Lac Memphrémagog: un golf privé construit à deux pas de l’Abbaye Saint-Benoît-du-Lac
CONSTRUCTION. Si le lac Memphrémagog est depuis longtemps le théâtre d’une certaine démesure avec des propriétés toujours plus luxueuses les unes que les autres, voilà qu’un nouveau projet en cours de construction frappe de nouveau l’imaginaire. Il s’agit d’un terrain de golf privé aménagé dans l’un des secteurs les plus prisés d’Austin, tout près de l’Abbaye Saint-Benoît-du-Lac.
Même si les travaux semblent battre leur plein depuis un bon moment déjà, c’est seulement au cours des dernières semaines que l’organisme environnemental Memphrémagog Conservation Inc (MCI) en a été informé par une source anonyme.
Des images aériennes dévoilent au moins une allée de golf, des trappes de sable et des sections d’herbes plus longues. Ces travaux sont effectués à travers une forêt dense à proximité du lac Memphrémagog. Tout autour de ces aménagements figure une grande zone déboisée en plein chantier, avec la présence de machinerie lourde. Un vaste lac artificiel compose également le nouveau paysage.
LA CPTAQ S’IMPOSE
Après enquête, la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) a rendu une ordonnance dans ce dossier, le 17 juillet dernier, mais diffusée le 29 juillet. L’avis déplore une coupe d’érables, l’utilisation d’une érablière à une fin autre que l’acériculture ainsi que des travaux de remblai et d’entreposage sur les lots appartenant aux propriétaires.
La CPTAQ enquête sur ce dossier depuis le printemps dernier. On y note rapidement des usages autres qu’à des fins agricoles, des travaux sur 4,5 hectares, des érables coupés dans une érablière protégée et une coupe à blanc sur une superficie d’environ un hectare dans une érablière.
En avril dernier, l’enquêteuse de la CPTAQ observe que des travaux sont faits par une entreprise ayant comme secteur d’activités déclaré “aménagement paysagiste” et “club de golf”.
“La Commission constate que la nature des travaux effectués et, notamment, la pose de tourbe, la présence de ce qui s’apparente à des trappes de sable et la pose d’un muret de pierre correspondent à l’aménagement d’un terrain de golf”, lit-on dans l’ordonnance signée par la commissaire Ève-Andrée Charest.
UNE REMISE EN ÉTAT DES LIEUX
Par conséquent, la CPTAQ enjoint les propriétaires à se conformer à la Loi sur la protection du territoire agricole. On ordonne de cesser toute utilisation du territoire à des fins autres que l’agriculture et l’acériculture dans les zones concernées.
La CPTAQ exige de remettre la partie des lots visés en zone agricole en son état antérieur, au plus tard dans les six mois suivant la notification de l’ordonnance. La Commission impose aussi de remettre les érablières touchées dans leur état original, au plus tard dans six mois. On exige la présence d’un ingénieur forestier pour le reboisement et un agronome pour un plan de réaménagement des lieux agricoles afin de réaliser les travaux dans les règles de l’art.
À défaut d’obtempérer dans les délais, la CPTAQ pourra s’adresser à la Cour supérieure pour assurer la sanction. La Commission pourra aussi exiger l’autorisation de la Cour pour procéder elle-même aux travaux de remise en état, mais aux frais des personnes visées.
LE MCI DÉNONCE
La présidente du MCI, Johanne Lavoie, dénonce ces travaux qu’elle juge illégaux en zones agricole et acéricole. Depuis quelques semaines, elle se questionnait sur l’émission de permis ou non et des conséquences sur l’environnement. L’organisme s’interroge aussi sur l’abattage d’arbres, le déboisement en milieu humide ainsi que des travaux réalisés en milieux humides et hydriques.
Le MCI applaudit l’ordonnance de la CPTAQ, plus particulièrement la remise en état naturel du terrain. “J’espère que les autorités donneront des amendes salées, exemplaires et dissuasives, comme le démontre la jurisprudence dans d’autres dossiers”, insiste-t-elle.
LE MINISTÈRE DE L’ENVIRONNEMENT ENQUÊTE
Pour sa part, le Ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques dit n’avoir délivré aucune autorisation pour la réalisation de ces travaux.
Ce ministère confirme par écrit avoir réalisé une inspection sur le terrain. “Les constats recueillis sont en cours d’analyse, lit-on. Advenant des manquements, ceux-ci seront traités conformément à la Directive sur le traitement des manquements à la législation environnementale”.
Pour sa part, la Municipalité d’Austin poursuit aussi son analyse du dossier avant de prendre position. La mairesse Lisette Maillé signale que la réglementation municipale interdit les golfs sur presque tout le territoire, à l’exception du périmètre urbain et de la zone du lac Orford.
“De plus, la façon de faire est aussi à vérifier, précise-t-elle. On analyse actuellement au niveau de la coupe d’arbres, des remblais ainsi que sur les conséquences sur la bande riveraine et les milieux humides.”
Précisons que l’équipe rédactionnelle du Reflet du Lac a fait le choix de ne pas nommer le propriétaire concerné étant donné qu’il n’avait pas été possible d’obtenir sa version des faits, avant d’aller sous presse.
En collaboration avec Pierre-Olivier Girard
