Chronique historique: Rouville Beaudry, le premier Magogois à l’Assemblée législative (1re partie)

Au début du XXe siècle, la croissance de la main-d’œuvre dans les usines de textile fait de Magog la ville la plus populeuse de la circonscription électorale provinciale de Stanstead. Sur le plan politique, aucun de ses citoyens ne la représente toutefois à l’Assemblée législative.

Entre 1867, l’année de la Confédération, et 1897, soit pendant la grande époque conservatrice, tous les députés provinciaux viennent d’autre villes et villages de la région, comme Barnston, Coaticook, Dixville ou Stanstead. Au fédéral, seul le conservateur Alvin Head Moore, un commerçant bien connu qui a été maire du Canton de Magog (1884-1888) et de la municipalité de village de Magog (1888-1890), réussit à franchir le seuil de la Chambre des communes. Il n’effectue cependant qu’un seul mandat, de 1896 à 1900.

La grande période libérale s’amorçant en 1897 à Québec aurait pu être propice à l’élection d’un citoyen de Magog, une ville à majorité francophone depuis les années 1880. Mais pendant cette période, ce sont les Bissonnet père et fils de Stanstead, soit Prosper-Alfred (1904-1913) et Alfred-Joseph (1913-1935), qui siègent sans interruption à l’Assemblée législative.

Rouville Beaudry et l’Action libérale nationale

Alfred-Joseph Bissonnet est encore sur les rangs lors des élections générales du 25 novembre 1935. Cependant, pour la première fois depuis longtemps, des fissures apparaissent dans la carapace libérale. En août 1934, des dissidents, déçus de l’administration du premier ministre Louis-Alexandre Taschereau et désireux de faire avancer un programme social plus ambitieux, fondent un nouveau parti : l’Action libérale nationale (ALN). Leur chef est Paul Gouin, le fils de l’ancien premier ministre libéral Lomer Gouin.

Leur premier test électoral survient en 1935. Pendant la campagne, l’ALN conclut une entente stratégique avec les conservateurs, adversaires traditionnels des libéraux. Ceux-ci sont dirigés par Maurice Duplessis. Les deux formations s’entendent pour ne pas présenter de candidats rivaux dans la même circonscription, de façon à faire front commun contre la redoutable machine libérale.

Dans Stanstead, un nouveau visage est le candidat de l’ALN. Il s’agit de Rouville Beaudry. Marchand de vêtements établi sur la rue Principale, face à l’actuelle Caisse Desjardins, celui-ci n’a que 31 ans. Le fils de Délima Beaudry, un tailleur, et d’Éva Courtemanche, a tout de même des ancrages profonds dans Magog où il est né, a fait ses études et épousé Yvonne Pouliot, le 26 août 1929.

VENT DE MÉCONTENTEMENT

Beaudry tire avantage d’un vent de mécontentement soufflant sur Stanstead. Le 25 novembre 1935, il obtient des majorités à Magog, Coaticook, Georgeville et un peu partout ailleurs pour mettre fin à la séquence victorieuse des libéraux dans le comté et à la dynastie des Bissonnet. Il récolte 2871 votes contre 2548 pour le député sortant. Pour un néophyte en politique, c’est une victoire impressionnante. À un point tel, qu’en janvier 1936 certains souhaitent même que le nouveau député de Stanstead convoite la mairie de Magog. Proposition qui reste sans suite.

Beaudry a peu de temps pour se familiariser avec son nouveau métier. Les libéraux ayant obtenu une majorité, il siège dans l’opposition pour la première fois à Québec entre mars et juin 1936. Cette session explosive, marquée par les séances du Comité des comptes publics et les pressions du chef de l’opposition Maurice Duplessis sur le gouvernement Taschereau, mène à la démission de ce dernier. Il est remplacé par le libéral Adélard Godbout qui fait face à l’électorat le 17 août 1936 lors d’un scrutin précipité.

Cette fois, c’est sous la bannière de l’Union nationale, formation créée en 1936, que Rouville Beaudry sollicite la confiance des électeurs avec un espoir de victoire dans Stanstead, mais aussi la possibilité de prendre le pouvoir à Québec.

Par Serge Gaudreau