Chronique historique: Édouard Henri Guilbert, premier maire canadien-français de Magog
Édouard Henri Guilbert naît à Compton le 9 mai 1861, de l’union de Mary Ann Donahue et Théodule Guilbert, alors propriétaire de l’hôtel Compton. De ce mariage, au moins quatre enfants naîtront : Jeanne (Jane) (1856-1940), William Albert (1858-1860), Édouard Henri (1861-1907) et Lucie Hélène Alphonsine (1863- 1937).
Au recensement de 1881, Édouard est commis à Compton. Le 1er août 1882, il épouse Rose Emma Lefebvre à Saint-Edmond de Coaticook. De ce mariage naîtront onze enfants. Leur premier, Rosa Louisa, naît à Coaticook le 17 octobre 1883 et les dix autres voient le jour à Magog entre mars 1885 et novembre 1905. La famille est donc arrivée à Magog entre octobre 1883 et mars 1885.
En 1888, Ed. H. Guilbert opère un magasin général sur la rue Principale où il vend des meubles, des tapis, des vêtements, des bicycles, des machines à coudre, etc. Son père Théodule est aussi inscrit avec la mention “general store “. Aux recensements de 1891 et 1901, il est marchand sur la rue Principale à Magog. Les rôles d’évaluation, disponibles depuis 1894, nous informent que le magasin occupe les lots 268 et 269, à l’ouest de l’hôtel Central et en face de la rue Laurier. De plus, il est agent d’assurances et à l’emploi de la compagnie Bell Téléphone. Il n’a alors que 27 ans.
Depuis la fin des années 1880, à la suite de l’arrivée du textile à Magog, les Magogois sont majoritairement francophones. Le 12 janvier 1891, É.H. Guilbert est élu conseiller municipal de la jeune ville de Magog. Le 18 janvier 1892 ses collègues du conseil le désignent pour devenir le premier maire canadien-français de Magog. Il n’a que 31 ans.
Cet événement marque aussi le début de l’alternance linguistique à la mairie de Magog entre francophones et anglophones. En 1894, il cède sa place à Erasmus D. Smith qui sera remplacé, en 1896, par Antoine H. S. Bessette, un autre commerçant de la rue Principale. Cette alternance à la mairie prendra fin en 1948, à la fin du mandat de Marston E. Adams. Cette alternance n’a jamais existé au niveau des conseillers, et le dernier candidat anglophone au conseil fut Ross Bennett, défait en 1982.
En septembre1896, l’homme d’affaires et politicien est nommé surintendant de la pisciculture érigée en 1880-1881, sur la rive droite (sud) de la rivière Magog, en amont de l’actuel barrage Memphrémagog.

Guilbert, Édouard Henri (1861-1907). (Photo gracieuseté – Société d’histoire de Magog (Fonds de la Bibliothèque Memphrémagog)
UN ÉVÉNEMENT MARQUANT
Après avoir été conseiller sous le mandat du maire W.W. Chalmers en 1898 et 1899, Guilbert revient à la mairie le 6 janvier 1900, mais un malheureux événement viendra bousculer ce second mandat. Le 27 juillet 1900, les usines sont réduites au silence et les 400 employés de la filature déclenchent une grève. Ils prennent le contrôle du barrage et du canal, privant les usines de leur énergie.
Tôt le matin du 31 juillet, à la demande de la Dominion Cotton Mills, deux compagnies du 53e régiment des Fusiliers de Sherbrooke débarquent à la gare et défilent sur la rue Principale en direction des usines. À la suite d’une courte échauffourée où un coup de feu est tiré, le maire Guilbert lit l’acte d’émeute en français et en anglais. Ce geste aura des conséquences fâcheuses sur le maire et ses activités commerciales.
Toujours selon Jacques Boisvert, petit-fils de l’ex-maire, les affaires d’Édouard Guilbert auraient été boycottées par la population ouvrière qui n’a jamais pardonné à son grand-père d’avoir lu l’acte d’urgence le 31 juillet 1900, même si l’intervention de la milice a été demandée par la compagnie. Les affaires d’Édouard Guilbert sont boycottées à un point tel qu’il aurait dû quitter Magog et retourner à Compton, sa municipalité natale.
La date exacte de son départ de Magog n’est pas connue, mais selon les rôles d’évaluation, Guilbert a commencé à se départir de lots qu’il possédait, en 1905. Les lots 268 et 269 avec le magasin sont acquis par ses voisins Garceau et Meigs, propriétaires de l’hôtel Grand Central (lot 270). De plus, sur l’acte de mariage de son fils Eugène, à Magog le 24 juillet 1906, les parents de l’époux sont dits ” de cette paroisse “. Édouard H. Guilbert quitte donc Magog pour Compton en 1906-1907, où il meurt le 7 novembre 1907.
Maurice Langlois
Serge Gaudreau
