L’époque révolue de l’alternance linguistique à la mairie

Par le reflet du lac
L’époque révolue de l’alternance linguistique à la mairie
Marston E. Adams, le dernier maire anglophone de Magog. (Photo : Société d'histoire de Magog (SHM) Fonds famille Merry)

La démocratie municipale, telle que nous la connaissons, est le fruit d’un long processus dont les racines remontent au XIXe siècle. À chaque époque, elle a été le reflet d’un rapport de force au sein de la communauté, s’exprimant de façon plus évidente à Magog, comme ailleurs, lors des élections.

Au début, seuls les propriétaires, à quelques exceptions près, pouvaient se prononcer sur le choix des élus. Cela leur permettait de s’assurer d’un certain contrôle sur ceux qui allaient adopter les règlements municipaux et fixer leur compte de taxes. Avec le temps, cette emprise s’érodera et les locataires ainsi que les femmes pourront à leur tour s’engager dans la vie politique municipale.

Cette évolution affecte d’autres dimensions de la politique magogoise. Par exemple, avant la création de la municipalité de village de Magog, en 1888, les conseillers et les maires du Township de Magog étaient essentiellement anglophones. Ce qui était alors normal, ceux-ci formant la majorité de la population depuis l’implantation des premières structures municipales.

Toutefois, à partir de 1884, les choses changent rapidement. La demande en main-d’œuvre de la Magog Textile & Print Co, puis de la Dominion Cotton Mills, bouleverse en quelques années la situation démographique : d’une minorité, les Canadiens français deviennent la majorité, représentant deux tiers de la population magogoise dans le recensement de 1891.

Cette croissance a un impact politique. Détenant maintenant une mince majorité au sein du conseil, les francophones choisissent pour la première fois en 1892 l’un des leurs pour être le maire de la ville. Il s’agit du commerçant Édouard-H. Guilbert. Une nouvelle tradition est née. À partir de là, une alternance sera respectée à tous les deux ans entre maires francophones et anglophones. Elle n’est pas propre à Magog, une approche semblable étant en vigueur à Richmond et à Sherbrooke, pour ne citer que ces deux cas.

Elle ne va pas non plus sans heurts, des voix se faisant entendre à l’occasion pour la contester. Car si la minorité anglophone est influente, particulièrement dans le monde des affaires et au sein des postes importants dans les usines de textile, la majorité francophone ne cesse de s’accentuer à Magog au début du XXe siècle, atteignant plus de 75% de la population.

Un point tournant est l’adoption d’un nouveau système électoral, qui entre en vigueur en 1914. Désormais, les conseillers seront élus par les habitants d’un quartier spécifique, alors que le maire, lui, le sera directement par l’ensemble de la population. C’est donc maintenant à celle-ci de perpétuer ou non la tradition de l’alternance.

Chez les conseillers, la présence d’anglophones se limite désormais aux quartiers où ceux-ci ont un poids démographique. Aussi, à part quelques exceptions, comme Alfred Auger, élu dans le 4 pendant les années 1910, c’est essentiellement le 1 et le 2, au sud de la rivière et dans la partie ouest de la ville, qui élisent des conseillers anglophones : Earl Martin, Howard H. Percy, Howard H. Standish, Colin C. MacPherson, Henry Chamberlin, Reginald Urwick, Malcolm Standish, Keith Kerr, Ross Bennett, etc.

À la mairie, l’alternance se poursuit jusque dans les années 1930. Puis, une rupture survient à partir de 1938, laissant présager sa fin. Cependant, le 1er février 1946, le dentiste Marston E. Adams accède à la mairie en défaisant Elzéar Saint-Jean par environ 200 voix. Cette victoire laisse-t-elle présager le retour de l’alternance?

Pas vraiment, puisque Adams sera le dernier premier magistrat anglophone de Magog. Par la suite, même les candidats à la mairie seront presque exclusivement issus de la majorité francophone. Parmi les rares exceptions, on compte Colin C. MacPherson, en 1950, et Ross Bennett, en 1982.

Ce virage n’épargne pas le Canton de Magog, où le pourcentage d’anglophones est pourtant plus élevé qu’à Magog. Après le cultivateur Hazen C. Bryant, en poste de 1949 à 1955, aucun autre anglophone ne participera à une course à la mairie.

 

Par Serge Gaudreau, Maurice Langlois

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