Un héros dans l’ombre pour les Ukrainiens
COMMUNAUTAIRE. Par un élan de générosité, Arthur Rhéaume s’est retrouvé au cœur d’un projet permettant à une soixante d’Ukrainiennes et Ukrainiens de trouver refuge en Estrie au cours des trois dernières années. Afin d’y parvenir, le Magogois a bâti toute une équipe de bénévoles.
Parfois, ce ne sont pas tous les héros qui portent une cape. Avec un crayon, une tablette électronique, du charisme et de la patience, Arthur Rhéaume a réalisé ce que Superman ou Hulk ne pourraient accomplir. Le Magogois de 83 ans est littéralement sorti de sa retraite pour venir en aide à des Ukrainiens affligés par le conflit dans leur pays natal.
Lorsque M. Rhéaume parle de l’histoire de Yuriy, ce nouveau résident canadien temporaire ayant traversé les frontières polonaises sans papier, l’émotion lui serre la gorge. Et ce cas n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.
« Nous sommes passés de l’aide à l’entraide, aime répéter M. Rhéaume. Autrement dit, nous les avons aidés, mais maintenant, ils vivent et se soutiennent. Yuriy a dit de moi que j’étais “Monsieur Canada” pour lui. C’est très touchant. »
De Mansonville à Drummondville, en passant bien évidemment par Magog, cette soixantaine de migrants ukrainiens ont fait leur nid dans la région estrienne afin d’y trouver la paix. La paix des cris, des bombardements et des morts.
Ressentir l’appel
Découvrant les premières images de la guerre en Ukraine avec stupeur, l’actuel résident au Havre des Cantons ne pouvait rester les bras croisés. Entre-temps, le principal concerné a reçu un appel qui est venu bouleverser les choses.
« C’était Éléna Diatlova, une amie biélorusse débarquée au Canada en 1996, qui me parlait de l’une de ses collègues, Sona. Cette dernière avait accueilli six membres de sa famille à la suite de l’invasion russe. J’avais le sentiment d’être égoïste. J’ai donc agi », souligne-t-il, bien ancré dans sa chaise.
Grâce à son savoir-faire dans le domaine entrepreneurial, M. Rhéaume a mis en place un système de bénévoles sophistiqué. Au fil du temps, ils étaient plus de 40 à se rallier autour de la cause de celui qui est président du comité de sa résidence. En moins de trois mois de préparation, la première Ukrainienne, dénommée Luda, a fait son arrivée à Magog.
« Je n’ai jamais accepté une cenne, car je ressentais en moi le besoin d’aider. De me porter volontaire pour faire du bien. Tout le monde a mis la main à la pâte, particulièrement Érik Beauregard, qui faisait souvent la navette entre Montréal et Magog, Marie-Josée Hince et Benoît Brouillard, propriétaires des Jardins de Magog ayant offert des logements aux arrivants, tous les employeurs de la région, mon fils qui a remis de l’argent à la Croix-Rouge et bien d’autres », ajoute le vaillant monsieur.
En ce qui concerne Luda, cette dernière a été d’une aide précieuse dans ce projet en épaulant les nouveaux Ukrainiens arrivés après elle. Alors que son copain est demeuré au front, la mère de famille a maintenant une place importante dans la vie de M. Rhéaume.
« Vous êtes aussi la première personne dans ce beau pays qui nous a tendu la main, nous a soutenus. Je pense à toi tout le temps et je remercie Dieu pour toi! Le soin et l’amour avec lesquels vous aidez les gens vous reviendront au centuple. Je t’embrasse fort! Que Dieu vous protège, vous et votre famille, cher Arthur! », a-t-elle envoyé, le jour de son anniversaire, à l’homme.

Luda a accompagné Arthur Rhéaume lorsque ce dernier a reçu la Médaille du couronnement du Roi Charles III. (Photo gracieuseté)
Récompensé pour son geste
Pour sa contribution inestimable à travers cette initiative, M. Rhéaume a reçu la Médaille du couronnement du Roi Charles III.
« C’est satisfaisant, mais c’est surtout très reconnaissant. Tous nos efforts ont réchauffé le cœur de nombreuses personnes. D’une certaine façon, cette récompense a mis en valeur un beau chapitre de ma vie », confie le Magogois avec fierté.
À présent, celui-ci a le sentiment du devoir accompli.
« La fille de Luda, Yuliia, m’appelle Abuelo Arturo, ce qui veut dire “grand-papa Arthur”. Ça n’a pas de prix », révèle-t-il à l’auteur de ces lignes.

Yuliia, Arthur et Luda étaient tous sourires à l’aéroport. (Photo gracieuseté)
