TRIBUNE LIBRE: Le Collectif du Quartier-des-Tisserands veut protéger la valeur historique de l’ancienne Dominion Textile
Le Collectif du Quartier-des-Tisserands profite du débat concernant l’avenir des bâtiments subsistants de l’usine de textile construite à la fin du 19e siècle pour rappeler l’enjeu patrimonial majeur en cause, non seulement en vertu de leur «solidité-vérifiée-par-le-défi-du-temps», mais surtout parce que le complexe est reconnu pour sa valeur historique unique dans l’évolution industrielle au Canada : une plaque commémorative installée en 2022 en fait foi.
L’importance patrimoniale accordée à un objet matériel ou immatériel correspond à sa valeur accordée par une population. Ainsi, la Coupe Stanley portée par Maurice Richard possède une valeur représentant «la patrie» pour les Canadiens français et leurs descendants québécois, qu’aucun leader n’oserait contester en disant que la coupe n’a aucune valeur métallique ou esthétique… Magog a son patrimoine industriel, chaudement gagné pendant un siècle !
Nous reconnaissons d’emblée au Groupe Custeau sa capacité de tenir compte des préoccupations de la population magogoise pour la conservation patrimoniale de ses récentes acquisitions. Nous espérons que la Ville de Magog utilisera tous les moyens à sa disposition pour que les permis octroyés respectent le patrimoine comme souhaité dans sa Politique culturelle de 2021 comme un «moteur d’attractivité pour faire rayonner la ville».
L’amélioration de la rue Principale Est indispensable pour la mise en valeur du site pour divers usages autorisés, dont l’aménagement de certains espaces en logements favorisant la mixité sociale, tout en bénéficiant à terme aux résidents du quartier adjacent. Ce principe a inspiré les étudiants en Urbanisme de l’Université du Québec à Montréal qui ont présenté publiquement leur maquette démontrant l’espace pour recevoir quelque 1 000 logements de tous calibres. Au moment d’émettre un permis de démolir cinq bâtiments, dont deux (#18 et #20) à valeur patrimoniale, le Collectif a obtenu l’écoute du Groupe Custeau et des urbanistes de la Ville de Magog en 2025.
Que s’est-il passé ?
Que s’est-il passé pour qu’en 2026, on annonce soudainement la démolition de plusieurs bâtiments, dont la première filature de coton de 1883 (bâtiment #3) dont la valeur emblématique fait consensus comme symbole de l’essor de Magog, en plus d’être reconnue dans toutes les expertises demandées par la Ville pour sa haute valeur patrimoniale et historique? Comment interpréter le contrat de vente de janvier 2026 qui permet au Groupe Custeau de tout démolir à sa guise ou d’annuler la vente? Pourtant, la Loi sur le Patrimoine culturel tient la Ville responsable de la protection patrimoniale à l’égard des propriétés sur son territoire. Pourquoi ne pas avoir indiqué au moment de la vente, la réserve quant à certains bâtiments bien identifiés pour leur valeur patrimoniale, comme on aurait signifié tel espace réservé à des services publics. La Ville devait indiquer que la valeur patrimoniale serait prise en compte avant d’accorder un permis de démolition de tels bâtiments; le Groupe Custeau devrait alors faire valoir une étude indépendante pour obtenir un permis de démolir.
En attendant cette expertise indépendante, un groupe d’étudiants en architecture de l’Université de Montréal élabore actuellement l’aménagement de l’ancienne filature en logements, selon les dimensions et les particularités du bâtiment. Ne pourrait-on pas les associer, avec leurs professeurs, à ce processus? Ne devrait-on pas demander une mise à jour de l’expertise des firmes qui ont déjà recommandé à la Ville de conserver ce bâtiment #3 ainsi qu’un autre d’une grande importance, le bâtiment #5A.
Le Collectif insiste aussi sur la valeur patrimoniale du bâtiment #5A qui servait à l’arrivage des ballots de coton par le train qui repartait avec les produits finis. Les photos de la voûte démontrent clairement un intérêt architectural unique à protéger comme espace pouvant devenir un musée ou un lieu d’interprétation de l’industrie textile. Une pétition de 1077 signataires a été déposée au conseil municipal le 15 avril 2019 à cet effet, à l’instar de ce qu’ont réalisé les gens de Manchester en Angleterre et ceux de Lowell au Massachusetts.
À quand un Comité consultatif du patrimoine?
Finalement, comment la Ville de Magog peut-elle prendre d’aussi importantes décisions pour le développement du patrimoine bâti, maintenant et pendant la prochaine décennie, sans se doter d’un Comité consultatif du patrimoine prévu dans sa Politique culturelle? Ce Comité éviterait aux autorités municipales d’être confrontées aux pressions constantes pour des aménagements urbanistiques de tout acabit… La population serait ainsi associée à une réflexion sur l’avenir de cette friche industrielle et de son quartier.
De son côté, le Collectif poursuit son implication active avec tous les partenaires communautaires, commerciaux et industriels qui manifestent leur intérêt pour le Plan particulier d’urbanisme (PPU) attendu depuis longtemps. En participant aux travaux collectifs, on peut faire valoir les besoins des résidents du quartier des Tisserands et manifester notre fierté pour que Magog soit respectée comme ville qui a beaucoup contribué à l’évolution technologique de l’industrie textile dans le monde. Le Collectif est convaincu que Magog va se développer avec l’énergie de sa population, si des moyens sont déployés pour l’y associer.
François Faucher, Roberpierre Monnier, Yves Bergeron et Louise Gagné
Collectif du Quartier-des-Tisserands
