TRIBUNE LIBRE: Quand un promoteur tente de dicter l’avenir d’une ville
On voit de plus en plus un phénomène préoccupant dans plusieurs petites municipalités. Certains promoteurs arrivent avec d’importants moyens financiers, achètent de nombreux terrains stratégiques, puis, lorsque leurs projets ne sont pas approuvés aussi rapidement ou dans la forme souhaitée, ils cherchent à faire porter le blâme aux élus et à l’administration municipale.
Au centre-ville de Magog, l’affichage de Belval laisse entendre que le développement du centre-ville est retardé uniquement par la Ville. Pourtant, une administration municipale n’a pas pour mandat d’accélérer un projet privé à tout prix. Son rôle est de protéger l’intérêt collectif, de respecter les règlements et de s’assurer que les projets s’intègrent harmonieusement au milieu de vie.
Ce qui me préoccupe davantage, c’est le précédent que cela crée. Lorsqu’un promoteur acquiert une part importante du foncier d’une municipalité, il ne devrait pas ensuite utiliser cette position pour exercer une pression publique sur les décideurs afin d’obtenir ce qu’il souhaite. Cette façon de faire donne l’impression que la collectivité devrait adapter ses règles aux intérêts d’un seul acteur économique.
J’avais exprimé cette inquiétude il y a plusieurs années. Je craignais qu’en concentrant autant de terrains entre les mains d’un même promoteur, celui-ci puisse éventuellement exercer une forme de rapport de force avec la municipalité. Les événements actuels donnent malheureusement l’impression que ce scénario n’était pas irréaliste.
Soyons clairs : je n’ai rien contre les entreprises qui réalisent des profits. Au contraire, le développement économique est essentiel à la vitalité d’une ville. Mais il doit se faire dans le respect des règles, du dialogue et de l’intérêt commun.
Si un promoteur estime qu’une municipalité ne correspond plus à sa vision d’affaires, rien ne l’oblige à y investir davantage. Il peut choisir de vendre ses propriétés à d’autres investisseurs prêts à travailler en collaboration avec la communauté plutôt que de tenter de la placer devant un fait accompli.
Une ville n’appartient ni à un promoteur, ni à un conseil municipal. Elle appartient d’abord à ses citoyens.
Jean Luc Boisvert
Magog
