L’optimisme de Jean Charest face aux turbulences économiques

ÉCONOMIE. Jean Charest demeure optimiste malgré la guerre tarifaire, l’incertitude économique et un traité de libre-échange à renégocier avec les États-Unis et le Mexique. Tel était le message de cet ancien premier ministre du Québec lors de sa conférence présentée à l’Hotel Chéribourg du Canton d’Orford, le 2 juin dernier.

M. Charest, qui est aussi associé chez Therrien Couture Joli-Coeur et membre du Comité consultatif sur les relations économiques entre le Canada et les États-Unis, croit que la région est bien positionnée en raison de sa proximité avec la frontière des États-Unis et de son “interdépendance historique avec nos voisins”.

“Je suis optimiste parce que dans les milieux d’affaires américains, les gens sont presque unanimes sur le maintien de l’accord de libre-échange (Accord Canada-États-Unis-Mexique), a-t-il expliqué en entrevue avant sa présentation. Il n’y a personne aux États-Unis en affaires qui dit au président d’annuler cette entente.”

Selon ce conseiller stratégique spécialisé dans les politiques internationales, les élus et les entrepreneurs doivent continuer à cultiver les liens avec leur vis-à-vis américain.

” On veut travailler ensemble, insiste-t-il. Il faut mettre de la pression pour qu’on renouvelle un bon accord de libre-échange qui va durer dans le temps.”

M. Charest rappelle que le premier ministre Carney a misé sur l’importance de la relation économique entre les deux pays lors de sa récente visite à New York. “La réalité est qu’on fourni 100 % du gaz naturel que les Américains importent, 60 % du pétrole provient du Canada et 85 % de l’énergie hydroélectrique que les Américains achète, vient particulièrement du Québec.”

REFAIRE NOTRE ÉCONOMIE 

Jean Charest met néanmoins l’accent sur l’importance de diversifier nos marchés, voire de “refaire notre économie”.

“Ce qui nous pèse actuellement dans l’économie, ce n’est pas uniquement la guerre tarifaire, c’est l’incertitude. C’est ça qui nous coûte cher en ce moment. L’incertitude, c’est intangible, ce n’est pas chiffré et c’est tout ce qui empêche une entreprise de faire des investissements.”

Il recommande d’investir massivement dans les technologies et d’exploiter d’autres marchés. Il cite l’exemple du positionnement déjà stratégique établi à Sherbrooke et à Bromont avec les industries des puces, des microprocesseurs et de la quantique. Il pense aussi à BRP qui, malgré d’importantes pertes liées aux tarifs, vient d’ouvrir une usine au Vietnam.  “Cette entreprise de Valcourt fait la démonstration que, si tu diversifies tes antennes manufacturières, tu vas être plus performant que si tu restes juste au Québec ou au Canada.”

Il invite aussi les gens d’affaires à capter la prochaine balle au bond lancée par Ottawa pour tirer profit des importants investissements à venir dans le secteur de la défense. 

CONSEILS POUR LA RÉGION

Sachant que la région se compose davantage de petites et moyennes entreprises, M. Charest les invite tout de même à se diversifier en périphérie et d’aller vers d’autres marchés que les États-Unis. 

Conscient aussi que des compagnies comme Cercueils Magog et Aciers Orford risquent la fermeture d’ici quelques mois, M. Charest suggère aux entrepreneurs de rapidement solliciter l’aide des gouvernements qui ont mis sur pied des programmes de soutien à moyen et à court terme pour pouvoir passer à travers la période actuelle. “Mais en attendant, il faut qu’on soit le plus résilient possible.”

Il lance aussi un appel à la vigilance aux élus locaux pour avoir une connaissance de l’état de santé des entreprises qui sont sur leur territoire. “S’ils savent ou s’ils sentent qu’elles sont en difficulté, ils doivent pouvoir les diriger vers les bonnes ressources pour les soutenir dans la période de transition”, termine-t-il.

La présence de Jean Charest faisait partie de la série des “Grandes rencontres” organisée par la Chambre de commerce, d’industrie et du tourisme Memphrémagog. Quelque 80 personnes ont assisté à cette première présentation.