Conjuguer maternité et engagement politique

POLITIQUE. Une infirmière praticienne et mère de deux jeunes enfants en plein congé de maternité passe du terrain à la politique active pour tenter de devenir députée du Québec solidaire (QS) dans la circonscription d’Orford.

L’objectif d’Eve-Lyne Clusiault, âgée de 44 ans, consiste à améliorer les conditions de vie des gens en agissant directement sur les problèmes sociaux qu’elle observe depuis des années.

La candidate aborde avec humour le fait de mener une campagne politique alors qu’elle est en congé de maternité. Elle ne présente toutefois pas cette situation comme un obstacle insurmontable. Son engagement semble plutôt s’inscrire dans la continuité de son travail et de ses convictions personnelles : prendre soin des gens, des communautés et du territoire.

« Je ne suis pas une politicienne de carrière, affirme Mme Clusiault. Je m’engage parce que j’aime contribuer au changement social. « 

Native de Drummondville, Eve-Lyne Clusiault est infirmière praticienne spécialisée en première ligne. Elle habite la région depuis sept ans, après avoir vécu notamment à Orford, Austin et maintenant à Magog. Elle possède un parcours professionnel diversifié, marqué par dix années de travail auprès des communautés autochtones au Nunavik, à la Baie-James et sur la Basse-Côte-Nord.

Formée d’abord en politique internationale, puis en sciences infirmières, elle a également œuvré dans des organismes communautaires, des services d’urgence, des CLSC et des sites d’injection supervisée à Montréal. Passionnée par l’innovation sociale, elle a fondé la coopérative de solidarité en santé EMMA, en Estrie (une unité mobile composée de huit professionnelles), et participé à la création d’Équité santé à Sherbrooke, une clinique privée proposant des services médicaux à moindre coût.

 » Moi, je suis une personne qui est passionnée de changement social et de l’être humain, indique Mme Clusiault. Rendre service et prendre soin, c’est ce qui me définit dans tout ce que je fais. Au niveau de la politique, c’est pareil. Je trouve qu’on s’est éloigné beaucoup des choses très matérielles et concrètes des conditions de vie des gens. Puis QS, c’est à ça que ça répond. « 

PRIORITÉS DANS ORFORD

La santé, le transport et le logement figurent parmi ses priorités et engagements dans le comté.

Elle critique la centralisation des services de santé et souhaite plutôt réinvestir dans les structures de première ligne, notamment les CLSC et les organismes communautaires.

« L’accessibilité aux soins de santé, c’est sûr que ça me tient à cœur, parce que je trouve qu’on ne prend pas de bonnes décisions en centralisant, déplore la candidate solidaire. Ce qui a été fait avec Santé Québec, c’est la même chose que la réforme Barrette en 2015. On fait juste répéter les mêmes erreurs. « 

Elle propose de réinvestir dans les services de proximité afin de répondre aux besoins avant que les problèmes ne se compliquent et nécessitent une visite à l’urgence.

Elle suggère aussi de déployer une clinique mobile pour rejoindre les populations en périphérie des centres urbains, en s’attaquant notamment aux problèmes de transport, d’isolement et de précarité matérielle.

Mme Clusiault propose de développer davantage le transport interrégional dans une région rurale comme Orford, notamment les liaisons entre Magog, Sherbrooke et les autres municipalités. Elle évoque l’ajout de minibus ou de minifourgonnettes, ainsi que des solutions électriques élaborées grâce à l’expertise d’étudiants en ingénierie de l’Université de Sherbrooke.

Le logement constitue une autre priorité, dans un contexte où la candidate estime que les familles et les travailleurs peinent à se trouver un toit dans la région. Elle cite notamment le prix des loyers et la place importante des locations de courte durée dans le parc locatif d’Orford.

Elle favorise l’accès à des appartements abordables par une régulation des loyers et la construction de logements sociaux. Elle souhaite également davantage de diversité d’habitations dans les nouveaux projets résidentiels. « Se loger, c’est un droit », insiste-t-elle.

Parmi les autres préoccupations de Mme Clusiault, notons un financement additionnel aux maisons d’hébergement et aux ressources destinées aux femmes, ainsi qu’un soutien accru aux personnes issues de la diversité de genre en matière de santé.

Une meilleure planification du développement urbain, aider les PME, favoriser une économie plus locale et circulaire, protéger le lac Memphrémagog, réinvestir dans les routes et infrastructures et taxer les ultrariches complètent son programme électoral.

Si vous aviez 100 millions de dollars à investir exclusivement dans Orford, où mettriez-vous cet argent?

La construction de logements abordables et sociaux, l’amélioration des infrastructures et le renforcement des services de santé. « On a déjà les infrastructures en santé. L’idée, c’est de revaloriser ou de réorganiser. Ce n’est pas l’argent le problème, c’est la gestion. »

Quels dossiers actuellement sur la table dans Orford vous déplaisent le plus?

Elle critique la centralisation du réseau de la santé, la création de Santé Québec, la hausse du coût de la vie et la croissance de la détresse psychologique. Elle souhaite plutôt renforcer les services de proximité, comme les CLSC.

Elle dit également vouloir revoir les façons de faire en matière de logement, de transport collectif et de protection de l’environnement, en favorisant une approche davantage adaptée aux réalités régionales.

 » Il faut arrêter de faire porter sur le dos des individus la conséquence des décisions collectives. Ça, c’est ce qui me déplaît le plus. « 

Pourquoi les électeurs devraient-ils vous choisir plutôt qu’un autre candidat?

 » Je suis présente, je suis sur place pour écouter, rencontrer et développer avec les gens, insiste-t-elle. Je suis très connectée et consciente de ce que les gens vivent. Ma perspective est un peu différente, étant donné que j’arrive du terrain. «