TRIBUNE LIBRE: Ils ont fermé bien plus qu’une auberge
Notre si belle auberge, tant appréciée par la communauté locale que par les nombreux visiteurs qui choisissaient de séjourner chez nous. Une auberge qui était tellement plus qu’un simple lieu d’hébergement.
Je crois l’avoir souvent répété à l’automne dernier, dans les différentes entrevues et communications médiatiques, mais j’ignore encore aujourd’hui à quel point les gens en saisissent réellement le sens.
J’ignore si les gens savent que nous accueillions des personnes en situation d’itinérance, des réfugiés politiques, des femmes vivant des périodes difficiles, des gens en transition de vie, des personnes qui n’avaient simplement pas les moyens de se payer autre chose qu’une chambre à 60$ la nuit ou un lit en dortoir à 30$.
Ça me brise encore le cœur chaque fois que je passe devant le presbytère. Un édifice maintenant laissé à lui-même. Un lieu qui a pourtant été rempli de vie pendant tant d’années. Un lieu d’accueil, de rencontres, de solidarité et d’humanité.
Aujourd’hui, cet édifice est à vendre. Pour qui? Pour quoi? Pour embellir l’église?
Je demeure aussi dans une profonde incompréhension face au fait que des représentants de l’Église, des gens censés placer l’humain au cœur de leurs valeurs, aient été incapables de voir, d’entendre et de comprendre ce que représentait réellement notre organisme.
Je ne comprends toujours pas qu’ils aient choisi de nous expulser malgré tout le temps, l’énergie et le cœur que nous avons investis pour leur faire comprendre l’importance de notre mission.
Les personnes avec qui j’ai eu le privilège de travailler comptent parmi les plus belles rencontres de ma vie. Des gens authentiques, passionnés, profondément humains, amoureux des autres.
Pendant notre combat pour rester ouverts, j’ai pourtant aussi dû faire face à des membres du clergé qui m’ont semblé froids, rigides, désagréables et peu charitables.
Saviez-vous qu’une de nos employées avait offert les chaussures de son père à une personne en situation d’itinérance? Qu’une autre avait hébergé chez elle une cliente dans le besoin? Qu’une autre encore avait pris soin du chat d’une cliente qui traversait une période difficile?
Saviez-vous aussi que certains hommes de clergé que j’ai rencontrés avaient de la difficulté à me regarder dans les yeux? Qu’ils ne répondaient pas à mes courriels et s’adressaient rarement directement à moi?
Pourquoi? Je vous laisse en juger.
Mais le contraste entre ces gestes d’une immense générosité posés par des employés qui gagnaient modestement leur vie et l’attitude de ceux qui ont choisi de nous expulser du presbytère demeure, pour moi, difficile à comprendre.
Oui, nous étions beaucoup plus qu’un hébergement touristique. Oui, nous avons aujourd’hui le cœur brisé de constater que tout cela n’a pas semblé peser dans la balance au moment de prendre la décision de nous fermer la porte.
Je me pose encore aujourd’hui les mêmes questions que celles qui m’habitaient le jour où nous avons appris notre expulsion du presbytère. Et malgré le temps qui passe, je n’ai toujours pas trouvé de réponses satisfaisantes. »
Josée Roy
Ancienne directrice de l’Auberge jeunesse de Magog
