Les dessins aux mille et une lignes de Camille Pomerlo

PORTRAIT. La bibliothèque de la Ville de Gatineau et le Méga Parc des Galeries de la Capitale dégagent une énergie totalement différente. Bruits proscrits dans l’un, puis cris de joie bienvenus dans l’autre. Ces deux endroits d’apparence opposée sont toutefois intimement liés grâce à l’art de Camille Pomerlo, une jeune femme de Sainte-Catherine-de-Hatley qui se démarque par son style et son monde imaginaire uniques.

Gagnant désormais sa vie grâce à son art, la trentenaire participe à des projets de toutes sortes : livres, publicités, sites Internet et plus encore. C’est par exemple une œuvre de sa main qui forme la grande murale couvrant un mur de la section enfant d’une bibliothèque de la Ville de Gatineau. Tous les petits croquis des manèges du Méga Parc se trouvant sur le site Internet des Galeries de la Capitale et à même le parc d’attractions ont également été créés grâce à son talent.

L’ancienne designeuse graphique a aussi illustré sept livres dont L’enfant allergique aux écrans, une création signée de sa main avec les éditions de la Bagnole. Les amateurs de bières ont peut-être également vu ses dessins qui sont au cœur de l’identité visuelle du festival de bière Grande Coulée du Mont-Orford.

Les dessins de Camille Pomerlo sont remplis de hachures. Cette technique, principalement utilisée en architecture, fait partie intégrale de son style. (Photo gracieuseté Camille Pomerlo)

Un style unique

Les projets de la jeune femme ayant grandi à Ayer’s Cliff puis à Magog sont remplis d’images métaphoriques et contiennent des centaines de lignes. La technique de hachures faisant désormais partie intégrale de sa signature lui a été enseignée au Collège Champlain, dans un cours de dessin.

À l’époque, elle avait pourtant détesté cette méthode : ” C’est très difficile de faire un dessin chaleureux avec des hachures. Mais finalement, lorsque j’ai commencé à griffonner dans mon congé de maternité, c’est cette technique qui m’est revenue naturellement! “

La trentenaire précise d’ailleurs que même si son ” éveil artistique ” a eu lieu tôt dans son enfance grâce à son père architecte et sa mère designeuse, c’est pendant son congé parental que son monde imaginaire s’est révélé à elle. ” Chaque jour, je dessinais les objets de mon quotidien. Ça me détendait! Puis les objets de ma routine sont devenus de plus en plus complexes, détaillés et merveilleux, comme si le décor prenait vie “, raconte l’artiste.

L’enfant allergique aux écrans, un livre de Camille Pomerlo. (Photo gracieuseté – Camille Pomerlo)

Non à l’intelligence artificielle dans le milieu artistique

La dessinatrice accorde beaucoup d’importance au monde imaginaire dans ses créations et déplore l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) dans le milieu artistique. ” Créer, c’est profondément humain. On ne doit pas déléguer ce que l’on a de plus beau à une machine, proteste la jeune femme. Les images que l’on voit lorsque l’on est enfant construisent notre imaginaire. Un imaginaire qui se base sur ce que génère l’IA, je trouve ça très triste “, se désole celle qui aimerait voir apparaître une réglementation vis-à-vis l’utilisation de ce type d’outil dans le monde artistique.

Malgré que la dessinatrice constate une baisse de contrats considérable dans le monde de l’illustration depuis l’apparition de l’IA, la Catherinoise reste optimiste pour sa carrière et celle de ses collègues. ” J’ai espoir qu’en persévérant dans le dessin à la main, l’art humain – avec ses petites imperfections et les émotions qu’il transmet – demeurera important. Il faudrait cependant qu’une loi oblige formellement les œuvres créées par l’IA à être identifiées comme telles. Le public pourrait alors décider s’il veut encourager cela ou non. “

En attendant, Camille Pomerlo salue l’initiative du Regroupement pour l’art humain qui liste les maisons d’édition, les organismes et une panoplie d’autres acteurs qui se sont positionnés contre l’utilisation de l’IA dans leur domaine et invite la population à s’informer à cet effet.

Les croquis de Camille Pomerlo qui permettent aux objets de son quotidien de prendre vie. (Photo gracieuseté – Camille Pomerlo)

Quelques autres clients avec qui l’artiste a collaboré

Cossette, Fitch Bay Café, Fondation de l’hôpital Memphrémagog, La Tablée des chefs, Ordre des architectes du Québec, Réseau express métropolitain, The Globe and Mail, Université de Sherbrooke