L’ancien propriétaire de la Difco poursuit Magog pour 22 M$
JUSTICE. Alors que les travaux entourant la revalorisation de l’ancienne Dominion Textile battent leur plein, voilà qu’une démarche judiciaire vient leur faire ombrage. L’ancien propriétaire de la partie Difco, Investissements NexArm, réclame près de 22 M$ à la Ville de Magog en dommages-intérêts.
Estimant avoir été victime de « favoritisme » au profit d’un promoteur concurrent et de manœuvres mensongères, Investissements Nexarm a déposé une demande introductive d’instance à la Cour supérieure du Québec, chambre civile, le 12 juin dernier. Le montant de la poursuite de 21,9 M$ correspond, selon l’entreprise, aux profits de développement qu’elle aurait réalisés si son projet avait vu le jour.
Investissements NexArm accuse notamment la Ville de Magog de lui avoir mis des bâtons dans les roues, par des « obstacles administratifs » et des « retards imposés », pour retarder la réalisation de son développement à vocation mixte. Ce dernier consistait à la construction de sept bâtiments de 4 à 7 étages, pour un potentiel d’environ 400 unités.
Qui plus est, la partie poursuivante prétend que la Municipalité l’a convaincue « sous un faux prétexte » et par des « manœuvres dolosives » de lui vendre ses lots, qui ont été peu de temps après revendus au Groupe Custeau. Ce dernier pilote aujourd’hui l’ensemble du projet de conversion de l’ancienne friche industrielle.
Plus précisément, on avance que la « raison principale » donnée par la Ville de Magog dans sa démarche d’acquisition était de réaliser un projet avec une autre institution publique, soit Loto-Québec, pour la construction d’un salon de jeu avec un hôtel. « La Ville s’emploie à convaincre les représentants de NexArm qu’elle souhaite désormais prioriser un redéveloppement des Lots Difco avec Loto-Québec et que seule une propriété exclusive de ces lots lui permettait d’y parvenir. […] À aucun moment durant les discussions de vente potentielles avec la Ville n’est-il fait mention du Groupe Custeau », lit-on dans la poursuite.
Pourtant, NexArm affirme détenir les preuves nécessaires qu’il y aurait eu des négociations en parallèle entre la Ville de Magog et le Groupe Custeau « remontant forcément à plusieurs semaines, voire plusieurs mois », avant l’annonce de la transaction en litige.
On accuse même la Municipalité « d’un manquement grave à ses obligations de confidentialité », en lien avec la promesse d’achat qui la liait avec NexArm. « Non seulement la Ville a induit en erreur NexArm sur ses réelles intentions, mais elle a vraisemblablement délibérément utilisé les informations confidentielles obtenues de NexArm, dans le cadre de sa vérification diligente, pour les fournir […] à un concurrent direct. Il en va d’un manquement grave à ses obligations de confidentialité […] », est-il écrit dans la requête.
Estimant avoir été trompé par une « manoeuvre calculée et dissimulée » de la Ville de Magog pour prendre la possession de ses lots et les confier à un autre promoteur, l’ex-propriétaire assure qu’il n’aurait jamais accepté une telle transaction de vente, à la lumière de ces circonstances. D’où le dépôt d’une poursuite de 29,8 M$, duquel a été réduit le prix de la vente de 7,9 M$, conclue en octobre 2025.
Rappelons que c’est le 15 décembre 2025 que la Ville annonçait la vente de terrains de l’ancienne usine Difco au Groupe Custeau, qui était déjà propriétaire des terrains de l’ancienne usine CS Brooks. Le projet en cours de construction, appelé « Espace des Tisserands », représente des investissements estimés entre 300 M$ et 350 M$ au cours de la prochaine décennie.
Quant à NexArm, elle avait déjà intentée une première poursuite judiciaire de 7,6 M$ contre la Ville de Magog, qui avait pris fin en 2025 lorsque la transaction immobilière est intervenue entre les deux parties.
Interpellée au sujet de ce litige juridique, la Ville de Magog a poliment refusé notre demande d’entrevue. « Nous n’émettrons aucun commentaire et laissons le processus suivre son cours », a fait savoir par écrit la Municipalité.
