Protection du patrimoine bâti: Magog veut prévenir plutôt que guérir mais sa réglementation irrite

Par Dany Jacques
Protection du patrimoine bâti: Magog veut prévenir plutôt que guérir mais sa réglementation irrite
La propriétaire de la plus ancienne maison de Magog construite en 1815, Nicole Taillon, déplore la perte de sa liberté pour améliorer et conserver sa maison patrimoniale. (Photo : Le Reflet du Lac – Dany Jacques)

URBANISME. La Ville de Magog prend le taureau par les cornes pour protéger son patrimoine bâti résidentiel et commercial. Cette orientation prendra la forme d’un encadrement plus strict pour des travaux de rénovation ou d’agrandissement touchant l’extérieur de quelque 150 bâtiments répartis aux quatre coins de la municipalité.

Les propriétés ciblées figurent parmi les bâtiments les mieux préservés de l’inventaire architectural du patrimoine bâti du territoire magogois. Cette liste inclut une dizaine de bâtiments d’intérêt particulier du quartier des Tisserands, choisis pour leur grande représentativité de l’architecture historique ouvrière du secteur.

Les bâtiments déjà cités patrimoniaux sont exclus du présent règlement.

Les objectifs sont, notamment, la préservation des caractéristiques d’origine, la préservation des arbres et l’intégration d’un nouveau bâtiment au contexte patrimonial de l’immeuble et du voisinage.

Les propriétaires concernés viennent d’apprendre que d’éventuels travaux qui modifieraient l’apparence des bâtiments ciblés devront d’abord être présentés au comité consultatif d’urbanisme (CCU). Il analysera le dossier avant d’émettre une recommandation. La Ville assure que le but est d’aider les propriétaires à harmoniser leurs rénovations et à préserver l’intérêt architectural de leur immeuble. Suivront une résolution du conseil et le permis de construction.

La mairesse Vicki-May Hamm estime que ce futur outil contribuera à protéger le patrimoine bâti pour plusieurs années à venir. «On veut, par exemple, éviter de remplacer des pierres d’origine par du vinyle, cite-t-elle. On veut prévenir plutôt que guérir et les propriétaires seront éligibles à des programmes de subvention.»

L’amende pour une première infraction sera de 500 $ à 1000 $ pour un individu, et le double pour une récidive. Ces montants grimperont pour les entreprises. Ces sommes s’accumuleront chaque jour si l’infraction perdure plus de 24 heures.

Une consultation écrite se tenait à ce sujet jusqu’au 23 juin. Le conseil prévoit adopter ces nouvelles dispositions le 5 juillet, en prévision d’une entrée en vigueur le 8 juillet

Info: www.ville.magog.qc.ca/avispublics

UNE «EXPROPRIATION MORALE»?

La propriétaire de la plus ancienne maison de Magog sur le chemin Roy (construite en 1815), Nicole Taillon, digère mal ces mesures qu’elle compare à une «expropriation morale» effectuée par la Ville. «Ces règlements vont trop loin, surtout que j’ai déjà ce souci de conservation, déplore-t-elle. On nous appose une notion de patrimoine, sans nous donner les avantages, comme des aides financières pour payer les factures plus élevées. Avoir su, je n’aurais pas acheté cette maison, car on nous ajoute une protection sur un règlement PIIA qui existe déjà.»

Elle craint ainsi l’iniquité entre elle et ses voisins, qui n’auront pas les mêmes contraintes. Par contraintes, elle anticipe avec anxiété le moment où elle devra soumettre ses plans de lucarne ou les couleurs de sa galerie devant un comité. «Ces longueurs administratives et ces obligations intrusives vont trop loin. On devra demander la permission pour installer une simple rampe d’accès. Pourquoi un fonctionnaire déciderait pour nous?, s’inquiète-t-elle.

Mme Taillon craint également des consignes supplémentaires pour l’intérieur, tel que mentionné dans le projet de règlement. On y indique notamment que l’officier responsable «pourra visiter et examiner, entre 7 heures et 17 heures, toute propriété immobilière, ainsi que l’intérieur ou l’extérieur de maisons».

