Une institution des Tisserands s’éteint après 52 ans
AFFAIRES. Une page d’histoire se tournera bientôt pour de bon dans le quartier des Tisserands avec la fermeture du Bistro des Tisserands, le 31 mai prochain. Cet établissement est considéré comme une institution du secteur depuis son ouverture en 1974 sous le nom de la Brasserie de l’Est, puis du Bar de l’Est.
Propriétaire depuis une dizaine d’années, Ginette Plante a récemment vendu l’immeuble de la rue Principale Est en raison de l’heure de la retraite qui a sonné à 70 ans. Le nouvel acquéreur ajoutera des logements à cet édifice, provoquant ainsi la fermeture du débit de boisson.
“Je me retire, mais ma clientèle va me manquer, confie-t-elle. Ce sont comme des membres d’une même famille qui se rencontrent tout simplement pour jaser en prenant une bière. C’est un lieu pour socialiser avec des gens qui se connaissent et qui viennent parfois quelques fois par semaine. Il y a toujours du monde, de jour comme le soir.”
Mme Plante a remercié sa fidèle clientèle, qui perdra un “pilier” dans le quartier, avec un souper VIP, le 25 avril dernier. Elle pense surtout à ceux qui verront leurs habitudes chamboulées, sans trop savoir où ils iront fraterniser à l’avenir. Cette fête d’adieu était notamment composée d’anciens clients ayant apprécié les nombreux spectacles présentés au fil des ans ou de chanteurs amateurs se rappelant de belles soirées karaoké.
Ginette Plante croit que la revitalisation de l’ancienne Dominion Textile améliorera la qualité de vie dans le quartier. Toutefois, elle s’inquiète de voir de petits commerces, comme le sien, fermer les uns après les autres. Elle a aussi une pensée pour des locataires, qui ne pourront plus se payer des loyers aux prix sans cesse croissants.
Elle profite de l’occasion pour tenter de redorer le blason de son commerce, qui n’a pas toujours eu bonne réputation auprès de la population et des policiers. “On a beaucoup de bon monde ici et on ne tolère plus les fauteurs de trouble”, insiste-t-elle en se disant bien fière d’y avoir créé une belle ambiance.
LE CLIENT LE PLUS FIDÈLE
Pierre Lacroix est peut-être le client qui aura le plus grand pincement au coeur au lendemain de la fermeture. À 81 ans, il se considère comme la “plus vieille relique” ou le “dernier des survivants” de l’endroit, ayant même connu les balbutiements de la Brasserie de l’Est comme client et concierge.
Dès 1974, il y faisait aussi du ménage et jouait de la musique aux côtés des Roméo “Bedo” Côté, Hermas Beauchemin et Roland “G-Man” Viens. “On voyait beaucoup de monde, surtout avec la Dominion Textile qui roulait 24 heures sur 24, se rappelle M. Lacroix. Ç’a toujours été un bel endroit pour socialiser”.
Ces souvenirs lui font penser à d’autres commerces florissants du “bas de la ville”, le terme que les Magogois utilisaient souvent à l’époque pour désigner le quartier des Tisserands. Le salon de billard “Chez Eddy” était un autre endroit populaire chez les ouvriers du textile et les gens du secteur. Une seconde “poolroom” avec de rares tables de “snooker” a déjà eu pignon sur la rue Principale Est, un établissement fermé depuis belle lurette.
“On perd une petite partie du patrimoine local”, s’attriste-t-il en fouillant encore plus loin dans ses souvenirs. Il se rappelle que l’adresse du bistro a presque toujours hébergé un commerce. Une épicerie-boucherie de quartier y était en activité plusieurs années avant la transformation en bar en 1974. Selon M. Lacroix, les Roméo Landreville ainsi que ses cousins Donald et Gaston Lacroix y ont notamment été propriétaires de ce commerce de type alimentaire.
Le 31 mai, il aura une belle pensée pour plusieurs amis disparus, ainsi qu’aux cofondateurs de la Brasserie de l’Est, soit Donald Lacroix et René Poirier.
