Chronique historique: Les Canadiens de Montréal ont foulé les losanges magogois
Avant l’avènement de la télévision, les amateurs de sport habitant en région avaient rarement l’occasion de voir leurs athlètes professionnels préférés. À partir de 1944, les Canadiens de Montréal leur procurent cette occasion en se rendant dans différentes villes du Québec pour y disputer des parties de balle-molle.
L’initiative permet de rapprocher les joueurs pendant la saison estivale. À cette époque le calendrier de la Ligue nationale de hockey (LNH) ne s’étend que de la fin octobre à avril, et est même plus court pour les équipes ne se qualifiant pas pour les séries. Au fil des ans, on conjugue aussi des levées de fonds à ces matchs pour des causes caritatives, profitant du prix du billet qu’il faut défrayer à cette occasion.
Vainqueur de la coupe Stanley en 1944 et 1946, le Tricolore aligne alors des joueurs populaires comme Maurice Richard, Elmer Lach, Toe Blake et Émile Bouchard. Entre les lignes blanches, le joueur clef est toutefois le gardien de but Bill Durnan. Rarement reconnu à sa juste valeur comme un des meilleurs portiers de l’histoire de la franchise, Durnan est un excellent lanceur permettant à l’équipe d’être compétitive. Rappelons qu’à ce moment, il n’est pas question de «lob pitch», mais bien de «soft ball», où le rôle de l’artilleur est plus déterminant.
Le dimanche 10 août 1958, dans l’après-midi, les Canadiens sont de passage au stade Théroux pour affronter les joueurs de l’Association des policiers et pompiers de Magog. Ceux-ci font partie d’une ligue locale avec, entre autres, Omerville et la Dominion Textile. Le Tricolore est alors en pleine gloire, puisqu’il vient de remporter une troisième coupe Stanley consécutive, égalant un record de la LNH qu’il battra l’année suivante.
Après un repas au Magog B-B-Q, les joueurs prennent la direction du stade. Une parade de la garde paroissiale Sainte-Marguerite-Marie, qui assure aussi le service d’ordre, ajoute au côté protocolaire de la partie dont la première balle est lancée par le chef de police, Télesphore Lavoie.
Tous les gros noms ne sont pas au rendez-vous. Mais les fans ont de quoi se réjouir puisque les visiteurs alignent le gardien de but Jacques Plante, Dickie Moore, Dollard St-Laurent, Marcel Bonin, Phil Goyette et plusieurs autres. Les «champions du monde» ont encore un artilleur de qualité, Connie Broden. Même s’il n’a disputé que quelques rencontres avec les Canadiens, celui-ci a réussi l’exploit de remporter deux coupes Stanley (1957, 1958), en plus d’être le meilleur marqueur des champions du monde «amateurs» de 1957, le Dunlops de Whitby.
Broden est peu généreux, n’accordant que cinq coups sûrs aux Magogois : Roland Croteau, Donald Lizotte, Marius Goyette, Antonio Goyette, Jean-Luc Haman, Esdras Goyette, Georges Goyette, Réal Vaillancourt, Léonard Bergeron et le lanceur Arthur Lavarrière. Le Canadien l’emporte 5 à 1, devant une «magnifique assistance» qui a rapporté 300 $ à l’Oeuvre des terrains de jeu.
LA TRADITION SE POURSUIT
Cette tradition se poursuivra au fil des ans. Une autre, celle de l’équipe de hockey des anciens Canadiens, obtiendra aussi beaucoup de succès lors de ses arrêts à Magog.
Dans les années 1980, les Canadiens mettent à nouveau les pieds sur les losanges locaux, cette fois au parc de l’Est. Une des visites les plus réussies se déroule dans le cadre de l’année du centenaire, le 7 juillet 1988. L’annonce de l’arrivée de Pat Burns derrière le banc est sur toutes les lèvres alors qu’une nouvelle génération de Glorieux enfile les gants. Habitant la région, celui-ci est d’ailleurs sur place pour l’occasion.
Cette fois, ce sont les Guy Carbonneau, Stéphane Richer, Chris Chelios, John Kordic et autres que les Magogois sont venus acclamer. Le mot de la fin sur le terrain revient cependant à l’équipe locale victorieuse et à René Crevier avec deux circuits. En dépit d’une visibilité accrue à la télévision et d’une élimination rapide au printemps 1988, la popularité des Canadiens demeure néanmoins le fait saillant de la soirée. Selon une estimation, une foule impressionnante, soit quelques milliers de personnes, aurait en effet assisté à l’événement.
Par Serge Gaudreau
