Chronique historique: Ralph Merry III (1753-1825), la vie bien remplie d’un pionnier

Il y aura 200 ans le 10 septembre prochain que Ralph Merry III, le fondateur de Magog, décédait à l’Outlet le 10 septembre 1825. Né à Lynn au Massachusetts le 16 mars 1753, il est le 6e des 13 enfants de Ralph Merry II et de Sarah Knower, dont seulement neuf vécurent jusqu’à l’âge adulte. Ralph III était de la 5e génération de Merry en Amérique, son ancêtre étant Walter Merry I, arrivé d’Angleterre vers 1608.

Le 28 août 1777, à Providence, au Rhode Island, il épouse Sarah Sylvester (1753-1814). Au moment de la Révolution américaine (1775-1783), il n’y a aucun doute qu’il était d’une famille de Patriotes et non pas de Loyalistes. Ralph III et sa famille demeurent à Providence, R.I. jusqu’en 1792, alors qu’ils déménagent à St.Johnsbury, au Vermont. En raison de son allégeance politique, il n’a jamais réussi à se faire concéder de canton au Bas-Canada et il a dû acheter des terres de Nicholas Austin en 1800, confirmé par contrat notarié en 1802.

LA FAMILLE ARRIVE À MAGOG EN 1799

Dans le «Currier of New Hampshire» du 10 juillet 1898, Nicholas Austin annonce que la ferme de Ralph Merry III à St.Johnsbury est à vendre et qu’elle sera libre pour occupation dès le 1er mars 1799. Après une marche à travers les bois, la famille Merry arrive à l’Outlet le 20 mars 1799. Arrivé à l’Outlet, c’est en squatter qu’il s’est installé sur le lot 6 du rang 17 du canton de Bolton. Dans le contrat privé d’août 1800 et dans le contrat notarié du 25 février 1802, Ralph III acquiert aussi les deux petits moulins rudimentaires construits à l’Outlet par Austin sur la rivière Magog.

Quelques semaines après son arrivée à l’Outlet, une dure épreuve frappe la famille. Leur plus jeune enfant, Benjamin, âgé de dix ans, se perd dans les bois en allant chercher les vaches avec ses deux frères, Ralph IV et John Sylvester. Il ne sera jamais retrouvé. Un autre de leurs enfants décède en 1811, à l’âge de 17 ans. En 1814, Sarah Sylvester, son épouse décède. L’année suivante, Ralph épouse une pauvre femme qui a quatre enfants.

En 1820, John Wetherbe, avec l’aide de Ralph Merry III, ouvre le premier magasin à l’Outlet. Cet endroit abritera le premier bureau de poste de Bolton en 1825 et Wetherbe en sera le premier maître de poste.

Merry utilise les moulins pour construire sa cabane et moudre son grain. Plus tard, il les améliore pour alimenter une forge (1809) et un premier moulin à carder la laine (1812). C’est cette carderie qui sera transformée en fabrique de laine complètement mécanisée par Joseph Atwood en 1825, une première au Canada.

PRÉOCCUPÉ PAR L’ÉDUCATION DES ENFANTS

Il n’y a aucun doute que Ralph III était préoccupé par l’instruction des enfants du village. Les premières classes sont tenues dans sa maison dès le 5 janvier 1818, avec son fils Ralph IV comme enseignant. L’enseignement se donnera à cet endroit jusqu’à la construction de la première école sur la rue Principale (Main Street) en juillet 1824. Cette ” little Red School House ” est la première dans Bolton-Est. Quelque 20 ans plus tard, son petit-fils Ralph V sera l’artisan de la construction de la Magog Academy en 1856. De plus, plusieurs femmes de la famille Merry deviendront des enseignantes.

Ralph IV, son fils, dans ses mémoires, décrit à répétition l’état mental de son père qui a des phases d’hyperactivité (upturns), suivies de périodes dépressives (downturns), chaque épisode pouvant durer plusieurs mois. Pendant ses épisodes d’hyperactivité, son père fait de très mauvaises transactions. À la description des hauts et des bas de son père, il y a peu de doute que Ralph III souffrait d’une maladie bipolaire.

En raison de ce handicap, il a fait de mauvaises affaires, à un point tel qu’à un certain moment, la famille manque de nourriture (18 août 1819). Elle doit vendre des lots à 0.25 cents pour acquitter certaines dettes. C’est son frère Jonathan, aussi propriétaire de larges terrains à l’Outlet, qui a dû réparer les pots cassés plus tard. Arrivé à l’Outlet bien nanti, Ralph III décède dans la pauvreté, tout comme son voisin, Nicholas Austin, quelques années plus tôt. Néanmoins, il a laissé un riche héritage aux générations qui l’ont suivi.

Maurice Langlois et Serge Gaudreau