Québec garde son calme face aux cormorans, malgré les dégâts aux Trois Sœurs

ENVIRONNEMENT. Bien qu’elle puisse engendrer des désagréments auprès des plaisanciers, riverains et pêcheurs, la présence de cormorans à aigrette au lac Memphrémagog ne préoccupe guère le ministère de l’Environnement.

Depuis quelques années, des usagers de ce plan d’eau s’interrogent sur l’état de santé de trois petites îles situées à deux kilomètres de Magog. Les fientes de ces oiseaux abîment particulièrement la végétation de ces espaces connus sous le nom des Trois Sœurs. L’accumulation de guano (substance blanche qu’on aperçoit sur la photo) peut provoquer la mort des arbres.

Bien au fait de la situation, le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP) dit avoir effectué un nouvel inventaire annuel de la colonie en 2026 afin de documenter son évolution.

Dans un article publié dans Le Reflet du Lac en novembre 2025, le MELCCFP disait alors qu’il souhaitait poursuivre son analyse sur une période de 12 mois avant de dévoiler des résultats.

Plus récemment, le ministère préfère plutôt miser sur un suivi sur quelques années afin d’établir un portrait global de la situation. «Les données recueillies permettront d’éclairer les décisions futures du ministère et d’évaluer, au besoin, la pertinence d’appliquer des méthodes de gestion adaptées pour le lac Memphrémagog», lit-on dans un échange de courriel avec le ministère.

On rappelle que ces effets localisés et saisonniers «reflètent un comportement naturel de l’espèce durant sa période de reproduction plutôt qu’une situation de prolifération préoccupante».

PERCEPTIONS NÉGATIVES ET GÉNÉRALEMENT ERRONÉES

Le Ministère ajoute que rien n’indique que le nombre de cormorans actuel est plus élevé qu’historiquement, malgré l’impression que ces espèces sont surabondants. «Il n’existe aucune évidence scientifique que la présence de cormorans au Québec dépasse la capacité de support des écosystèmes, observe-t-on par voie écrite. La très grande majorité des études démontrent que la présence de cet oiseau aquatique n’a pas ou très peu d’impact sur les communautés de poissons et sur la végétation.»

Pour toutes ces raisons, le Ministère affirme que l’état actuel des connaissances sur ces populations et leurs conséquences écarte, pour l’instant, l’urgence d’une intervention.

PROTECTION DE L’ESPÈCE (source MELCCFP)

  • Le cormoran à aigrette demeure une espèce protégée de l’exploitation presque partout en Amérique du Nord.
  • ​Des 63 juridictions nord-américaines, seules deux autorisent une chasse au cormoran, soit l’Ontario et le Nouveau-Brunswick.
  • ​Au Québec, comme dans la plupart des administrations canadiennes, le cormoran est protégé par la réglementation provinciale (Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune).  
  • ​Aucune chasse n’est autorisée aux États-Unis et cette option n’est pas envisagée, car le U.S. Fish and Wildlife Service (USFWS) a d’importantes réserves à autoriser une chasse pour une espèce qui ne peut être consommée et pour laquelle il n’y a pas de tradition de chasse.