015.

«(Marilyn Gladu) a beaucoup d’expérience parlementaire et est une députée qui travaille pour ses électeurs, mais qui travaille dans un esprit de coopération au Parlement», a-t-il soutenu, tout sourire.

«C’est le moment de bâtir notre pays ensemble. Les Canadiens s’unissent, et les membres du Parlement s’unissent dans cette mission», avait-il affirmé plus tôt à son arrivée sur la colline du Parlement.

En quête d’une majorité

Avec cette nouvelle prise, les libéraux frisent la majorité parlementaire avec 171 députés dans leur giron. Le chiffre magique pour obtenir une majorité est de 172.

Ainsi, les libéraux n’auront qu’à remporter un des trois sièges des élections partielles de la semaine prochaine pour atteindre la majorité.

Des élections auront lieu lundi prochain dans deux circonscriptions torontoises, Scarborough-Sud-Ouest et University-Rosedale, et dans une circonscription québécoise, Terrebonne.

Le chef conservateur Pierre Poilievre a accusé M. Carney mercredi de tenter «d’obtenir une majorité libérale coûteuse avec des ententes en coulisses, malgré le refus des électeurs».

Il s’agit de la même critique qu’il avait formulée lorsque trois autres conservateurs avaient rejoint les bancs du gouvernement.

M. Poilievre a également vivement critiqué Mme Gladu, qui avait indiqué à un média local en janvier qu’elle estimait que les députés qui quittent leur parti pour rejoindre un autre devraient démissionner de leur poste et déclencher une élection partielle.

«Je suis d’accord avec elle. (…) Elle devrait respecter sa parole et se soumettre au verdict des électeurs», a soutenu M. Poilievre dans un message publié sur les médias sociaux.

«Les citoyens de sa circonscription ont voté pour un Canada plus abordable, plus sécuritaire et plus fort. Ils ont choisi les conservateurs, pas le gouvernement libéral coûteux qu’elle vient de rejoindre», a-t-il ajouté.

Marilyn Gladu est la cinquième députée de l’opposition à rejoindre le caucus libéral depuis novembre. Matt Jeneroux, Chris d’Entremont et Michael Ma ont quitté les banquettes conservatrices, et Lori Idlout a fait de même avec le Nouveau Parti démocratique (NPD).

Le chef bloquiste Yves-François Blanchet a affirmé que cette nouvelle confirmait que le gouvernement Carney serait majoritaire «pour le meilleur et pour le pire».

«C’est parce que le gouvernement de M. Carney est majoritaire qu’il est important d’avoir pour le Québec la voix la plus forte possible», a-t-il souligné en point de presse à Terrebonne.

«Ce à quoi, outre les enjeux purement locaux, les gens de Terrebonne, peuvent contribuer.»

De son côté, le Nouveau Parti démocratique a accusé le premier ministre Carney de «sacrifier des positions libérales de longue date» en acceptant dans ses rangs Mme Gladu, décrite comme une «conservatrice sociale d’extrême droite».

«Nous voyons chaque jour de nouvelles preuves que Mark Carney est un conservateur et qu’il y a maintenant deux partis conservateurs à la Chambre des communes», a déploré la députée néo-démocrate Leah Gazan.

Les conservateurs n’avaient pas réagi au moment d’écrire ces lignes.

Une progressiste du caucus

Marilyn Gladu, une ingénieure de formation, était pourtant perçue comme une progressiste du caucus conservateur. Par le passé, elle disait vouloir participer aux défilés de la Fierté et adopter des mesures plus musclées en environnement.

En 2020, Mme Gladu avait brièvement tenté de briguer la chefferie conservatrice lors du départ d’Andrew Scheer.

Pendant la pandémie de COVID-19, la députée s’était retrouvée dans une controverse pour avoir semblé minimiser la sévérité de la maladie lors d’une entrevue à CTV. Après avoir été rabrouée par le nouveau chef Erin O’Toole, elle avait présenté ses excuses.

Mme Gladu avait également fait partie d’un «mini-caucus» conservateur pour défendre les Canadiens préoccupés par la vaccination obligatoire contre la COVID-19.

Pierre Poilievre, qui avait succédé à M. O’Toole, avait ensuite nommé Mme Gladu comme porte-parole du parti en matière de libertés civiles en mai dernier. Elle préside également le Comité permanent de la condition féminine de la Chambre des communes.

Après la nomination de M. Carney comme nouveau chef des libéraux en mars dernier, Marilyn Gladu avait publié une vidéo sur les médias sociaux pour partager ses réflexions. Elle s’était montrée très critique envers M. Carney, l’accusant d’être responsable du «désastreux fiasco» de l’inflation, qu’elle imputait au gouvernement de Justin Trudeau.

«Je ne crois pas qu’il apportera le moindre changement», avait-elle déclaré le 15 mars 2025.

Dans son annonce par communiqué, Mme Gladu avait rappelé que sa circonscription avait «toujours été une circonscription baromètre». Ce siège était détenu par les libéraux de 1993 à 2006 et appartient aux conservateurs depuis.

– Avec les informations de Sarah Ritchie à Ottawa