Maurice accroche son tablier

Par Patrick Trudeau
Maurice accroche son tablier
Après 40 ans dans la restauration

RETRAITE. Après avoir servi des centaines de milliers de repas au cœur d’Ayer’s Cliff, le restaurateur Maurice Batrie prendra sa retraite à la fin du mois de février.

Âgé de 67 ans, le propriétaire du Restaurant Chez Maurice a décidé d’accrocher son tablier, près de 40 ans après avoir ouvert son établissement à l’angle des rues Tyler et Main (routes 141 et 108).

Sa décision, il dit l’avoir prise tout juste avant les Fêtes, lors d’une période fort achalandée. «J’ai dû remplacer un cuisinier qui était malade et ça m’a brûlé de faire des grosses journées. J’ai compris à ce moment que je n’avais peut-être plus l’énergie pour ce boulot et qu’il valait mieux laisser la place à un plus jeune», a-t-il expliqué sans aucune amertume.

«À mon âge, il est temps de penser un peu à moi et de faire autre chose», a-t-il ajouté.

Bien qu’il était toujours en pourparlers pour vendre son commerce au moment d’écrire ces lignes, le célèbre restaurateur a confirmé que c’était bel et bien la fin pour lui. «Je vais peut-être rester quelques semaines pour faire la transition s’il y a un acheteur, mais ce sera terminé par la suite», a-t-il expliqué sereinement.

Douze assiettes pour débuter

Originaire de Disraéli, Maurice Batrie est déménagé dans la région de Memphrémagog à l’âge de 14 ans.

Il a notamment travaillé à l’ancien magasin Langlois Sports de Magog et au Mont-Orford.

À l’aube de ses 28 ans, il décide de lancer son propre restaurant dans un édifice appartenant à son frère aîné. «Le restaurant m’appartient, mais j’ai toujours été locataire. J’aurais été intéressé à acheter le bâtiment, il y a plusieurs années, mais mon frère n’a jamais voulu le vendre», raconte-t-il en riant.

Comptant aujourd’hui 52 places, le Restaurant Chez Maurice était beaucoup plus «intime» au départ. «Je me souviens de ma toute première journée, le 28 août 1975; ça coïncidait avec l’ouverture de l’Exposition agricole. Nous n’avions que 18 places et j’avais seulement 12 assiettes et un ensemble de 12 ustensiles pour débuter. Je n’avais pas les moyens de partir en grand».

«Il y avait un autre restaurant ici avant moi et il avait déjà l’équipement pour vendre de la crème glacée. J’en ai profité pour faire de bonnes affaires durant la période estivale… jusqu’à ce que le compresseur brise», raconte le futur retraité.

Trop bonasse

Sans doute l’un des rares restaurateurs à avoir duré aussi longtemps, M. Batrie se dit choyé d’avoir pu exercer ce métier durant quatre décennies.

«La restauration est un milieu difficile et on se demande comment certains établissements peuvent survivre, tellement la compétition est forte. Ici même au village (d’Ayer’s Cliff), on comptait à une certaine époque 12 restaurants», fait-il remarquer.

«Et aujourd’hui, c’est encore plus ardu avec toute la paperasse qu’on doit remplir, sans compter la gestion des employés. D’ailleurs, je ne crois pas avoir été un patron exemplaire, car j’étais trop bonasse, trop mou. C’est sans doute pour ça que j’avais de la difficulté à gérer le personnel. En plus, j’avais de moins en moins de patience en vieillissant», avoue-t-il sans retenue.

Ami de Johnny Farago

Fréquenté assidûment par la population locale durant près de 40 ans, le Restaurant Chez Maurice a aussi vu s’arrêter plusieurs personnalités entre ses murs au fil du temps.

D’entrée de jeu, son propriétaire Maurice Batrie fait référence aux Ginette Reno, Serge Postigo, Marina Orsini ainsi qu’à tous ceux qui se sont produit, un soir ou l’autre, au défunt Shady Crest (Gil Girard, Manuel Tadros, Pier Béland, etc.).

Au fil des repas et des années, il s’est même lié d’amitié avec le regretté Johnny Farago, décédé en 1997. «Johnny venait manger ici régulièrement et nous allions parfois à la pêche ensemble. Il est malheuresement parti beaucoup trop tôt (53 ans)», se désole-t-il.

Offrant un menu particulièrement varié, l’endroit a déjà fait l’objet d’un long reportage signé Nathalie Petrowski (La Presse), une autre personnalité habitant la région.

Au-delà des frontières d’Ayer’s Cliff, la pizza du Restaurant Maurice avait de nombreux adeptes. «Notre pizza a toujours été l’un des gros vendeurs. D’ailleurs, c’est le repas que je préférais préparer. J’avais beaucoup plus de plaisir à confectionner une pizza qu’à cuisiner des déjeuners», admet le légendaire restaurateur.

Reconnaissant envers sa clientèle, Maurice Batrie avoue voir venir les prochains jours avec appréhension. «Ça va me faire un pincement au cœur quand la dernière journée (28 février) sera arrivée. J’aurai plein de choses pour m’occuper (chasse, pêche, travail forestier…), mais je devrai aussi apprendre à changer mes habitudes des 40 dernières années, à me passer du contact quotidien avec les clients».

«J’aurai certainement besoin de revenir faire mon tour à quelques reprises si je ne veux pas virer fou à travailler seul dans mon bois», conclut-il sur une note humoristique.

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