La tanière à «Lulu»
PORTRAIT. Qui aurait cru que le journaliste sportif Lulu, dans la célèbre série Lance et Compte, cultiverait 40 ans plus tard des fruits et des légumes sur sa terre de 75 acres, au Canton de Hatley?
Le comédien derrière ce personnage, Denis Bouchard, a effectivement trouvé sa tanière parfaite pour s’établir en permanence à deux pas du lac Massawippi. “J’ai quitté Montréal pour un véritable paradis et havre de paix, et je ne le regrette aucunement”, témoigne-t-il.
Véritable boule d’énergie à 72 ans, Denis Bouchard coupe son bois, récolte ses petits fruits, prend soin de ses arbres, dorlote sa terre et entretient sa maison. “C’est l’endroit parfait pour un être casanier comme moi, ajoute-t-il. C’est ma place idéale pour admirer le Mont-Orford au loin, écouter de la musique classique, lire un bon livre et faire du ski de fond sur ma terre.”
Il est propriétaire dans la région depuis 40 ans, un lieu devenu résidence permanente depuis la pandémie de la COVID. Il a acheté cette maison qu’il avait précédemment louée à quelques reprises. Il s’agit presque d’un retour aux sources, lui qui dévalait déjà les pentes de ski de Sutton et d’Orford avec ses parents lorsqu’il était enfant. Il connaissait donc les Cantons-de-l’Est, bien avant de s’y installer. “J’apprécie moins les Laurentides en raison des moustiques et de la circulation pour s’y rendre, mentionne-t-il. Ici, c’est calme et on peut vivre un peu plus dans notre bulle.”
LE COMÉDIEN PASSIONNÉ DE JARDINAGE
Ses rares sorties se font au marché champêtre de North Hatley pour se procurer des aliments locaux et régionaux. Il fréquente parfois les Comptonales et le Verger Le Gros Pierre, à Compton, pour acheter “la meilleure tarte au monde”. Le propriétaire du Gros Pierre entretient même les pommiers du comédien afin de prolonger leur durée de vie. “Moi et ma blonde, on consomme tous nos pommes, fruits et légumes, dit-il fièrement. On ne perd rien et nous sommes presque autosuffisants sur le plan alimentaire.”
Denis Bouchard s’est découvert une passion pour le jardinage, la cuisine et l’entretien des arbres. Il fait des tartes aux pommes et du raifort. Lui et sa conjointe cuisinent avec leurs pommes, poires, framboises, oeufs et l’ail. Ils ont aussi des poules et chassent le chevreuil pour concocter d’autres repas. “On cuisine bien et je préfère notre bouffe que de fréquenter des restos”, ajoute-t-il.
Il sort donc peu, mais ses endroits de prédilection sont précieusement sélectionnés comme le Vieux Clocher de Magog, le Théâtre Granada, la Maison du Cinéma et le Centre culturel de l’Université de Sherbrooke. Il fréquente aussi le centre-ville de Magog pour ses bons restaurants et patine parfois l’hiver sur le sentier glacé de la Baie-de-Magog.
Denis Bouchard profite pleinement de ses terres grâce à son énergie et à sa bonne santé. Une charge réduite de travail, comparativement à ses années folles, lui permet de dorloter sa conjointe, sa maison et sa vaste terre. Porte-parole des popotes roulantes du Québec, il trouve du temps à donner à Sercovie, à Sherbrooke, un organisme qui distribue des centaines de repas quotidiennement via son service de popote roulante. Un partenariat sera bientôt dévoilé avec le Centre culturel de l’Université de Sherbrooke.
Le travail reprend parfois un rythme plus effréné. Il poursuivra au printemps sa tournée avec sa fidèle partenaire Guylaine Tremblay avec la pièce “Fallait pas dire ça”. Cette pièce célèbre 30 ans d’une grande amitié et de carrière entre ces deux comédiens talentueux. Ils ont collaboré à maintes reprises, dont dans “Annie et ses hommes”. Cette relation tissée serrée est relatée dans une récente biographie intitulée “Un (faux) couple parfait : dans les coulisses d’une vraie amitié”.
Ce duo est considéré comme des jumeaux cosmiques. Ils sont nés dans la même ville, à la même date, presque à la même heure, à quelques années d’intervalle. Dans ce livre-souvenir, ils nous dévoilent leur profonde amitié, eux qui ont partagé tant la scène que les coulisses de leurs vies personnelles. Ils se plaisent à dire qu’ils ont tout fait ensemble… sauf l’amour !
Au moment d’écrire ces lignes, on apprenait qu’il prépare des spectacles avec Daniel Lemire à compter de l’automne prochain. Ce duo sera notamment en rodage au Théâtre Granada de Sherbrooke (21 novembre 2026) et au Vieux Clocher de Magog (20 mars 2027).
GRANDE POLYVALENCE
Denis Bouchard est un auteur, acteur et metteur en scène québécois. Depuis sa sortie de l’École nationale de théâtre du Canada en 1978, il cumule des rôles de comédien à la télé, au cinéma et au théâtre, de metteur en scène et d’auteur. Il s’est mérité plusieurs prix Artis et Gémeaux.
Un de ses rôles marquants est le personnage de Lucien Boivin, alias “Lulu” dans la série culte Lance et Compte. S’ajoutent l’employé Roch Garneau de Postes Canada dans “Discussions avec mes parents”, l’avocat Marc Hamelin dans “Toute la verité”. Il se dit aussi très fier d’avoir remporté le titre de meilleur acteur au Québec et dans la Francophonie en Belgique pour son rôle dans le film “Les matins infidèles” (1988).
Il se dit également très fier de propager la culture francophone québécoise aux quatre coins du globe. Il a notamment signé la mise en scène de la version concert de l’opéra rock de Notre-Dame-de-Paris avec les artistes originaux. Des spectacles ont été présentés au Liban, en Ukraine, en Russie et quatre soirs à la salle Paris-Bercy entre 2011 et 2013. “C’est très impressionnant de se faire accueillir à Saint-Pétersbourg par 200 personnes brandissant le drapeau du Québec”, se rappelle-t-il comme si c’était hier.
Il a assuré la mise en scène ou la direction artistique de plus de 100 spectacles, dont ceux de Garou, Stéphane Rousseau, Anthony Kavanagh, Grégory Charles, Daniel Lemire et Daniel Lavoie (Québec, France, Russie). On lui doit aussi la mise en scène de “Mozart, l’opéra rock”, en version concert à Paris.
Parlant de Garou, Denis Bouchard était coactionnaire du Liquor Store de Magog, à l’époque où le célèbre chanteur estrien a été recruté par Luc Plamondon en chantant dans ce bar magogois. La suite de la carrière de Garou est phénoménale. “Je l’ai connu à Magog et on ne se lâche plus depuis cette époque, dit-il. J’ai aussi monté plusieurs de ses spectacles en Europe et en Russie.”
(Ce texte a également été publié dans l’édition hivernale de notre magazine Reflet des Cantons)
