Une voisine pas tout à fait comme les autres
PORTRAIT. Un matin tranquille en Estrie, quelque part entre le lac et les collines qu’elle affectionne, Marina Orsini sort prendre l’air, observer les animaux ou faire ses courses comme tant d’autres résidents. Pas de maquillage, pas de caméra, pas de tapis rouge.
Derrière cette voisine discrète se cache une figure bien connue du paysage culturel québécois. Une femme que le public adore et a vu s’épanouir aux petits et grands écrans depuis plus de 40 ans.
Cette voisine “presque” comme les autres ne cherche pas la gloire à 59 ans. Cette femme sensible et engagée a su développer un attachement durable avec son public en demeurant authentique et humaine. “Les gens et moi, nous avons une relation très forte depuis longtemps, apprécie Marina Orsini. On me parle partout où je vais. Il y a une aisance. C’est comme de la famille pour moi.”
Le public a senti cette chaleur à ses balbutiements dans la peau de Suzie Lambert dès les premiers coups de patin de la série culte “Lance et Compte”, en 1986. Elle perçait déjà l’écran à 17 ans sur ses premiers plateaux de tournage aux côtés de comédiens aguerris, comme le regretté Marc Messier, Carl Marotte, Yvan Ponton et Michel Forget.
Ce rôle de Suzie Lambert a défini le début de sa carrière et lui a permis de développer une histoire d’amour durable avec les Québécois. Cette relation avec le public s’est accentuée avec de multiples déclinaisons de Lance et Compte. Marina compte aussi plusieurs cordes à son arc, dont un autre personnage célèbre, en l’occurrence celui d’Émilie Bordeleau dans “Les Filles de Caleb” et “Blanche”.
Pour les Québécois, ces deux séries représentent bien plus que de simples drames historiques au début des années 1990, selon un documentaire diffusé à Radio-Canada. L’adaptation de l’œuvre d’Arlette Cousture a atteint des records d’écoute avec des pointes de plus de quatre millions de téléspectateurs. Ces séries incarnent aussi la transition du monde rural à la modernité au tournant du 20e siècle au Québec, en plus de présenter des personnages symbolisant l’affirmation des femmes. “Il n’y avait plus un chat dans les rues au Québec, se rappelle-t-elle en riant. Personne n’était malade. Les urgences d’hôpital étaient vides.”
UNE GRANDE POLYVALENCE
Elle a tenu le micro pendant une décennie à la radio de Rouge FM en parallèle de sa carrière télévisuelle. Elle a aussi coanimé un documentaire portant sur des gens qui souhaitent retrouver une personne et une autre émission consacrée à la cuisine. Elle anime également un balado depuis cinq ans sur la réalité des proches aidants, en plus de présenter des conférences sur le même thème.
Plus récemment, elle a marqué une fois de plus l’imaginaire québécois dans la série “Une autre histoire” (2019 à 2022). Elle y personnifiait Anémone Leduc/Manon Bouchard, une femme atteinte d’Alzheimer. Ce retour à la fiction alors attendu de Marina Orsini a mis en lumière cette terrible maladie, l’aide à mourir et la réalité des proches aidants.
Pour continuer sur sa polyvalence, elle poursuivra sa série de spectacles à titre de chanteuse en septembre et novembre 2026. Près de chez nous, on pourra la voir et l’entendre au Centre Culturel St-John de Bromont (30 octobre).
Elle s’est révélée sous un nouveau jour en 2025 pour présenter “Reconstruire les saisons”. Elle se dévoile comme jamais sous la direction musicale de Catherine Major et en compagnie du quatuor à cordes “Les Mommies on the Run”.
“Je rêvais de faire de la musique depuis au moins 30 ans, confie-t-elle. C’était une question de timing, mais mes textes rédigés depuis une dizaine d’années inspirent la moitié de mon album.”
Marina assure que cette scène musicale est la plus belle expérience vécue, même si sa feuille de route est particulièrement étoffée depuis quatre décennies. “C’est un des plus beaux cadeaux de ma vie, ce que je vis actuellement, parce que c’est quelque chose d’exceptionnel”, dit-elle en songeant déjà à faire peut-être d’autres musiques.
PLUS QU’UN REFUGE ESTRIEN DEPUIS 30 ANS
Marina Orsini possède une propriété en Estrie depuis 30 ans. Elle y a trouvé quelque chose que la lumière des projecteurs ne peut offrir : le calme, le vrai. “L’Estrie, c’est ma terre d’adoption grâce à Denis Bouchard, qui m’a fait découvrir la région en me louant sa maison pendant deux semaines”, se souvient-elle.
Elle s’est rapidement acheté une propriété “grâce à un coup de cœur incroyable”. Elle possède la même maison trois décennies plus tard, tout en conservant un pied-à-terre à Montréal. “Ma maison en Estrie, c’est plus qu’un refuge, c’est mon nid, mon centre et mon point d’ancrage, résume-t-elle. Je veux vieillir là. Je veux mourir là.”
Ayant des racines écossaises maternelles, elle adore les vallons et les montagnes estriennes qui lui rappellent l’Écosse. “Je suis toujours éblouie par la beauté des paysages, même après 30 ans, insiste-t-elle. C’est quelque chose qui me remplit au plus haut point. J’ai beaucoup voyagé dans ma vie, mais l’Estrie est l’endroit que j’aime le plus au monde, tout le temps.”
«BON VOYAGE, MARC»
Impossible d’aborder la vie estrienne de Marina Orsini sans parler du décès de son ami Marc Messier, le 7 juillet dernier. Dans une vidéo diffusée sur ses réseaux sociaux, Marina Orsini lui rend hommage en insistant sur la gentillesse et la tendresse de son partenaire de jeu de longue date. Elle se souvient, comme si c’était hier, que Marc Messier l’avait accueilli à bras ouverts à ses débuts à 17 ans dans Lance et Compte, il y a plus de 40 ans.
«Ce fut un immense bonheur et privilège de te côtoyer pendant toutes ses années, résume-t-elle. Je t’aimerais pour toujours. Bon voyage, bel ami.»
(L’essentiel de cet article a été publié dans l’édition estivale 2026 de notre magazine Reflet des Cantons)
