Quand le communautaire devient une bouée de sauvetage

ENTRAIDE. Citoyens, usagers et organismes misent sur le mouvement “Le communautaire à boutte” pour convaincre le gouvernement que les groupes communautaires offrent des services beaucoup plus essentiels que la croyance populaire.

Voilà pourquoi quelque 70 personnes se sont mobilisées devant les bureaux du député-ministre Gilles Bélanger, lundi dernier (30 mars) à Magog. Ce rassemblement s’inscrivait dans cette démarche provinciale, qui s’est amorcée le 23 mars et se terminera ce jeudi 2 avril.

Plusieurs témoignages et messages ont été apposés devant le local du représentant d’Orford et titulaire du portefeuille de la Cybersécurité et du Numérique.

Louise Dion est l’une des usagères qui demandent aux élus de se déplacer sur le terrain pour constater “l’immense travail” effectué par les gens du communautaire. Cette femme de 74 ans se rappelle très bien l’accueil du Centre des femmes, au moment où elle vivait le difficile deuil de son mari. 

“Je n’étais pas en bon état, mais elles m’ont accueillie magnifiquement pour me transformer et me créer une vie sociale, témoigne-t-elle. Je connais plusieurs autres veuves qui fréquentent le Centre des femmes et ça leur fait un bien énorme. Une d’entre elles est convaincue que son nouveau réseau lui a sauvé la vie, car elle n’avait plus de raison de vivre.”

Mme Dion, qui a aussi recours aux services des Cuisines collectives et du Centre d’écoinitiatives populaires (CÉPOP) de Magog, tient à faire savoir aux élus que les services communautaires sont vitaux. Selon elle, les usagers allègent le fardeau financier des réseaux publics en étant moins malades, en prenant moins de médicaments et en réduisant les visites chez le médecin.

Marie-Lou Boisvert fréquente la Maison de la famille et les Cuisines collectives. Cette mère de trois enfants de quatre à neuf ans souligne l’importance de ces organismes pour le soutien, l’entraide et l’amour qu’ils offrent. Elle adore les activités avec ou sans enfants, jaser avec d’autres parents et profiter la halte-garderie. “Je ne pense pas que j’aurais eu un second enfant sans la présence de la Maison de la famille”, résume-t-elle.

L’IMPORTANCE DU COMMUNAUTAIRE À STANSTEAD

Président du Centre d’action bénévole (CAB) de Stanstead, Michel Hébert se dit bien placé pour parler de l’importance de cette organisation pour maintenir le tissu social de cette communauté. Tous les services du CAB sont essentiels, à ses yeux. Il pense notamment aux 150 repas livrés hebdomadairement dans la région frontalière. Il cite aussi en exemple l’aide aux commissions (épicerie, banque, etc.) et l’accompagnement aux rendez-vous médicaux, parfois jusqu’à Drummondville.

Ces services sont peut-être offerts par de nombreux bénévoles, mais la douzaine d’employés du CAB sont primordiaux pour coordonner cette structure administrative. “Les salaires et le financement actuels fragilisent notre main-d’oeuvre, les services et les liens dans la communauté, prévient M. Hébert. On ne fermera pas demain matin, mais on craint que ça arrive un jour si la situation se dégrade encore plus.”

Michel Hébert demande aux élus de rehausser le financement des organismes pour éviter des circonstances “insultantes”. Voir le CIUSSS de l’Estrie se réjouir d’une hausse budgétaire de 1774 $ au CAB de Stanstead est inacceptable à ses yeux. Les aides financières souvent non récurrentes le dérangent de plus en plus. “On dessert du vrai monde, insiste-t-il. Le coût de la vie augmente aussi pour nos membres et nos employés.”

Le mouvement “Le communautaire à boutte” inclut une grève de certains groupes pour dénoncer une situation jugée “urgente”. Selon ces groupes, ce type de mobilisation illustre le “rôle crucial” des organismes auprès des gens vulnérables, tout en déplorant “un sous-financement chronique qui fragilise leur capacité à répondre à des besoins croissants”.

Cette mobilisation culminera à l’Assemblée nationale à Québec, ce jeudi 2 avril.