Une Magogoise obtient gain de cause en déontologie policière après plus de cinq ans de démarches

TÉMOIGNAGE. Derrière la sanction reçue tout récemment par un policier de la Régie de police de Memphrémagog, se cache une histoire humaine particulièrement touchante. Elle concerne celle qui a porté plainte, une Magogoise avec un dossier de conduite vierge, qui a vu une interception de routine se transformer en un véritable combat pour conserver son autonomie et sa dignité.

Même si elle a obtenu gain de cause dans un jugement, Jocelyne Lessard ressort marquée par les cinq années et demie qui se sont écoulées depuis les événements et la fin du processus judiciaire.

Une bataille qui lui a laissé des séquelles découlant de tout le stress, l’énergie et le temps investis pour se faire entendre et obtenir justice. « Ce policier a abusé de son pouvoir à outrance, mais j’ai un bon caractère. Alors, j’ai foncé et je me suis tenue debout pour tous les aînés de Memphrémagog, même si ce fut une histoire très dure à vivre. J’en garde des traumatismes et de douloureux souvenirs », partage celle qui était septuagénaire au moment des événements.

La principale intéressée maintient sa version des faits, à savoir qu’elle a correctement effectué son arrêt obligatoire, contrairement à ce que prétendait le policier Philippe Savage, qui l’a interceptée en janvier 2020. Pourtant, elle a essuyé un revers lorsqu’elle a contesté sa contravention de 174 $ à la Cour municipale de Magog.

Ce qui s’est résulté par le paiement d’un 100 $ additionnel et le sentiment de ne pas avoir été entendue.

Un rapport aux effets dévastateurs

Toutefois, c’est surtout ce qui s’en est suivi qui lui a occasionné énormément de tracas, aux dires de Jocelyne Lessard. C’est qu’à la suite de l’interception, le policier a effectué une demande à la Société d’assurance automobile du Québec (SAAQ) pour que l’organisme évalue l’aptitude de conduite de la femme.

Le formulaire en question comportait des déclarations qualifiées de « graves » par les tribunaux, qui remettaient fortement en doute la capacité de la Magogoise à se retrouver derrière un volant. « Le faux rapport fait à la SAAQ a été démolissant et malhonnête. Toutes les démarches que j’ai dû faire pour ne pas perdre mon permis, ça m’a scié les deux jambes. Malgré mon âge, j’ai besoin de conduire. Ce n’est pas un luxe ! Je nage tous les jours, je fais du bénévolat et c’est mon autonomie qui était en jeu. De craindre à tout moment de ne plus pouvoir utiliser ma voiture, ça été terriblement angoissant », raconte celle qui a dû repasser un examen de conduite et d’autres tests médicaux.

Fière malgré une sentence « bonbon »

Heureusement, la plaignante a vu sa persévérance être récompensée lorsque la juge en déontologie a cru sa version des faits sur pratiquement toute la ligne. Une décision en sa faveur qui s’est traduite par une sanction disciplinaire de cinq jours de suspension, sans salaire, pour l’agent de la paix. « Je suis très fière de m’être rendue au bout du processus et de voir que la juge m’a crue. Mais pour moi, c’est une sentence bonbon comparativement à tout ce j’ai dû traverser pour défendre ma dignité. Il fallait avoir beaucoup de courage, c’est vrai. Mais il n’était pas question d’abandonner, car toute ma vie, j’ai été une personne intolérante aux injustices et à la maltraitance envers les personnes vulnérables de notre société », partage celle qui tient à remercier l’AQDR Memphrémagog pour son soutien.

Si elle n’a pas le droit à un dédommagement financier, malgré qu’elle estime que ses dépenses liées à cette affaire se situent « dans les quatre chiffres », Jocelyne Lessard aimerait que le salaire auquel n’aura pas droit le policier Savage, durant sa suspension, puisse être versé au Centre des Femmes Memphrémagog. « Ce serait une forme de justice que cet argent puisse aider des personnes qui ont été maltraitées, qu’elles soient jeunes ou moins jeunes. Si je ne peux pas avoir une compensation pour moi, aussi bien l’offrir à des gens d’ici qui ont besoin de support », suggère-t-elle.