La fièvre électorale frappait pendant l’hiver à Magog
La grande majorité des Magogois sont habitués à un calendrier fixe lors des élections municipales. Un an avant le scrutin, les rumeurs commencent à circuler. Puis, au cours de l’année précédant le vote, les candidatures se précisent et, comme le veut la traduction d’une vieille expression anglaise, les intéressés ” lancent leur chapeau dans l’arène “. Enfin, une fois l’été passé, on s’engage dans le dernier droit, les prétendants intensifiant leur campagne avant l’élection tenue le premier dimanche du mois de novembre.
On tend cependant à oublier que ce rituel est relativement récent. C’est-à-dire que toutes les étapes déjà mentionnées avaient lieu, mais selon un horaire différent. Ce qui s’explique par le fait qu’à Magog les élections municipales se déroulaient non pas en novembre, mais en janvier ou en février, jusqu’aux années 1960.
Cette tradition, qui remonte au XIXe siècle, s’explique par différentes raisons. Il faut par exemple garder à l’esprit que le Québec est une société majoritairement rurale jusqu’à la Grande Guerre 1914-1918. Or, pour les cultivateurs, les premières semaines de l’année sont plus propices à cet exercice démocratique, limité essentiellement aux hommes, que les mois consacrés aux grands travaux sur la terre.
Les ruraux sont d’ailleurs fortement représentés sur les conseils et à la mairie au XIXe siècle, particulièrement avant que la partie urbaine de Magog ne se détache du Canton de Magog en 1888. Par la suite, les professionnels et les commerçants y seront plus nombreux.
L’hiver serait également préférable au printemps. Tant à l’époque des chevaux que des premières automobiles, la froidure de janvier et février offre de meilleures conditions aux déplacements que le mois d’avril, par exemple. Conséquence du dégel, l’état des routes peut alors causer des problèmes.
La réalité est un peu différente au provincial et au fédéral. On évite généralement de tenir des élections pendant les premiers mois de l’année. Il y a néanmoins quelques exceptions, notamment pour des raisons stratégiques ou parce qu’un gouvernement minoritaire est renversé. Sillonner le vaste territoire québécois dans ce contexte n’est toutefois pas une sinécure. Les taux de participation sont d’ailleurs à la baisse lors de ces occasions.
Le municipal offre une autre perspective. Les mandats sont plus courts à Magog, soit de deux ans jusqu’aux années 1950, puis de trois ans jusqu’à la fin des années 1960. Surtout, les échéances sont fixes. Il n’y a donc pas de surprise : on sait à l’avance que le prochain vote aura lieu à la fin janvier ou au début de février.
Un rituel automnal
Le passage au vote automnal varie selon les endroits. Dans les grandes agglomérations, comme Montréal, le virage se fait à partir de 1936, alors que le scrutin à la mairie a lieu en décembre. Par la suite, il se déroule en octobre ou novembre. Dans la ville de Québec, la transition vers l’automne se fait au cours des années 1940.
Par contre, dans le Canton de Magog, on opte plutôt pour une élection estivale à partir de juillet 1937. Après quelques scrutins à l’hiver, Omerville, fondé en 1953, tient aussi son scrutin à l’été entre 1963 et 1967. Par la suite, les élections se tiendront à l’automne.
À Magog, février demeure le mois des rendez-vous électoraux jusqu’en 1964. Le scrutin du 2 novembre marque une rupture. Gérard Laurendeau remporte alors la lutte à la mairie contre deux vieux routiers de la politique locale : Maurice Théroux et Ernest Simard.
C’est finalement à partir de 1969-1970 que l’automne devient, pour l’ensemble de la province, la saison des élections municipales. Dorénavant, la quasi-totalité des villes et villages du Québec se rendent simultanément aux urnes à la fin octobre ou lors du premier dimanche de novembre. Les mandats de 4 ans deviennent alors la norme à Magog, tandis que cette pratique ne s’appliquera que quelques années plus tard à Omerville et dans le Canton de Magog.
Serge Gaudreau et Maurice Langlois
