Pas de DG à l’hôpital de Magog

Par Dany Jacques
Pas de DG à l’hôpital de Magog
La pdg adjointe Robin-Marie Coleman et le pdg du CIUSSS de l'Estrie-CHUS, Stéphane Tremblay.  (Photo : Le Reflet du Lac - Dany Jacques)

SANTÉ. Contrairement aux nombreuses demandes du Comité de vigie santé services sociaux Memphrémagog, la nomination d’un directeur général à l’hôpital de Magog n’est aucunement dans les plans de la direction du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Le président et directeur général du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de l’Estrie – Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke, Stéphane Tremblay, a fait cette mise au point quelques minutes avant de rencontrer la population magogoise, le 8 mars dernier. «Un directeur d’hôpital, c’est une réalité qui n’arrivera pas dans Memphrémagog», a-t-il spécifié.

Il précise que l’embauche de la coordonnatrice opérationnelle pour le réseau de service local de Memphrémagog, Julie Daviau, en décembre dernier, représente un pas dans la bonne direction pour se rapprocher du milieu. «Nous ne pensons pas aller plus loin malgré le souhait du comité, ajoute-t-il. Donnons-nous du temps et on révisera au besoin.»

M. Tremblay mentionne que le gouvernement ne retournera pas comme avant la réforme Barrette. «Les hôpitaux ne possèdent plus les mêmes entités légales, mais on respecte aussi les plus récentes orientations de Québec pour se rapprocher de la communauté», résume-t-il.

UN CHANGEMENT DE PHILOSOPHIE

La pdg adjointe Robin-Marie Coleman contrecarre une autre demande du Comité de vigie, plus précisément celle visant à prioriser les gens de Memphrémagog pour les interventions réalisées au bloc opératoire de Magog. 

Dans notre édition de la semaine dernière, le président du Comité de vigie, Jean-Guy Gingras, déplorait les délais d’attente en salle d’opération pour les résidents de Magog et des environs. Depuis que l’hôpital n’est plus géré localement, il s’inquiète du fait que le bloc opératoire soit devenu une succursale des hôpitaux de Sherbrooke. «Certains doivent même aller à Sherbrooke pour se faire soigner», disait-il.

À l’inverse, Mme Coleman informe la population qu’elle devra dorénavant voir les choses de façon différente. «Notre gestion est davantage régionale afin d’améliorer l’efficience de nos soins de santé, corrige-t-elle. On préfère gérer en fonction des priorités et des listes d’attente plutôt que par codes postaux.»

À son avis, elle est révolue l’époque où les Magogois se faisaient soigner à Magog et les Sherbrookois à Sherbrooke. Mme Coleman explique ce choix par un souci d’équité régionale dans un difficile contexte de rareté de main-d’oeuvre et de ressources limitées. «Ce serait également injuste de traiter tous les Sherbrookois en priorité avant les besoins urgents des patients de Memphrémagog», expose-t-elle.

Le pdg Tremblay tient néanmoins à rassurer les patients qu’ils seront soignés près de leur domicile quand ce sera possible, plus particulièrement pour les personnes âgées et celles à mobilité réduite. «Notre travail consiste à donner un accès équitable à tous les Estriens, affirme-t-il. Chaque Estrien devrait être très fier de bénéficier de l’expertise d’un Centre universitaire à proximité, surtout que ça n’existe pas dans toutes les régions de la province.»

Un virage pour se faire soigner différemment

Le manque de médecins de famille, les longs délais d’attente à l’urgence et une population plus nombreuse et vieillissante obligent le réseau de santé à se réinventer. Les patients sont également appelés à se faire soigner de plus en plus de façon différente afin de réduire la pression qui s’accentue sur tous les fronts du domaine de la santé.

La direction du CIUSSS de l’Estrie-CHUS parle d’une « nouvelle tendance et philosophie » pour un réseau qui est actuellement à la « croisée des chemins ».

Chiffres à l’appui, la pdg adjointe Robin-Marie Coleman est convaincue que la majorité des soins ne devraient pas passer par un médecin. Selon elle, 70% des demandes pourraient être répondues par un autre spécialiste du réseau. Elle invite d’ailleurs les patients orphelins sans médecin de famille à communiquer au 811, option 3, dès que le besoin se fait sentir, afin d’être dirigés et référés.

Le pdg du CIUSSS de l’Estrie, Stéphane Tremblay, concède qu’il manque entre 60 et 80 médecins de famille en Estrie. « Nous adoptons de nouvelles approches afin de pallier à la rareté de main-d’oeuvre et pour réduire la pression qu’apporte une population croissante et vieillissante », résume-t-il.

Selon M. Tremblay, la population doit tenir pour acquis qu’on « devra dorénavant entrer dans un hôpital et en ressortir le plus rapidement possible ». À ses yeux, l’avenir passe par des soins accrus de proximité et à domicile, tout en conservant les acquis actuels du réseau de santé actuellement offerts dans la MRC de Memphrémagog. 

Mme Coleman prévient la population que cette nouvelle approche pourrait aller aussi loin que des hospitalisations et des soins intensifs à la maison. Même la réadaptation intensive à domicile est dans les plans du ministère de la Santé. « La population ne perdra aucun service, plaide-t-elle. On les dispensera différemment. »

Malgré la pénurie de main-d’oeuvre, la haute direction du CIUSSS de l’Estrie assure que l’urgence et le bloc opératoire de l’hôpital magogois fonctionnent à plein régime sans bris de services. C’est toutefois plus difficile en ce qui concerne les temps d’attente et les taux d’occupation de l’urgence. De récentes statistiques publiées par Le Devoir chiffraient des taux d’occupation dépassant parfois les 200% et des délais de prise en charge variant de deux à cinq heures.

« Les lits d’hospitalisation sont disponibles, mais pas la main-d’oeuvre pour s’occuper des patients qui pourraient s’en servir », explique Mme Coleman.

 

 

 

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