Chronique historique: Des épiceries de quartier aux supermarchés

L’arrivée prévue de deux nouveaux acteurs de l’alimentation à Magog en 2026 constitue une belle occasion de regarder en arrière. Ce secteur névralgique, qui est au cœur de notre quotidien, a en effet connu une évolution considérable au cours du XXe siècle.

Bien avant que n’apparaissent les supermarchés à grande surface, mettant la table à la concentration que nous connaissons aujourd’hui, Magog comptait plusieurs dizaines de petites épiceries. La plupart étaient situées sur la rue Principale, tant dans l’ouest que dans l’est de la ville.

Se greffait à cela le populaire marché public, situé à l’angle des rues Principale et Sherbrooke, où des cultivateurs de la région venaient écouler leur marchandise le samedi matin. Il disparaîtra avec l’érection de l’actuel hôtel de ville, au milieu des années 1960, et sera déplacé à l’intérieur de 1965 jusqu’en 1975, dans un bâtiment entre la rue Laurier et la Place du commerce.

Au cours des années 1930, Magog comptait encore des dizaines d’épiciers. Leurs noms sont familiers : Henry Chamberlin, E.E. Clément, Willie Courtemanche, Laurent Degré, Théodore Désautels, Ludger Gaudreau jr, Lazare Gingras, John Cunnigham & Lucille Goyette, Lorenzo Hamel, Maxime Lacroix, Roméo Landreville, J. P. Lizée, Joseph N. Vidal, etc. etc.  

L’apparition des bannières

Un virage se dessine au cours de cette décennie, alors que des chaînes font leur apparition. Nos aînés se souviennent d’Atlantic & Pacific. D’abord établi du côté sud de la rue Principale, en face de la rue Laurier, le A & P s’installera par la suite dans un local plus spacieux, à l’angle de Principale et des Pins (actuellement Piazzetta-GGC). L’odeur de café qui accueillait les clients doit encore titiller les narines de celles et ceux qui y faisaient leurs courses.

Un autre géant est le Dominion Store. Lui aussi se déplacera d’un plus petit bâtiment du côté sud de la Main à un autre beaucoup plus grand à proximité, soit l’actuelle Pizzéria No. 900-Les Délices Lafrenaie Magog, en face du parc des Braves.

La seconde adresse du marché Dominion, face au parc des Braves. (Photo Société d’histoire de Magog)

Leur arrivée change la donne. D’une part, ces chaînes ne font pas le crédit comme les autres commerçants locaux. Ce qui leur attirera des critiques. De l’autre, à partir de janvier 1939, A & P inaugure le concept ” Servez-vous “. Dans cet établissement, les clients peuvent dorénavant se déplacer avec un panier, sans l’aide d’un commis, et faire leurs emplettes en se fiant sur de petites affiches indiquant les prix des différents produits. Pour frapper un grand coup, A & P propose alors aux clients des spéciaux alléchants comme deux douzaines d’oranges à 35 cents ou une jarre de beurre d’arachides de 24 onces à 19 cents.

Avec le temps, ce système deviendra la norme. Ce qui n’empêchera pas de nombreux Magogois d’utiliser l’expression ” faire sa commande ” même quand, en réalité, ils font eux-mêmes leur épicerie.

Au cours des années 1960 et 1970, le portrait change. Les dépanneurs sont en croissance. Par contre, le nombre d’épiceries diminue. Désormais, l’industrie de l’alimentation sera de plus en plus axée sur les supermarchés à grande surface, la plupart associés à des chaînes connues. Une exception est Steinberg, une entreprise populaire au Québec mais qui n’aura jamais pignon sur rue à Magog.

Jadis la norme, les entreprises familiales seront de plus en plus rares dans ce domaine. Il y a cependant des exceptions. L’une d’elles est le Marché Lamontagne dont nous parlerons dans un autre article.

Par Serge Gaudreau et Maurice Langlois   

L’ancienne épicerie Dominion à Magog. (Photo Société d’histoire de Magog)