Enseignants, parents et enfants contre les coupures en éducation

ÉDUCATION.  « Nous sommes découragés et inquiets » : voici quelques qualificatifs qui provenaient de la bouche de nombreux manifestants, rassemblés mercredi soir (9 juillet) à l’école Mitchell-Montcalm, à l’occasion d’une marche contre les fameuses coupures en éducation. Ce sont quatre comités de parents de la région qui ont invité la population à dénoncer les actions du gouvernement Legault.

Dominic Bourassa a mis le paquet. Avec en trame de fond le morceau La manifestation des Cowboys fringants, l’ancien président du comité de parents des Sommets est débarqué au regroupement, vêtu d’un déguisement de squelette. « Je sais que ce n’est pas l’Halloween. Ça représente la mort. La mort de la CAQ », lance-t-il, avec confiance.

« C’est désastreux! Après 15 ans dans le monde parental à l’école, ce sont les pires coupures que j’aie jamais vues. J’ai l’impression qu’on nous prend pour des imbéciles », avance l’homme, attirant bien des regards.

La population de Sherbrooke a répondu à l’appel des comités de parents de la région. (Photo Sherbrooke.info – Nickolas Bergeron)

En l’espace d’une trentaine de minutes, le petit bain de foule s’est rapidement transformé en une marée de manifestants. Sur plusieurs affiches, on pouvait lire : « Attention à nos enfants c’est peut-être le vôtre… qui sera privé de services professionnels », « Non à l’austérité, finançons l’éducation, faisons payer les patrons », etc.

Impliquée dans l’organisation de l’événement, l’actuelle présidente du comité des parents des Sommets, Geneviève Simon, souhaite que ce sujet d’actualité continue de faire les manchettes, même en période estivale.

« Je crois que le gouvernement a choisi son moment pour annoncer les coupures. C’était stratégique. Mais nous, vacances ou pas, ça reste que ce sont nos enfants qui sont touchés par ces compressions », précise Mme Simon. « On demande non seulement que ces coupures soient abolies, mais aussi de réinvestir. C’est juste le début d’une longue série d’actions et de mobilisation », avoue-t-elle, ajoutant que les comités de parents de Sherbrooke, Val-des-Cerfs et Eastern Townships se sont également mobilisés pour la cause.

La présidente actuelle du comité de parents des Sommets, Geneviève Simon, portait beaucoup d’importance à cette marche. (Photo Sherbrooke.info – Nickolas Bergeron)

Rappelons que les coupes budgétaires représentent au moins 570 M$ sur la province, 40 M$ en Estrie et 22 M$ au Centre de services scolaire de la Région-de-Sherbrooke.

Un fossé qui se creuse

Avant de faire le trajet entre l’école Mitchell-Montcalm et le Marché de la Gare, certains citoyens n’ont pas ménagé leurs critiques à l’égard du ministère de l’Éducation, Bernard Drainville, et du premier ministre québécois, François Legault. « J’aime ça enseigner, raconte Simon Dumouchel. Je suis content d’aller travailler, bien que le gouvernement nous mette des bâtons dans les roues. Je ne sens pas qu’il y a un devoir de loyauté envers ce gouvernement. »

Simon Dumouchel, un enseignant sherbrookois, n’a pas eu peur de prendre la parole. (Photo Sherbrooke.info – Nickolas Bergeron)

D’autres considèrent même être victimes de mépris de la part de la Coalition Avenir Québec (CAQ). « C’est de l’hypocrisie de se faire élire en parlant de priorités en éducation pour ensuite décider de prioriser l’équilibre budgétaire à la suite de mauvaises décisions en finances. On peut penser à SAAQclic et Northvolt. Maintenant, c’est l’éducation qui écope », émet à nouveau Mme Simon.

Une inquiétude palpable

Parmi les centaines de manifestants, la majorité s’est montrée inquiète desdites coupures, surtout en ce qui concerne les conséquences sur les services à l’élève. « C’est profondément désolant et triste. Malheureusement, ça touchera les enfants les plus démunis. Lorsque ton ventre n’est pas rempli, c’est difficile d’apprendre », expliquent deux enseignantes sherbrookoises, ayant requis l’anonymat pour éviter des représailles.

Plusieurs étaient inquiets quant à l’avenir des plus jeunes enfants. (Photo Sherbrooke.info – Nickolas Bergeron)

D’ailleurs, un bon nombre d’enfants ont brandi des pancartes pour accompagner leurs parents. « J’ai deux filles avec des diagnostics. J’ai donc peur pour le futur à l’école », confie un père de famille.