Personnalité de l’année: Johanne Lavoie: la gardienne du lac Memphrémagog
PERSONNALITÉS. À 55 ans, Johanne Lavoie incarne ce mélange rare d’engagement environnemental, de passion pour le plein air et de dévouement familial. Rencontre avec une femme à l’énergie contagieuse dont le quotidien combine des actions pour protéger le lac Memphrémagog, des défis sportifs et une vie de famille active.
Johanne Lavoie préside bénévolement Memphrémagog Conservation Inc. (MCI) depuis trois ans. Elle siège au conseil d’administration de cet organisme depuis 2008, incluant un passage à la direction générale. Elle a succédé à Robert Benoît, un homme qu’elle considère comme son mentor, tout comme la conjointe de son prédécesseur, Gisèle Lacasse.
Mme Lavoie œuvre donc depuis plus de 15 ans à la protection du bassin versant du lac Memphrémagog, un plan d’eau dont elle prend soin comme un joyau naturel qui alimente quelque 185 000 Estriens en eau potable.
2025 a toutefois été une année marquante pour la présidente et son groupe. ” Ça a été énorme “, confie Mme Lavoie, en évoquant les dossiers qui ont rythmé son mandat.
Parmi les plus notables, l’affaire du golf illégal à Austin, où des hectares de milieux humides, des arbres et une tourbière ont été détruits, a mobilisé toute son énergie. Elle a d’ailleurs agi en lanceuse d’alerte en faisant les premières sorties publiques pour dénoncer ce chantier initié par le président-directeur général de l’entreprise Gildan, Glenn Chamandy.
” Ces destructions touchent le cœur de notre mission. Ce sont les poumons et les reins du lac qui sont affectés pour satisfaire les besoins d’un riche propriétaire, et ça a un impact direct sur la biodiversité et la qualité de l’eau “, explique-t-elle.
Ce cas a mis en lumière, selon l’organisme, les failles majeures des systèmes municipal et gouvernemental. ” On a vu un promoteur défier ouvertement les règles, sans subir de conséquences immédiates. C’est extrêmement préoccupant, car cela démontre que la protection du territoire est encore trop dépendante de la bonne volonté des promoteurs”, affirme la présidente.
Mais il y a aussi eu des succès, comme une récente acquisition d’une vaste propriété qui sera conservée à perpétuité sur le plan écologique, grâce à la Fondation Nature Memphrémagog, en collaboration avec le MCI.
UNE VISION COMPLÈTE DES ENJEUX
Sa longue expérience dans l’organisme lui a permis d’occuper plusieurs rôles – trésorière, administratrice, directrice générale – avant d’endosser la présidence, lui donnant une vision complète des enjeux et des solutions possibles. Johanne Lavoie participe à plusieurs comités régionaux et transfrontaliers, notamment avec le Québec et le Vermont, pour surveiller l’impact des activités humaines sur la qualité de l’eau.
Elle est aux premières loges pour maintenir le moratoire du traitement du lixiviat provenant du dépotoir de Coventry, au Vermont, situé à deux pas du lac Memphrémagog. Cette initiative de limiter les rejets de certaines substances chimiques incluses dans le lixiviat témoigne de son rôle de “gardienne” du lac Memphrémagog.
Ajoutons beaucoup d’audace et de conviction pour des bénévoles qui se battent contre de riches entreprises, comme Casella Waste Systems à Coventry, qui a géré un chiffre d’affaires d’environ 1,5 milliard de dollars en 2024.
Elle et le MCI pilotent aussi des initiatives incluant le contrôle d’espèces envahissantes (moules zébrées et vivipares chinoises et géorgiennes) et des projets de sensibilisation touchant la protection des rives, les cyanobactéries et les polluants éternels (PFAS).
Alors que le MCI approche de son 60e anniversaire en 2027, un comité stratégique s’affaire à renforcer sa visibilité. Malgré son rôle majeur dans la protection du bassin versant, l’organisme estime être encore trop méconnu du grand public. “On existe depuis longtemps, mais on n’est pas encore reconnu à la hauteur de ce qu’on fait. Ça doit changer”, insiste la présidente.
PASSION POUR LE SPORT ET LE PLEIN AIR
En plus de ses engagements environnementaux, Johanne Lavoie est aussi une passionnée de sport et de la nature. La randonnée alpine occupe une place centrale dans son quotidien hivernal, incluant une cinquantaine de montées d’Orford en peaux de phoque l’an dernier. L’été, elle troque les skis pour le vélo et la randonnée pédestre.
Ses aventures dépassent parfois les frontières de la région. En 2022, elle a fait un pèlerinage de 200 km à Compostelle avec ses frères et son père afin de célébrer les 80 années du paternel. Elle a aussi découvert le désert de Marrakech avec sa mère pour également commémorer les 80 ans de sa maman.
Mère de quatre filles âgées de 14 à 24 ans, Johanne accorde une grande importance à leur développement et à leurs activités.
PARCOURS PROFESSIONNEL POLYVALENT
Ingénieure de formation avec un diplôme en génie civil et une maîtrise en gestion, Johanne Lavoie a débuté sa carrière dans le génie municipal et nordique dans le Grand Nord avant de gérer des projets au centre-ville de Montréal. La naissance de ses enfants l’a conduite à s’installer dans Memphrémagog pour concilier vie familiale et engagement professionnel. Aujourd’hui, sa double compétence technique et organisationnelle est précieuse pour gérer les projets complexes de protection du lac.
Au-delà de sa présidence, Johanne Lavoie s’implique dans d’autres organismes environnementaux et communautaires, comme la Fondation Nature Memphrémagog et la Fondation Nexcap. À Nexcap, Mme Lavoie marraine une jeune adulte souhaitant compléter son parcours scolaire. Pendant plusieurs années, elle a aussi donné beaucoup de son temps à l’École primaire Val-de-Grâce d’Eastman, dont deux ans à la présidence du conseil d’établissement de cette institution scolaire.
Johanne Lavoie n’est pas seulement présidente, sportive ou mère à l’énergie contagieuse, elle se considère comme une femme de conviction faisant des liens entre la nature, la communauté et les instances politiques.
