Croix de chemin : un patrimoine à découvrir et à sauvegarder (partie 1)  

La croix de chemin est un monument religieux de tradition chrétienne que l’on observe fréquemment lorsque l’on parcourt les routes du Québec. Elle fait partie de notre patrimoine religieux presque au  même titre que nos églises et les crucifix dans des endroits publics. La croix de chemin symbolise l’acte de foi d’une communauté chrétienne. Elle a déjà été un lieu de rassemblement de collectivités où l’on priait, chantait ou récitait des chapelets pour protéger la paroisse ou le village contre les incendies, inondations et autres catastrophes destructrices. En plus d’être menacées par le passage du temps, les croix de chemin se font de plus en plus rares avec la laïcisation accrue de la société.

Les églises disparaissent progressivement, souvent à la suite de fusions de paroisses et parfois à cause d’un mauvais entretien et des coûts exorbitants des rénovations qui s’imposent. La croix de chemin, symbole beaucoup plus fragile érigé à une croisée des chemins, tend aussi à disparaître. Entre 1925 et 1945, il est estimé que quelques 2 000 croix de chemin ont été érigées au Québec, la majorité faite de bois et d’autres de métal. Certaines se détériorent à cause de l’usure des matériaux utilisés et disparaissent. Enfin, plusieurs sont simplement laissées à l’abandon.

Sur le territoire de la ville de Magog, on peut observer au moins quatre de ces croix, trois traditionnelles croix de chemin et une croix commémorative (à Snug Harbor, à l’angle des chemins Notre-Dame et Saint-Jean). Leur bénédiction solennelle, parfois avec la présence de l’évêque, était un événement en soi qui attirait une grande foule.

De ces croix, la première a été érigée aux 4-Fourches, en 1934, par l’ordre des Chevaliers de Carillon, à l’initiative du docteur Isidore Albert Guertin. Cet ordre, mouvement catholique et patriotique, a été fondé à Montréal en 1930. Basé sur les valeurs de la patrie, de la langue et de la religion, il était considéré dans certains milieux comme ultra-nationaliste. Né avec la crise économique, cet organisme disparaît avec la Seconde Guerre mondiale.

Cette première croix avait été érigée du côté nord de la route 1, devenue la 112, et aujourd’hui la rue Principale ouest. Peinte en blanc, son axe est ornementé par JHS et un soleil en couronne. Le socle de pierre porte l’inscription : Amour, Adoration, Confiance, Reconnaissance à Jésus rédempteur du monde. La bénédiction, prévue pour le 28 octobre 1934, a dû être annulée à cause du décès de l’abbé Herménégilde Fraser, alors curé de la paroisse Sainte-Marguerite-Marie. Elle a eu lieu le le 9 juin 1935.

En 1989-1990, lors de la relocalisation de la route 112, la croix se retrouve au sol où elle demeure pendant quelque temps. Une réplique identique est construite par l’atelier de menuiserie de Normand L’Abbé, de la rue Thomas (aujourd’hui L’Archevêque), à Magog. Lionel Gagné a été le maître d’oeuvre de l’érection de cette croix, bénite par le curé de Saint-Patrice, Laurent Lareau, le dimanche 30 septembre 1990. Elle se retrouve maintenant du côté sud de la route 112, aujourd’hui la rue Principale O.

En 2020, la croix est retirée de son socle en raison de sa vétusté et de sa dangerosité. Une petite croix plus modeste est installée temporairement sur le socle. Les citoyens de Magog, notamment les Chevaliers de Colomb, déçus de la disparition de ce symbole patrimonial et religieux, lancent une campagne de souscription pour réinstaller une réplique identique à l’ancienne. À la suite de cette levée de fonds parrainée par Noël Lacasse, Monique Allard et Yvon Bélair, Grand Chevalier, le 11 novembre 2021, la nouvelle structure est installée sur son socle. Le 2 décembre 2021, l’on procède à la bénédiction de la nouvelle croix des 4-Fourches.

 

Maurice Langlois et Serge Gaudreau