TRIBUNE LIBRE: Le Collectif du Quartier-des-Tisserands reste sur sa faim
Le Collectif du Quartier-des-Tisserands se réjouit que la journée ” Portes Ouvertes ” du 14 mars pour l’ancienne Dominion Textile ait réussi à attirer des centaines de personnes sensibles à la revitalisation de ce secteur industriel par le Groupe Custeau. Il est clair que ces citoyens attendent avec beaucoup d’espoir l’amélioration de la rue Principale Est et le Plan particulier d’urbanisme (PPU) promis depuis longtemps par la Ville.
Toutefois nous ne pouvons pas cacher notre déception d’apprendre l’annonce en douce d’une possible ” déconstruction et démolition ” de la grande filature, ce bâtiment phare de l’ancienne Difco construit en 1883 où l’on projette la construction de nouveaux logements. Or, aucune des études commandées par la Ville à des experts reconnus n’a jamais évoqué une telle démolition, même pas l’ancien propriétaire qui a pourtant démoli une dizaine d’autres édifices qu’il jugeait de moindre valeur.
Évidemment l’abandon toléré durant les dernières années, ne peut qu’avoir laissé des cicatrices, mais le Groupe Custeau pourrait proposer des solutions qui feront consensus. De son côté, comment la Ville peut-elle accepter la destruction de cet imposant bâtiment inscrit au Répertoire du Patrimoine culturel du Québec, sans égard aux procédures prévues par la Loi du Patrimoine culturel et en contradiction avec sa propre Politique patrimoniale, son Règlement de démolition et les recommandations de La Boite d’urbanisme ?
À notre connaissance, aucune expertise indépendante n’a été produite et aucune solution alternative n’a été vraiment examinée pour sa préservation! Pourtant, il existe tout un savoir-faire développé à travers de multiples remises en bon état d’édifices de ce genre au Québec comme ailleurs dans le monde. Tout près de nous à Sherbrooke, les édifices de la Paton, une usine très semblable à notre filature, ont fait l’objet des mêmes hésitations avant d’être transformés en logements. Cet effort a servi de levier commercial pour revitaliser le plateau Marquette.
Une zone d’ombre
Il y a aussi une zone d’ombre dans les projets présentés le 14 mars : c’est ” l’oubli ” du Musée du Textile que le Collectif souhaite dans l’ancien Centre de recherche au bord de la rue Principale. Nous avons déposé une pétition en ce sens au Conseil de Ville en 2021. C’est un endroit de rêve, doté d’une voûte incomparable où arrivaient les trains remplis de ballots de coton. Un tel musée rendant hommage aux milliers de travailleurs et travailleuses qui ont trimé dur dans cette usine réputée durant plus de 130 ans, pourrait vite devenir une attraction historique et une expérience touristique inoubliable, comme il en existe plusieurs en Nouvelle-Angleterre.
Une autre nouvelle surprenante de cette visite fut de constater que la promesse d’accès à la rivière maintes fois demandée par les résidents, semble se résumer à une sympathique ” promenade multifonctionnelle ” qui longerait la rivière. Une promenade, ce n’est pas rien, mais il faut y ajouter un parc, une plage, un quai pour mettre en valeur la rivière Magog, un atout inestimable pour les résidents du quartier et les futurs locataires. Cette promenade devrait aussi donner accès à une passerelle au-dessus du barrage pour rejoindre la piste cyclable existante de l’autre côté de la rivière.
Enfin notre dernière surprise fut la maquette distribuée pour illustrer les logements qui seront construits sur la rue Principale, en face de l’ancienne Difco. Nous avons très bien accueilli la venue de l’Équerre comme entreprise d’économie sociale dans le quartier, mais l’apparence des édifices doivent mieux s’harmoniser aux éléments architecturaux du Faubourg des Tisserands, selon les orientations de la Ville pour ce milieu.
Durant toute la journée du 14 mars, notre Collectif, comme il le fait depuis dix ans, a échangé avec les organisateurs, les visiteurs ainsi que les anciens travailleurs et travailleuses venus exprimer leur intérêt devant les changements concrets en cours. Pour l’occasion, nous avons même accueilli un nouveau groupe d’étudiants à la maîtrise en architecture de l’Université de Montréal qui proposeront des modèles compatibles avec notre patrimoine industriel, à l’instar des étudiants en urbanisme de l’UQÀM qui ont exposé aux Magogois.e.s leur vision du potentiel de cette Filature urbaine, à l’occasion de deux rencontres publiques en 2025.
En tout respect pour le travail de la Ville et pour le Groupe Custeau qui ont organisé cette belle journée Portes Ouvertes, nous souhaitons comme tous ceux qui sont venus, poursuivre ce dialogue sur l’Espace des Tisserands. En dépit des problèmes de génie et d’urbanisme, comment pourrait-on justifier la démolition d’une structure qui a porté des machines pesant des centaines de tonnes vibrantes pendant plus d’un siècle ?
Un Comité consultatif du Patrimoine en urgence
Comment la Ville de Magog peut-elle prendre d’aussi importantes décisions pour le développement du patrimoine bâti maintenant et pendant la prochaine décennie, sans se doter d’un Comité consultatif du Patrimoine prévu dans sa politique culturelle ? Ce Comité éviterait d’être confronté à des demandes de dérogations successives, comme le Comité consultatif en urbanisme l’a fait en fournissant des autorisations à la pièce jusqu’à l’adoption finale du Plan d’urbanisme. La Ville doit associer la population à une réflexion à long terme sur l’avenir de cette friche industrielle et de son quartier. Le Collectif va poursuivre son implication avec tous les partenaires communautaires, commerciaux et industriels qui manifesteront un intérêt d’y participer.
Les centaines de visiteurs du 14 mars ont une idée plus concrète de l’ampleur des chantiers en cours, mais il reste à peaufiner la manière de combler certaines autres attentes légitimes afin que tout Magog soit fière des résultats, sans céder à des annonces prématurées ou à des démolitions regrettables. Nous restons vigilants !
Collectif du Quartier-des-Tisserands
