110e anniversaire de l’abbaye de Saint-Benoît-du-Lac (2e partie) : L’âge de la maturité

Jean Brodeur
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110e anniversaire de l’abbaye de Saint-Benoît-du-Lac (2e partie) : L’âge de la maturité
Chaque année, plus de 200 000 personnes viennent pour la visiter, assister à une cérémonie religieuse, effectuer une retraite ou une période de réflexion, profiter de la cueillette de pommes ou procéder à des achats à la boutique. (Photo : Le Reflet du Lac - Dany Jacques)

En 1920, Dom Paul Cosse, venu de France, engage la communauté sur le chemin du respect strict de la règle et se tourne vers la sollicitation de donateurs pour la construction de la villa Sainte-Scholastique. Toutefois, à son départ en 1928, la communauté frôle l’éclatement. Les soucis matériels requièrent des solutions draconiennes. Celles-ci se limiteront à l’envoi de deux religieux français et l’attribution du statut de prieuré conventuel. 

En 1930, les premiers prêtres canadiens sont ordonnés et la communauté compte vingt religieux. La construction d’un monastère en pierre s’impose, mais l’abbaye vacille encore au bord de la faillite et les débats autour de la relocalisation ont toujours cours. En 1938, la communauté prend définitivement feu et lieu à l’endroit actuel sur les rives du Memphrémagog. Le chantier verra le jour peu après et lors de l’inauguration, en 1941, plus de 25 000 personnes visiteront le lieu. 

Avec les années 1940 s’ouvre une période d’essor et de rayonnement spirituel et liturgique. Dom Georges Mercure, musicien renommé redonne vie au chant grégorien. Des disques seront enregistrés. Avec la construction de la fromagerie en 1943, et la croissance des effectifs, la situation financière s’améliore. Les moines se tournent résolument vers la population québécoise pour obtenir le support financier nécessaire au développement. Ces initiatives culmineront avec la création des Amis de Saint-Benoît-du-Lac qui comptera 26 comités locaux chargés de recueillir des fonds pour les différents projets, dont l’hôtellerie (1962) et l’église (1994).

Dans les années soixante, le monastère n’échappera pas aux bouleversements de la société québécoise. S’ils étaient 79 religieux en 1955, ils n’étaient plus que 63 en 1970. Aujourd’hui, une trentaine de moines vivent à l’abbaye sous la conduite du père André Laberge.  

L’abbaye de Saint-Benoît-du-Lac est une organisation catholique d’obédience bénédictine, régie par des règles strictes et qui, exige isolement, discrétion et humilité. C’est aussi une institution civile au cœur de notre région. Chaque année, plus de 200 000 personnes viennent pour la visiter, assister à une cérémonie religieuse, effectuer une retraite ou une période de réflexion, profiter de la cueillette de pommes ou procéder à des achats à la boutique. Le fonctionnement de l’abbaye, particulièrement de la fromagerie occupe une centaine d’employés. Érigée en municipalité depuis 1938, l’abbaye participe aux instances politiques et administratives de la MRC Memphrémagog. Elle accueille également à l’occasion des concerts dont ceux de l’Ensemble vocal Massawippi (Concert Beethoven dans le cadre du 110e anniversaire le 22 octobre 2022). Enfin, lorsque des besoins financiers importants se manifestent, les moines peuvent compter sur les contributions de donateurs privés. 

Saint-Benoît-du-Lac s’inscrit aussi au cœur du Québec. Il y a dans chaque pierre, dans chaque brique, dans chaque souffle du vent qui descend vers le lac, dans chaque prière qui monte de l’église, l’esprit d’un Québec bâti dans le travail, l’entraide et la solidarité. En raison de son histoire, de ce qu’elle représente et au moment où la pratique religieuse catholique donne des signes de renouveau dans certains pays, l’abbaye demeure plus qu’un logo. Elle constitue une pièce maîtresse du patrimoine spirituel, social et culturel des Cantons de l’Est et du Québec. 

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