L’homme qui tricote veut franchir un bastion féminin
STANSTEAD. La place des hommes dans les associations féminines est au centre d’une réflexion amorcée au Cercle de fermières Stanstead (CFS). Cet organisme accueille Richard Violette depuis 18 mois à titre de participant, même si les règlements généraux du regroupement provincial réservent officiellement le statut de membre aux femmes âgées de 14 ans et plus.
Des démarches ont été faites en vain pour l’intégrer officiellement à titre de membre à part entière, parce que les règlements ne le permettent pas. Les règles stipulent que c’est uniquement réservé aux femmes, mais cette mesure n’empêche toutefois pas le groupe local d’accepter M. Violette dans leurs salles du secteur Beebe.
Le Cercle de fermières Stanstead refuse de parler de discrimination, préférant ouvrir la porte à une plus grande inclusion dans son groupe et dans les autres organisations au Québec. La direction locale profite de l’occasion pour également inviter les regroupements masculins à faire preuve davantage d’ouverture d’esprit pour accueillir, à l’inverse, des membres féminines.
Richard Violette participe régulièrement aux activités de tissage, de tricot et d’artisanat du groupe. Selon les responsables, cet ancien maire d’Ogden enrichit la vie du groupe sans remettre en question sa mission. ” Nous sommes très heureuses de sa présence. Il apporte quelque chose de différent et de positif à notre cercle “, explique la trésorière Marlène Lemire.
Pour Richard Violette, l’enjeu dépasse largement sa situation personnelle. Ce qui lui tient à cœur est avant tout la transmission des savoir-faire artisanaux aux générations futures.
” Ce qui est essentiel, c’est que ces connaissances continuent de se transmettre. J’ai appris à tisser ici et j’adore ça. Ce serait dommage de perdre ce savoir-là. Que ce soit des hommes, des femmes ou des jeunes, l’important est que les métiers traditionnels restent en vie “, affirme-t-il.
DES HOMMES POUR HAUSSER LE MEMBERSHIP
Cette vision rejoint directement la mission du Cercle de fermières, qui vise notamment à préserver et transmettre les arts textiles tout en jouant un rôle actif dans la communauté. La présence des hommes contribuerait à augmenter le nombre de membres.
Au fil des années, plusieurs cercles ont vu leur nombre de participantes diminuer. À Stanstead, le groupe compte aujourd’hui 24 membres, comparativement à près de 60 à une certaine époque. Malgré ce contexte, le cercle a récemment reçu une distinction régionale pour avoir bonifié ses rangs de deux recrues.
” On ne dénonce rien. On veut plutôt mettre en valeur quelque chose de positif. Nous sommes contentes de cette situation et nous croyons qu’il est important de continuer à s’ouvrir et de s’adapter à la nouvelle société “, résume la présidente locale, Julie Monette.
Chaque semaine, les bénévoles du cercle enseignent le tissage, le tricot, le crochet, la couture et la broderie. Elles participent également à plusieurs projets communautaires et organisent des activités ouvertes au public, notamment les populaires ” tricothés ” présentés en collaboration avec le Musée Colby-Curtis.
Le CFS a aussi célébré la Journée internationale du tricot, le 13 juin dernier, au marché local de Stanstead. Les membres et la population en général étaient invités à tricoter en groupe.
Couvertures, linges à vaisselle, nappes, foulards et jetées sont fabriqués dans les ateliers du cercle à longueur d’année. Ces items sont surtout faits pour leurs besoins personnels, mais ils sont parfois remis à des organismes de bienfaisance.
Les Cercles de fermières du Québec sont la plus grande association féminine au Québec avec plus de 30 000 membres et 600 cercles locaux, selon son site web. L’organisme a souligné son 100e anniversaire de fondation en 2015.

Julie Monette (présidente du Cercle de fermières Stanstead) et Marlène Lemire (trésorière) encouragent les hommes à perpétuer les arts textiles, comme on l’aperçoit sur cette photo avec Richard Violette. (Photo Le Reflet du Lac – Dany Jacques)
