Banalisation des violences sexuelles: un enjeu «extrêmement prioritaire»
QUÉBEC — Après avoir réagi avec prudence, le gouvernement Legault a assuré que le manque de sérieux rapporté par le protecteur national de l’élève dans le traitement des actes de violence sexuelle dans les écoles était un «enjeu extrêmement préoccupant».
Dans son rapport annuel publié mercredi, le protecteur national de l’élève, Jean-François Bernier, estime qu’il y a une «banalisation» des situations dénoncées et que les mesures mises en place sont insuffisantes.
En mêlée de presse jeudi matin, la ministre de l’Éducation, Sonia LeBel, a reconnu que le rapport soulève des «enjeux» dans «certains centres de services scolaires».
Elle a cependant ajouté qu’elle a bon espoir que les organismes scolaires vont s’adapter et elle entend suivre la situation de «très près».
Mais en entrevue téléphonique plus tard avec La Presse Canadienne, elle a précisé que c’était un «enjeu extrêmement prioritaire». Selon elle, il «faut être préoccupé» par la situation.
«C’est clair que c’est important», a insisté la ministre pour dissiper toute ambiguïté.
Elle a rappelé que des outils et de la formation sont à la disposition du personnel et que la mise à jour du plan de prévention de la violence et de l’intimidation constitue une obligation légale.
«Maintenant, il faut que cela se traduise concrètement dans toutes nos écoles», a-t-elle ajouté.
La ministre a indiqué qu’elle avait rencontré Me Bernier, qui est «très positif sur la démarche qu’il a faite».
Dans la grande majorité des cas, «ses recommandations sont toujours bien suivies», a ajouté Mme LeBel.
Critiques de l’opposition
«L’inaction du gouvernement de la CAQ pour prévenir les violences à caractère sexuel dans les écoles primaires et secondaires fait en sorte qu’il y a des victimes, ce sont les élèves», a dénoncé la co-porte-parole de Québec solidaire, Ruba Ghazal, jeudi matin en mêlée de presse.
Elle a rappelé qu’elle avait déposé un projet de loi-cadre «pour protéger les étudiants» et qu’elle souhaitait que le gouvernement soumette le texte à l’étude en commission parlementaire.
Le Parti québécois (PQ) a pour sa part affirmé que la violence dans les écoles était un «dossier prioritaire», que ce soit la violence sexuelle, physique, entre les élèves ou entre le personnel et les élèves.
«Si Sonia LeBel décide d’en faire une priorité pour le reste de son mandat, tout le monde apprécierait», a déclaré le député Pascal Bérubé, dans une entrevue avec La Presse Canadienne.
Aussi, il a mis au défi la ministre de faire connaître les motifs de démission invoqués par les enseignants lors de leurs entrevues de départ.
«Je suis convaincu que (la violence) est une des raisons majeures» de départ, a-t-il argué.
Dans le rapport annuel 2024-2025 de l’organisme déposé mercredi, Me Bernier écrit que «bien du chemin reste à parcourir afin que (les situations d’actes de violence à caractère sexuel) soient traitées avec le sérieux qu’elles méritent».
Il a ajouté que «des constats émergent quant à la banalisation des situations dénoncées et à l’insuffisance des mesures mises en place pour soutenir tous les élèves impliqués, mais également pour encadrer l’élève auteur et sécuriser l’élève victime et les élèves témoins, le cas échéant».
Les «stéréotypes» demeurent encore répandus et les organismes scolaires «n’ont pas toujours pris au sérieux les gestes commis», lit-on, en plus de laisser traîner certaines situations.
Sur les 1077 plaintes ou signalements reçus au total, 133 étaient relatifs à des actes de violence à caractère sexuel.
Un total de 64 plaintes et signalements sur ce motif ont été jugés fondés et 55 non fondés, tandis que pour le solde restant, des démarches de «facilitation», de correction ou autres ont été entreprises.
Le protecteur national de l’élève a lancé un message clair aux équipes-écoles et formulé quelques consignes pour les orienter.
«En contexte d’actes de violence à caractère sexuel, tout comme n’importe quel autre acte de violence, le travail de l’équipe-école ne devrait pas être de chercher la vérité à tout prix, mais bien de traiter la situation avec sérieux et d’activer son plan de lutte contre l’intimidation et la violence en posant les gestes appropriés de manière diligente.»
