Deux policiers vedettes prennent leur retraite
CARRIÈRE. Bien que leurs parcours respectifs demeurent fort différents, les policiers Carl Pépin et José Gosselin partagent un trait commun qui les aura guidés et bien servis tout au long de leur carrière à la Régie de police de Memphrémagog: celui d’être demeurés proches des gens.
Carl Pépin sera le premier à déposer son arme de service et son badge ce jeudi 30 avril, marquant ainsi une carrière qui a débuté en 1993. Pour sa part, José Gosselin portera la dernière fois son uniforme bleu marin vers la fin juin, dès la fin des classes.
Non seulement les deux agents seront bientôt libres de toutes responsabilités professionnelles, ils tourneront aussi la page d’une carrière de trois décennies où ils ont marqué la communauté, à leur façon.
Pour le lieutenant Pépin, ses débuts se sont avérés plutôt atypiques. N’ayant pas fait le cours en technique policière, celui qui est natif de Sherbrooke a plutôt appris le métier sur le terrain, plus précisément sur les terres de Kangiqsujuaq, au Nunavik. “On était deux policiers laissés pas mal à nous-mêmes pour desservir une communauté de 450 personnes. Je n’avais aucune arme à la ceinture ni poivre de cayenne. Mon seul outil de travail, c’était une roulotte de construction en guise de poste de police ainsi qu’un téléphone pour répondre aux appels, 24 h sur 24, 7 jours sur 7”, raconte Carl Pépin.
Confronté à beaucoup de criminalité avec des moyens très limités, M. Pépin a dû développer un art qui lui aura été d’une grande utilité jusqu’à ce jour, celui de la diplomatie. “Quand tu te retrouves seul à devoir gérer des situations quand même intenses, comme de la violence ou des abus de toutes sortes, il faut que tu sois capable de parler avec le monde. Sans ça, tu ne passes pas au travers. Ce que j’ai vécu là-bas, ça a vraiment façonné ma façon de travailler et le policier que je suis devenu”, raconte celui qui est demeuré dans le Nord-du-Québec pendant neuf ans.
Le confident des jeunes
Pour José Gosselin, ses premiers pas dans la police sont plus conventionnels. Après avoir terminé son parcours sur les bancs d’école, il a commencé sa carrière pratiquement au même moment que la création de la Régie de police de Memphrémagog dans les années 1990.
C’est toutefois au milieu des années 2010 qu’une opportunité est venue donner un sens profond à son métier, à titre de policier jeunesse à l’École secondaire de La Ruche.
Un poste à temps plein qu’il a conservé depuis. “Ce qui m’a attiré avant tout, c’est de pouvoir jouer un rôle auprès des jeunes. C’est un travail où on a réellement du temps pour faire une différence contrairement à la patrouille, par exemple. Et il n’y a pas que l’uniforme. Parfois, on porte le chapeau de psychologue, d’autres fois celui de travailleur social. On travaille sur plusieurs fronts, en même temps, et c’est ce qui me passionne”, partage José Gosselin.
À l’instar de Carl Pépin, la communication a toujours été au coeur de l’approche de M. Gosselin, que ce soit pour désamorcer des situations critiques ou simplement bâtir un lien de confiance. “Carl et moi, on a fait de la patrouille ensemble durant quelques années et je ne me souviens pas d’une fois où il a fallu se battre pour régler une situation. La parole a toujours été l’outil le plus important à notre ceinture.”
Des moments marquants
Cumulant respectivement 30 ans et 33 ans de service, MM. Gosselin et Pépin ont été confrontés à un grand nombre d’événements marquants, que ce soit pour les bonnes ou les mauvaises raisons.
Dans les moments difficiles, les deux confrères estiment que les suicides figurent parmi les épreuves les plus déstabilisantes de leur métier. “C’est encore plus dur quand c’est un jeune. Tu repars en te demandant ce que tu aurais pu faire de mieux. Mais tu ne peux pas rester accroché. Sans quoi, tu sombres dans toutes sortes de problèmes pour oublier. Il faut être résilient, mais c’est “tough”», confient-ils.
De son côté, Carl Pépin se souvient d’une intervention où il a frôlé la mort. Cet événement s’est produit lors d’un appel pour une personne en crise avec des problèmes de santé mentale, durant lequel les policiers ont été pris pour cibles. “Au début, on ne voulait pas tirer sur lui en se disant que c’était seulement un fusil à plomb. Mais finalement, son arme était plus puissante qu’on s’était imaginé. J’ai été atteint juste à côté de l’oeil. Le médecin m’a dit que j’ai été à deux centimètres de mourrir cette journée-là. C’est là que tu réalises qu’il y a une grande part de chance dans notre métier”, conclut le principal intéressé.

Bientôt retraités, le policier jeunesse, José Gosselin, et le lieutenant Carl Pépin cumulent ensemble plus de 60 ans de carrière à la Régie de police de Memphrémagog. (Photo Le Reflet du Lac – Pierre-Olivier Girard)
