Chronique historique: Le visage changeant de l’après-guerre
La première moitié du XXe siècle se caractérise par une poussée démographique importante à Magog. D’environ 3500 en 1901, la population passe à 12 423 en 1951. Par la suite, cette progression s’essouffle. En effet, on observe une stabilité remarquable entre 1951 et 1991, le nombre d’habitants s’établissant alors à 14 034.
Plusieurs hypothèses expliquent cette faible croissance. D’abord, l’emploi se stabilise à la Dominion Textile (DT), de loin le principal employeur, après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Entre les années 1950 et 1980, avant que ne commence une chute graduelle du personnel, le nombre total de travailleurs tourne bon an mal an autour de 2000 à 2300.
L’accessibilité de l’automobile pour un grand nombre de Magogois change aussi la donne. La DT s’y ajuste, acquérant de la Ville des terrains situés au sud de la rue Principale, face à la rue Saint-Pierre, pour du stationnement. Ce mode de transport permet à de plus en plus de personnes d’élire domicile hors de Magog.
C’est le cas pour certains employés de la DT qui «se bâtissent» à Sainte-Catherine, Eastman ou Ayer’s Cliff et font le trajet quotidiennement en voiture. Leur nombre reste cependant peu élevé. La croissance la plus sentie est du côté d’Omerville, fondé en 1953, qui passe de 907 âmes en 1956 à 1398 en 1981, et surtout du Canton de Magog, dont la population gonfle pendant la même période de 1229 à 3147 habitants.
Une expansion tous azimuts
Cela dit, même si la population magogoise stagne entre 1951 et 1991, on remarque un accroissement important du territoire habité. Et ce, dans toutes les directions. Du côté sud de la rivière, avec le quartier baptisé «poshville», pour les anglophones, ou «pocheville», pour les francophones. Vers l’est, alors que Sainte-Marguerite-Marie s’étire et que le «Michigan» se développe, notamment de la 16e à la 18e avenue.
La mutation la plus évidente est cependant vers le nord. À partir des rues Brassard, Tupper et Somers, on assiste au cours des années 1940 et 1950 à une forte expansion, tant à l’est qu’à l’ouest des rues Sherbrooke et des Pins. La fondation de la paroisse Saint-Jean Bosco, en 1945, devient un symbole de ce nouveau Magog, bien avant que n’ouvre le parc industriel, en 1964, La Ruche, en 1974, ou ne se développe le secteur du Ruisseau-Rouge.
L’accès à la propriété
Cette nouvelle réalité n’est pas que géographique. Elle reflète l’évolution économique et sociale de cette période florissante. L’amélioration du pouvoir d’achat permet en effet à des familles d’accéder à une «modeste» classe moyenne avec une voiture, parfois deux, et une propriété. Plusieurs optent alors pour des résidences unifamiliales, notamment de type bungalow. Une perspective que l’on peut apprécier dès que l’on quitte le secteur centre-ville et le quartier ouvrier, où les bâtiments avec logements sont la norme.
Ce qui colle à la nouvelle situation des familles québécoises. Selon les démographes, les Québécoises se mariant entre 1946 et 1950 ont en moyenne 4 enfants, une tendance à la baisse par rapport aux années 1930. Cette courbe se poursuivra par la suite, la moyenne s’établissant à 2,4 enfants pour les femmes mariées entre 1966-1971.
Le contraste est saisissant : alors qu’une dizaine de personnes, parfois davantage, pouvaient habiter un immeuble à logements multiples dans le «vieux Magog», le bungalow convient maintenant parfaitement à la taille et aux revenus de la famille moyenne. Un autre facteur expliquant pourquoi même si le Magog habité fait tache d’huile entre 1951 et 1991, sa population demeure sensiblement la même.
Un portrait changeant évidemment avec le temps et la fusion du début du XXIe siècle, portant la population totale au sommet de 30 000 habitants franchi tout récemment. Et où ce sont maintenant d’autres enjeux, comme la crise du logement ou la volonté de restreindre l’étalement urbain, qui influencent l’évolution du développement immobilier.
Par Serge Gaudreau
