Memphrémagog: s’acheter des fleurs locales comme des fraises du Québec

Par Pierre-Olivier Girard
Memphrémagog: s’acheter des fleurs locales comme des fraises du Québec
Alice Berthe et son conjoint Thierry Bisaillon-Roy sont arrivés à Ayer's Cliff en 2018. (Photo : gracieuseté - Christyna Pelletier)

AFFAIRES.  Un secret encore bien gardé dans la région de Memphrémagog a clôturé en 2022 sa deuxième saison d’opération sur une terre d’Ayer’s Cliff. Il s’agit des Enfants Sauvages, une ferme dont la matière première n’est pas destinée à la consommation, mais plutôt à la contemplation par la culture de fleurs. 

Cette histoire a débuté en 2018 lorsqu’Alice Berthe et son conjoint Thierry Bisaillon-Roy ont choisi de quitter leur confort montréalais pour entreprendre un retour à la terre. Ils sont alors tombés par hasard sur une propriété de 26 acres sur le chemin Browns Hill à Ayer’s Cliff, où ils ont vite su que c’était l’endroit parfait pour entamer ce nouveau chapitre. 

« Avant d’arriver sur place, notre projet n’était pas encore défini. C’est vraiment en marchant et en découvrant notre espace, qui est majoritairement en forêt, que le projet d’une ferme florale s’est dessiné, et non le contraire. Ce concept est très répandu aux États-Unis, mais au Québec, nous étions parmi les pionniers lorsque nous avons lancé nos activités en pleine pandémie, en 2021 », raconte Mme Berthe, qui est originaire de France. 

Une solution sur un plateau d’argent

Comme l’explique la femme d’affaires, la plupart des fleurs vendues sur le marché sont issues de l’importation, dont les principaux pays producteurs sont la Colombie, l’Équateur, les Pays-Bas et le Kenya. À l’inverse, les consommateurs sont de plus en plus sensibles à la provenance des produits qu’ils consomment, et le commerce des fleurs n’en fait pas exception. « Au cours des dernières années, on a vu le grand engouement pour l’achat local, notamment pour les fruits et légumes. Pour les fleurs, ce mouvement a pris un peu plus de temps à se mettre en marche, mais on le voit de plus en plus. Que ce soit pour les mariages, les funérailles ou un simple achat de bouquet, les gens s’informent et préfèrent encourager ce qui se fait ici, par des gens d’ici. »

D’ailleurs, selon la propriétaire, nul besoin d’élaborer de longs arguments de vente pour convaincre les clients qui hésitent à choisir entre des fleurs produites à des milliers de kilomètres et celles cultivées dans la région. Comme pour bien des domaines, la logique s’impose d’elle-même aux dires d’Alice Berthe. « Les fleurs importées ont une empreinte environnementale très lourde, en plus d’être produites dans des pays où il n’y a pas de normes pour l’utilisation de pesticides et de produits chimiques.»

« À l’inverse, en produisant localement et en éliminant les longs transports et tous les intermédiaires de vente, nous pouvons offrir plus de variétés de fleurs à un prix comparable aux fleuristes traditionnels. On offre une solution sur un plateau d’argent, avec tellement moins d’impacts! »

S’inspirer des fraises du Québec

Même s’ils pourraient utiliser leurs serres durant l’hiver, les Enfants Sauvages veulent limiter leur impact sur l’environnement en produisant seulement en été. En haute saison, il est possible de se procurer des fleurs directement à la ferme ou par abonnement, dont le principe est similaire aux paniers de légumes.

Mais au lieu de recevoir des produits comestibles, les abonnés se voient offrir un bouquet toutes les deux semaines, de mai à septembre. « On souhaite créer avec les fleurs du Québec la même habitude que les gens ont développée avec la fraise du Québec. Plutôt que d’acheter des fraises d’ailleurs, les gens préfèrent attendre de manger les fraises d’ici qui sont bien meilleures, en plus d’encourager notre économie et le savoir-faire d’ici », conclut-elle.

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