EXEMPLE D’ADRESSES CIBLÉES NON-RÉSIDENTIELLES

  • Église St.Paul
  • Le Club de golf Hermitage
  • Le Moulinier
  • École Brassard-Saint-Patrice
  • Église Saint-Jean-Bosco
  • Les maisons en rangée de la Dominion textile (rue Bullard)
  • Ancien Château du lac (rue Merry Sud)
  • Centre bancaire CIBC
  • Église baptiste évangélique (rue Merry Sud)
  • Maison Reford du chemin de Georgeville
  • Hôtel Grand Central
  • Café St-Michel
  • Liquor Store
  • Centre communautaire de Magog
  • Vieux Clocher
  • Quelques granges
  • Des gîtes touristiques

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Daniel Gagnon
Daniel Gagnon
1 mois

Cette politique de la Mairie nous rappelle un mauvais souvenir et une perte irréparable pour notre patrimoine : La Ville de Magog avait acheté l’îlot Tourigny pour le laisser dépérir et le revendre à perte et à prix d’ami, sans l’entretenir, sans rien faire pour embellir ce site merveilleux et historique à l’entrée de la ville.

Finalement, comme prévu, le site de l’îlot Tourigny a été vendu et la Ville nous a lâchés.

L’îlot a été démoli et bulldozé par Gilles Bélanger (devenu député!). À la place, on trouve maintenant, à l’entrée de la ville, un édifice insipide et banal, en hauteur, planté sur le trottoir.

On se retrouve avec une construction qui dépare la porte de la ville, une construction qui aurait plutôt dû être construite dans le Parc industriel, car c’était sa vraie vocation.

C’est ainsi qu’avec l’accord et la collaboration de la mairie de Magog, on a perdu une richesse patrimoniale par la faute de la Ville. Mauvais souvenir et perte irréparable pour les Magogois et les Magogoises.

Comment croire maintenant à cette nouvelle politique de protection avec cette administration municipale capable du jour au lendemain de vendre notre bien au plus offrant et de nous priver de notre histoire et de notre identité?

Last edited 1 mois by Daniel Gagnon
Lynne breton
Lynne breton
20 jours
Répondre à  Daniel Gagnon

Je vous approuve non seulement a 100 % notre parole n en tient à rien il font ce qu ils veulent

Anne Brigitte Renaud
Anne Brigitte Renaud
1 mois

On achète un lieu pour vivre parce qu’on aime son cachet, l’atmosphère qui s’en dégage, sa beauté. Cela est aussi vrai pour les maisons qui nous racontent la petite et la grande histoire. Les propriétaires de maisons patrimoniales ont cette responsabilité envers leurs concitoyens et concitoyennes: veiller à transmettre l’histoire en étant les gardiens et les gardiennes du patrimoine bâti. Il est dommage qu’une règlementation soit nécessaire pour leur rappeler leurs devoirs. Merci au conseil.municipal de la Ville de Magog d’enfin reconnaître la richesse culturelle des bâtiments patrimoniaux. Un propriétaire respectueux de la justesse de conserver le patrimoine bâti ne craindra rien. Pour les autres, l’option de vendre est ouverte.

Daniel Gagnon
Daniel Gagnon
23 jours

Il faut des garde-fous et des réglementations, car nos sites historiques et patrimoniaux suscitent la convoitise d’acheteurs qui n’ont pas toujours à cœur de conserver et d’entretenir leur bien, un bien collectif précieux par son côté historique, unique ou emblématique.

Si j’achète un tableau de Jean-Paul Riopelle ou de Marc-Aurèle Fortin ou de Clarence Gagnon, je vais le garder précieusement et ne pas chercher à l’endommager ou même à le détruire, à moins d’être ignorant de sa grande valeur et de ses possibilités de rendement financier comme collectionneur.

Dans le cas des maisons et des sites historiques, ce n’est malheureusement pas toujours le cas. Les maisons et les sites, sous prétexte qu’ils sont vieillissants, sont vendus pour être détruits et remplacés par des édifices insipides et supposément modernes, les acheteurs et les spéculateurs donnant comme raison stupide qu’il faut aller de l’avant

Les propriétaires privés n’ont pas toujours conscience de la valeur de leur propriété historique pour notre patrimoine et pour notre identité comme région et comme peuple. Ils ont d’autres intérêts, des intérêts privés qui ne coïncident pas toujours avec notre précieux patrimoine.

On a vu la malheureuse expérience de la destruction de l’historique îlot Tourigny démoli et bouldozé par Gilles Bélanger (devenu député) avec l’accord de la Mairie de Magog, nous privant d’un bijou patrimonial essentiel pour notre histoire et notre identité.

Last edited 23 jours by Daniel Gagnon
Marie-France Poirier
Marie-France Poirier
22 jours

Si seulement la ville offrait des délais raisonnables pour l’analyse des dossiers déjà en cour! Malheureusement, nous savons tous que c’est très loin d’être le cas. Je comprends le soucis de vouloir préserver notre identité et notre patrimoine, mais je pense que le système en place n’est pas prêt à assumer cette nouvelle réglementation. Au final cela ne pourra que mettre des bâtons dans la roues de ceux qui souhaitent réellement préserver ces beautés d’autrefois.