Des organismes communautaires seront en grève entre le 23 mars et le 2 avril
MEMPHRÉMAGOG. Les organismes de la MRC de Memphrémagog ont lancé deux semaines de mobilisation dans le cadre du mouvement national “Le communautaire à boutte”, lundi matin devant le Centre communautaire de Magog.
La principale action est 12 mandats de grève et de mobilisation pour autant d’organismes communautaires de la région. La Banque alimentaire, le Centre l’Élan, les Cuisines collectives et Zone Libre figurent notamment dans cette liste. Certains services d’urgence, comme l’aide alimentaire, sont néanmoins maintenus pendant cette période de protestation. D’autres groupes cesseront leurs activités ou diminueront leurs services pendant quelques jours. Informations additionnelles sur les réseaux sociaux de chaque organisme.
Deux organismes seront en arrêt complet de travail et de services pendant deux semaines, en l’occurrence le Centre des femmes Memphrémagog (CFM) et la Maison de la famille Memphrémagog (MFM).
Chantal Pinard, porte-parole du CFM, tenait à préciser que son organisme agit positivement sur le quotidien des femmes pour qu’elles reprennent le pouvoir sur leur propre vie, et ce, depuis 35 ans. “Nous sommes toutefois à un point de rupture, car nos services sont gratuits malgré un sous-financement chronique, se plaint-elle. Défendre les femmes, c’est pourtant un choix de société.”
Directrice générale à la Maison de la famille, Nathalie Bélanger n’en croyait pas ses yeux d’être obligée de fermer temporairement ses portes après 27 années d’engagement. Selon elle, le système ne tient plus et les organismes ont atteint leur limite. “Je dois couper dans mes budgets et dans mon personnel, s’attriste-t-elle. Une employée pilier de nos services depuis 20 ans risque une mise à pied sans aide financière.”
Les autres conséquences de ces coupures à la MFM sont la fermeture des services les vendredis, le départ de l’adjointe administrative, la réduction des heures pour l’ensemble du personnel et un arrêt pour la saison estivale, l’an dernier, pour toute l’équipe.
Mme Bélanger craint l’épuisement de ses troupes, surtout avec une centaine de parents et enfants qui assistent aux activités et services de la MFM par semaine. Son service de halte-garderie figure dans l’offre de ce groupe, mais il sera fermé jusqu’au 2 avril.
TÉMOIGNAGES
Trois usagers et usagères sont venus témoigner de l’importance des ressources communautaires dans leur vie. L’une d’entre elles, Louise Dion, est convaincue que ce sont les rencontres au Centre des femmes qui l’ont complètement transformée comme individu. “Je dois ma vie aux organismes qui, grâce à eux, m’ont permis de moins voir le médecin et de réduire ma médication”, a-t-elle relaté.
Jean Clairoux, qui a déjà vécu des problèmes de santé mentale, considère le Centre L’Élan comme une véritable “bouée de sauvetage”. “Les ateliers d’art thérapie ont contribué à réussir ma sortie d’hôpital, ajoute-t-il. L’Élan accueille deux fois plus de gens qu’avant, mais le budget reste presque au même niveau.”
UNE NÉCESSITÉ
Directrice de la Corporation de développement communautaire (CDC) Memphrémagog, Mélissa Rivard considère le milieu communautaire comme un “pilier de notre cohésion sociale”. “Les organismes tiennent le filet social à bout de bras, a-t-elle rappelé. Ils réclament un financement à la hauteur de leur contribution afin de continuer à soutenir les personnes, accompagner les familles et défendre la dignité des citoyens.”
Mme Rivard observe avec inquiétude les demandes aux organismes de fonctionner au rabais et les absences d’aide financières, comme le démontre le dernier budget provincial. Selon elle, la réduction du financement en soutien aux familles et en itinérance a récemment conduit au chômage deux intervenantes “compétentes, qualifiées et reconnues” dans leur milieu.
“Parce que le communautaire, ce n’est pas un luxe, c’est une nécessité, insiste Mélissa Rivard. C’est ce qui empêche bien des gens de tomber entre les mailles du filet. Et quand ce filet lâche, c’est toute la société qui en paie le prix.”
Les organismes de la région joignent leur voix à celles de partout au Québec. Ils revendiquent une reconnaissance pleine et entière, un financement suffisant et une valorisation du travail.
La mobilisation des prochains jours prendra différentes formes jusqu’au 2 avril. Parmi les actions à venir, notons une manifestation régionale à Sherbrooke (27 mars), un rassemblement devant les bureaux du député Gilles Bélanger à Magog (30 mars) et une mobilisation provinciale à l’Assemblée nationale à Québec (2 avril).
